Vaucluse 04/07/2024
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Cadenet

La Bastide du Laval, un moulin aux confins du Luberon

Léo Coupat est tombé dans l'huile d'olive quand il était petit, grâce à l'achat du domaine de La Bastide du Laval à Cadenet par ses parents, en 1998. Deux ans plus tard, ils plantent les 2 000 premiers oliviers. Aujourd'hui, le verger en compte deux fois plus et s'est orienté vers un outil de production moderne et adapté à la trituration des olives, y compris celles de son territoire.

Léo Coupat dans un des vergers qui surplombe la bastide

© Crédit photo : ML

Ni vraiment le Vaucluse, ni tout à fait en Provence, un peu à l'écart de Cadenet se cache un moulin à huile d'olive. À La Bastide du Laval, il y a des oliviers depuis 2000. Ce sont les parents de Léo Coupat, Carine et Roland, qui ont planté les premiers. Quand ils rachètent le domaine en 1998, il est encore principalement une terre viticole, "mais les vins n'étaient pas aussi qualitatifs qu'ils le sont aujourd'hui", note leur fils, qui a repris leur activité depuis environ quatre ans. Le couple bénéficie à l'époque d'une prime à l'arrachage et envisage la culture de l'olivier, emblème de la région, mystérieux, vigoureux et robuste.

"À la base, mes parents sont profs de sport, puis ils ont découvert l'entrepreneuriat, dans les Landes puis aux États-Unis dans le domaine du tourisme, avant de revenir en France", retrace Léo. En 1998 donc, ils achètent le domaine puis, pour laisser le temps aux oliviers de pousser, ils créent une société de courtage en location de voitures, qu'ils revendront plus tard. Mais dans les oliveraies, le travail avance. D'abord avec les mouliniers du coin, jusqu'à ce que la volonté d'élaborer leur propre huile d'olive se fasse sentir. 2 000 arbres supplémentaires sont alors plantés et le moulin prend son envol : Carine et Roland se forment aux pratiques et techniques oléicoles en France et en Italie, Roland passe un diplôme d'oléologue, devient dégustateur certifié... La passion a ses raisons que la raison ne connaît point.

Sublimer la production oléicole autour du moulin

L'expertise s'étoffant et le moulin créé, la famille Coupat aurait pu se décider de planter davantage d'arbres pour ses huiles d'olive. "Jusqu'ici, la production française ne suivait pas. Aujourd'hui encore, on produit ce qu'on consomme, c'est-à-dire relativement peu, autour de deux litres par an en moyenne pour le Français. Si l'on compare aux huiles de bonne qualité organoleptique produites en Espagne par exemple, le rapport qualité/prix des huiles françaises est similaire", analyse Léo Coupat. Alors, il entend bien rester sur cette base de travail : "Pas besoin d'augmenter nos rendements, ni de trop tripoter le produit. On a de bonnes olives et le terroir pour aller vers la qualité gustative".

Dans leurs oliveraies, les Coupat ont principalement de l'aglandau, et quatre autres variétés. Les quantités sont plus résiduelles, mais permettent un jeu d'assemblages assez plaisant pour Léo, qui a pris la suite de ses parents au moulin (ils s'occupent toujours des oliviers) en 2020. "On se pose souvent la question de la plantation, mais est-ce vraiment utile quand on voit tous les oliviers déjà plantés tout autour ?", s'interroge l'oléiculteur. "Pour les apporteurs, il y a de nombreux intérêts, y compris pécuniaires. Certains ne savent pas quoi en faire et envisageaient parfois d'arracher. Aujourd'hui, ils sont entre 800 et 1 200, ce qui nous positionne en quelque sorte dans un rôle de coopérative privée, avec la partie formation que ça implique", poursuit-il. Toujours en recherche de nouveaux apporteurs, les personnes intéressées peuvent se rapprocher du moulin et faire triturer leurs olives à partir de 5 kilogrammes, 150 pour les extractions privées.

"Nous avons une telle richesse variétale dans nos terroirs, virtuellement tout est possible en termes de goût", explique Léo Coupat. À La Bastide du Laval, six recettes d'huile d'olive sont proposées, ainsi que six huiles aromatisées. Principalement orienté en vente directe, le moulin développe aussi son outil pour répondre à de nombreuses demandes, notamment la marque blanche ou la reconfiguration de sa gamme méditerranéenne 'Trésor d'olive', jusqu'ici à destination de la grande distribution et bientôt pour la vente en ligne exclusivement.

Ne jamais cesser d'investir

Pour cela, il a fallu se repositionner. "L'oléiculture est un monde vieillissant en train de changer avec les nouvelles générations. On a fait notre bonhomme de chemin pour amener du dynamisme en local mais, dans l'agriculture comme dans toute entreprise, il faut innover en permanence", souligne Léo Coupat. Parallèlement, il insiste sur la qualité : "Sur ce point, il ne faut faire aucun compromis tout en réussissant à vendre. Si c'est pour faire un concours de gros bras à produire des litres sans en vendre la moitié, ça n'a pas d'intérêt".

La reconnaissance des chefs est là, l'huile du domaine est même entrée à l'Élysée depuis quelques années. Les cuvées reçoivent régulièrement des médailles sur différents concours et foires. En février, le moulin en rajoutait d'ailleurs trois à son compteur lors du Concours général agricole sur le Salon de l'agriculture. Mais pas question de se reposer sur leurs lauriers, les Coupat persistent. "Tous les deux ans environ, on atteint un goulot d'étranglement, il faut modifier ou améliorer l'outil, surtout quand, comme nous, on s'engage à triturer les olives dans les 24 heures qui suivent l'apport", note Léo.

Il a d'ailleurs pris la décision de construire un deuxième bâtiment sur le site. Celui-ci accueillera la maturation des olives, le recyclage des déchets, le stockage, le conditionnement et la préparation de commandes - un peu à l'étroit dans le bâtiment actuel - mais aussi, à terme, un deuxième moulin pour entre autres s'occuper de la gamme 'Trésor d'olive', le tout avec 500 m² de panneaux solaires sur le toit. La Bastide du Laval envisage désormais de devenir autonome en eau et de développer davantage la gestion de ses co-produits. Améliorer l'alimentation de la chaudière biomasse avec les noyaux et l'extraction d'une pâte pour la cosmétique sont, entre autres, des pistes pour demain... "Nous avons la chance d'avoir une mairie qui nous soutient et a fait un gros travail pour nous permettre d'avancer. Aujourd'hui, nous participons à une économie locale dynamique, dans un écosystème qui fonctionne et permet au Luberon d'être attractif, sans qu'on devienne Ibiza ou qu'on sacrifie notre territoire", conclut l'entrepreneur-oléiculteur. 

Manon Lallemand •

Les CHIFFRES clés-

4 000 arbres plantés sur 15 hectares

5 variétés, dont l'aglandau qui reste reine

800 à 1 200 apporteurs par an selon les années

6 huiles d'olive, 6 huiles aromatisées,1 vinaigre balsamique et de multiples produits

Environ 35 000 visiteurs à la boutique chaque année

Près de 2,5 ha de vigne, dont la récolte est apportée à la coopérative Louérion

Manon Lallemand •

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