VILLEDIEU
La cave de Villedieu fait du vin bio depuis 1985, pratique la mutualisation des moyens, innove et anticipe. Mais face à la profonde crise de la consommation, elle s'inquiète pour l'avenir. Rencontre avec un président et un directeur, soucieux mais combatifs.
Fidèle à son histoire, la cave de Villedieu poursuit sa réflexion vers l'avenir, en réfléchissant à la production de vins moins alcoolisés. Une stratégie accompagnée et souhaitée par les deux Olivier, Andrieu, le directeur, et Bertrand, le président de la cave de Villedieu.
© Crédit photo : PN
On ne passe pas devant la coopérative de Villedieu par hasard : on y vient, délibérément. Grâce à un GPS, mais aussi à un fléchage très complet, permettant de trouver la structure depuis la route d'Orange. "La cave est née en 1939, autour d'une poignée de vignerons qui, jusque-là, vendaient leurs raisins aux négociants sur leur charrette en bord de route", explique Olivier Andrieu, directeur de la cave. "Ils produisaient 5 000 hectolitres par an, en vrac exclusivement. La bouteille est arrivée dans les années 60". à l'époque, les caves coopératives sont légion : "Il y en a une par village, ou presque !" Il a donc fallu se différencier. Et les coopérateurs ont rapidement choisi un axe : l'innovation.
En 1985, alors que la cave s'équipe de son caveau de vente aux particuliers, le président - Jean Dieu - et le directeur - Jean-Pierre Andrillat - font un pari audacieux : celui du bio. "Un petit groupe de trois coopérateurs s'est lancé. Et comme ça marchait plutôt bien, le mouvement s'est accéléré, jusqu'à ce que 50 % des coopérateurs mènent leurs cultures en bio. Puis, il y a eu un gros épisode de black-rot qui a fait peur à plusieurs coopérateurs. Aujourd'hui, 35 % de nos coopérateurs sont en bio, et nous commercialisons 7 500 hectolitres de vin bio chaque année."
En 2018, de nouveau, la cave de Villedieu fait le choix de l'anticipation. "La situation était relativement bonne, mais avant de partir à la retraite après 30 années d'activité, Jean-Pierre Andrillat a proposé une innovation à ses administrateurs. À cette époque-là, j'étais le directeur de la cave de Roaix-Séguret", rembobine Olivier Andrieu. Or, les deux caves se sont toujours bien entendue et ont toujours travaillé la main dans la main. Comme les administrateurs des deux caves "voyaient le vent venir", ils ont décidé de créer un groupement d'employeurs, afin de mutualiser une partie des charges de personnel. "Et c'est comme ça que j'ai pris la suite de Jean-Pierre, tout en continuant à diriger aussi la cave de Roaix-Séguret." Deux autres salariés, l'une sur des fonctions administratives, l'autre sur du conditionnement, sont également à mi-temps sur les deux caves. "Pour ma part, je suis le matin à Villedieu, l'après-midi à Roaix-Séguret ! Ça nous permet de garder nos clochers et nos identités respectives, tout en faisant des économies d'échelles."
Aujourd'hui, les deux Olivier - Olivier Bertrand, le président, et Olivier Andrieu, le directeur - à la tête de la cave de Villedieu sont face à la crise viticole, comme tout le monde. "Mais c'est bien pire qu'en 2002 : ces années-là, en baissant le prix on arrivait à vendre. Là, personne n'achète, du fait de la baisse de consommation et du moindre d'attrait du vin auprès des jeunes."
Pourtant, Villedieu résiste. "Dans un monde de grands malades, nous sommes parmi les moins malades", estime Olivier Bertrand. "Nous avons plusieurs points forts. Le premier, c'est la jeunesse des vignerons locaux, donc de nos coopérateurs. L'âge moyen de nos 12 administrateurs, c'est 46 ans, ça donne une idée. L'autre point fort de Villedieu, c'est l'organisation de notre commercialisation autour de deux négociants qui prennent en charge tout le volet grande distribution France : Grand Terroir, à Béziers, pour le conventionnel, et les établissements Pierre Rougon, à Carpentras, pour la mise en marché du bio. Leur présence [ils prennent en charge 90 % de la production, ndlr] nous sécurise par rapport aux effets de marché sur le vrac, comme peuvent les subir d'autres caves en ce moment" explique le directeur.
Ce qui n'empêche pas son président d'être inquiet pour l'avenir : "On atteint vraiment la zone limite pour un nombre de plus en plus important de nos coopérateurs : les prix du marché ne rémunérant plus le travail, ils perdent de l'argent chaque matin en allant bosser. C'est vrai que le monde agricole est connu pour sa forte résilience, mais on rentre dans la troisième année de crise. Et on commence sérieusement à s'approcher de la zone rouge. J'ai peur aussi qu'on saute une génération de coopérateurs, comme cela s'était passé en 2002 : à l'heure actuelle, le seul conseil qu'un vigneron puisse avoir envie de donner à ses enfants, c'est "si tu veux un bel avenir, fais ce que tu veux, mais pas du vin !".
Dans ce contexte compliqué, la cave de Villedieu continue vaille que vaille à s'appuyer sur ses valeurs : anticiper et innover. "Notre caveau, installé dans les locaux de la cave, est un peu excentré. On ne peut pas escompter sur la clientèle de passage. L'été, nous avons du monde, car le village de Villedieu, avec son patrimoine templier, attire de nombreux touristes. Mais le reste de l'année, c'est très calme !" Lorsqu'il a pris ses fonctions, Olivier Bertrand a tout de suite proposé l'installation d'une signalétique de fléchage très complète. "Mais cela ne suffisait pas." Alors, la cave décide de créer, en septembre 2024 et toujours avec la cave de Roaix-Séguret, une société appelée 'Les 4 villages', qui gère un caveau indépendant, entre Vaison et Roaix, 'Les caves des collines' : "Outre nos deux caves, le local accueille aussi la microbrasserie 'Malt Brothers', que l'un de nos anciens salariés a créée avec son frère".
Fidèle à son histoire, la cave de Villedieu poursuit sa réflexion vers l'avenir, en réfléchissant à la production de vins moins alcoolisés. Mais l'inquiétude tenaille le président : "On voit de plus en plus de vignes non taillées : quel effet ça va avoir sur la flavescente dorée, par exemple ? Il y a aussi de plus en plus de parcelles arrachées. Nous souhaiterions vraiment que le rendement à l'hectare des côtes-du-rhône passe de 41 à 45 hectolitres. Ça nous permettrait au moins de garder la tête hors de l'eau", conclut Olivier Bertrand.
ICI
Votre encart
publicitaire !
7e édition de terroirs en fête
Mazan
VILLES-SUR-AUZON

Publiez facilement vos annonces légales dans toute la France.
Grâce à notre réseau de journaux partenaires.
Attestation immédiate, service 24h/24, 7 jours/7

06/06/2023
Chaque semaine, retrouvez toute l'actualité de votre département, des infos techniques et pratiques pour vous accompagner au quotidien...
Découvrez toutes nos formules
Inscrivez-vous GRATUITEMENT à nos newsletters pour ne rien rater de notre actualité !
S'abonner