trufficulture
L'irrigation n'a pas que des avantages, les trufficulteurs viennent de le découvrir. Il semble en effet qu'il y ait un lien entre la mise en place d'une culture irriguée et le développement de dégâts liés à Leiodes cinnamomea, un coléoptère de 4 à 7 mm de long, dont le cycle de vie est intimement lié à celui de la truffe.
Leiodes cinnamomea est un coléoptère de la famille des Leiodidae. Présente en Europe occidentale, centrale et septentrionale, sa larve est inféodée aux truffes et plus particulièrement à Tuber melanosporum.
© Crédit photo : Alexandrs Balodis
L'eau, c'est la vie. Aussi pour les ravageurs des cultures. Les trufficulteurs en font malheureusement l'amère expérience depuis deux à trois ans, avec une recrudescence constatée des dégâts liés à Leiodes cinnamomea dans les truffières. Il faut dire que ce coléoptère entraîne des dommages conséquents sur les truffes, dégâts causés à la fois par les adultes et les larves du ravageur. En effet, les adultes se nourrissent des ascocarpes et les femelles, après l'accouplement, pondent leurs œufs dans ou auprès des fructifications. Une fois touchées, les truffières peuvent perdre jusqu'à 80 % de la production, avec des truffes souvent non commercialisables et, dans tous les cas, dont la qualité est altérée.
Ce parasite cause de plus en plus de dégâts dans les truffières en France, à commencer par la région Auvergne Rhône Alpes. "Suivant les années, les dégâts sont plus ou moins importants. Mais avec l'essor de la trufficulture et l'augmentation des superficies de truffières, les populations de Leiodes cinnamomea croissent et les dégâts se multiplient", expliquait Jean-François Tourette, responsable technique de la Fédération régionale des trufficulteurs de Paca (FRT Paca), à l'occasion de l'assemblée générale du Syndicat des trufficulteurs de Vaucluse, en juin dernier.
Heureusement, les trufficulteurs et leurs fédérations peuvent compter sur les acquis biologiques collectés lors du programme de recherche national participatif 'CulturTruf', porté par le Centre technique interprofessionnel des fruits et légumes (CTIFL), l'Inrae, la Fédération nationale des trufficulteurs, et soutenu par FranceAgriMer. Pour rappel, ce projet - lancé en 2016 - visait à étudier les effets des techniques culturales sur le bilan hydrique des truffières et le cycle biologique des truffes.
"Nous avons commencé à étudier le parasite et des premiers résultats ont été obtenus", rassure Jean-François Tourette, rappelant tout de même que le ravageur n'est, en soi, pas une nouveauté : "Nous avons toujours vu ce coléoptère dans les truffières. Ce qui change, c'est la densité des populations que nous observons depuis deux à trois ans", précise-t-il. D'où le lancement d'une étude exploratoire, menée en collaboration entre la fédération régionale des régions Aura et Paca, ainsi que des trufficulteurs partenaires. Concrètement, la filière est en train de tester un système de piégeage de l'insecte adulte (système espagnol Probodelt), "en vue de diminuer les populations de Leiodes cinnamomea en truffière et ainsi de réduire les dégâts causés par ce parasite. Ce système de piégeage est la solution actuellement choisie et testée sur le territoire français, en raison de sa facilité d'utilisation et de mise en place", souligne le responsable. Il s'agit d'un piège dans lequel est déposée une solution à l'arôme de truffe.
Premier résultat : la présence de Leiodes est souvent le signe que la truffière est "très bonne", avec des rendements supérieurs à 30 kg/ha.
Ensuite, le système fonctionne, puisqu'il permet de piéger de 30 à plus de 200 individus par piège - en moyenne 80 individus/piège - "sans compter les autres insectes - araignées, cloporte, staphylins qui sont malheureusement aussi des prédateurs des Leiodes - également piégés. Tout comme les Polydesmidaes (mille-pattes, ndlr)". Le piège fonctionne donc, mais avec une efficacité variable, sans compter le coût de cette solution qui s'avère conséquent pour les trufficulteurs (compter environ 15 € le piège, et un piège/arbre). Sans oublier qu'il impacte également les auxiliaires utiles des truffières.
C'est pourquoi, si le piège est utile pour connaître la pression, il n'est pas suffisant. "Nous étudions d'autres pistes", comme la confusion sexuelle. De plus, la région Aura et la société Wetruf, en partenariat avec les fédérations régionales des trufficulteurs de Aura et Paca, sont également en train de lancer un essai sur l'efficacité de nématodes parasites des larves de coléoptères, commercialisés par Koppert (compter environ 200 €/ha), et appliquées via le réseau d'irrigation.
L'essai doit également étudier le cycle biologique de l'insecte, finalement très mal connu. "On entend parler de vol nuptial au début de l'automne, pour des pontes qui interviennent en janvier. Mais nous n'avons pas de réelles données permettant d'appuyer une stratégie de lutte contre le coléoptère. Nous supposons également que les œufs évoluent très lentement, avec des larves qui se développent du printemps jusqu'au début de l'été, avant d'entrer en diapause. C'est donc à ce moment-là qu'il faudrait pouvoir les parasiter avec des nématodes. Sans doute avec un traitement au printemps, doublé à l'automne", détaille Jean-François Tourette. En accord avec Koppert, des essais ont donc été lancés, en particulier en lien avec les Syndicats des trufficulteurs des Bouches-du-Rhône et des Hautes-Alpes, en 2022. "Le protocole expérimental très préliminaire de cette solution naturelle à base de nématodes se compose, pour l'instant, d'une première application, réalisée au printemps dernier sur les différentes parcelles volontaires mises à disposition. La continuité de ces essais et le suivi des premiers résultats qui en découleront seront assurés par les trufficulteurs impliqués et par la société Wetruf, pour être communiqués à l'ensemble de la filière", résume le responsable technique.
"Avant de se lancer dans une quelconque stratégie de lutte, il faut avoir des données consolidées", notait la présidente du Syndicat des trufficulteurs de Vaucluse, Véronique Michelet. Dans la salle, les producteurs réagissent, fournissant quelques retours de terrain : "Il semblerait que les attaques interviennent à partir du moment où les truffes sont odorantes", pour l'un ; "plus le travail du sol est profond, comprenez supérieur à 20 cm, moins on a de Leiodes", pour l'autre ; "on dirait qu'il y a un rapport indirect avec l'irrigation", poursuit le dernier.
Plusieurs années de recul seront évidemment nécessaires en vue de déterminer si cette solution peut répondre à la problématique de lutte contre Leiodes cinnamomea en trufficulture, et en connaître l'impact général.
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