MAIRES RURAUX
Sur le département, 116 maires sont à la tête d'une commune de moins de 3 500 habitants. S'ils ont choisi d'exercer cette fonction en plus de leur travail, les conditions deviennent très (trop ?) compliquées pour eux. Rencontre avec Robert Tchobdrenovitch, président des maires ruraux de Vaucluse.
Robert Tchobdrenovitch, président de l'Association des maires ruraux de Vaucluse, est également maire de Mirabeau.
© Crédit photo : Robert Tchobdrenovitch
Selon une enquête du Cevipof réalisée en novembre 2023, 1 300 maires avaient démissionné sur les trois dernières années. Parmi les raisons citées : les relations avec des citoyens de plus en plus exigeants (13,6 %), les relations de plus en plus complexes avec les services de l'État (12,3 %), la difficile conciliation du mandat avec une vie personnelle et/ou professionnelle (11 %) et la montée des violences (10,8 %). Une montée de la violence qui s'est encore plus accentuée ces deux dernières années. Robert Tchobdrenovitch, maire de Mirabeau, est également président de l'Association des maires ruraux de Vaucluse. Il constate lui aussi un climat de plus en plus anxiogène pour exercer cette fonction et des maires qui s'essoufflent.
Comment le métier de maire a évolué ces dernières années ?
Robert Tchobdrenovitch : "Il y a de plus en plus de contraintes et de réglementations à respecter. Avant, nous pouvions gérer nos villages en bon père de famille. Maintenant, il faut le faire comme un cadre dirigeant. Une commune doit être gérée comme une entreprise. Il faudrait que l'on puisse régler tous les problèmes des gens. Mais, bien souvent, cela ne dépend pas de nous, car il faut comprendre que nous avons la main sur peu de choses. Maintenant, on nous demande aussi de faire du social, de régler les problèmes de violences, d'incivilités. On doit tout faire mais on n'a pas les moyens pour. Et les gens ne s'en rendent pas compte."
Quelles sont les difficultés que vous rencontrez le plus ?
R.T. : "Il y a trois points qui reviennent tout le temps ces dernières années. D'abord les difficultés de financements. Les dotations baissent au fil des ans, et cela devient de plus en plus compliqué de financer des projets. Pourtant, la population grandit, les besoins aussi, de nouvelles structures, de rénovation, d'agrandissement... Et avec la suppression de la taxe d'habitation, nous ne nous en sortons plus. Sur un projet de 200 000 €, nous allons obtenir une subvention à 40 %, et le reste à charge sera pour la commune. En plus de cela, il faut faire des avances sur les dépenses, donc des prêts relais.
Il y a aussi le problème de l'insécurité. Ce qu'on voit à la télé, ça existe partout. J'ai un adjoint qui a fait l'objet d'une agression, les risques sont importants, et c'est ce qui fait que les maires en ont marre et veulent se retirer.
Enfin, parlons du statut de l'élu, qu'il serait temps de reconnaître. Nous sommes en première ligne, au contact des habitants. Et pourtant, nous n'avons quasiment pas les moyens d'agir."
Comment expliquer cette violence à laquelle vous devez faire face ?
R.T. : "Les gens ne savent plus se parler. Les agressions verbales, c'est devenu notre quotidien. Pour preuve, c'est la première fois dans un mandat qu'on a autant de démissions. Et le phénomène est particulièrement vrai en ruralité puisque, dans les petites communes, tout le monde connaît le maire, sait où il habite. Mais on n'est pas là pour se faire crier dessus. On attribue beaucoup de pouvoir aux maires, sauf qu'en réalité, ce sont souvent des problèmes qui relèvent de l'intercommunalité, du Département, de la Région. Les problèmes de poubelles par exemple, on n'a pas la main dessus ! Mais c'est nous qui allons nous faire disputer s'il y a un manquement."
Que mettez-vous en place pour lutter contre cette violence ?
R.T. : "Nous venons de signer une convention avec les parquets d'Avignon et de Carpentras. Cela nous permet d'avoir une relation avec le procureur, les avocats, d'avoir des conseils, d'être orientés. D'être mieux informés aussi. Dans ce cadre, nous avons également eu une formation pour connaître les risques que l'on prend, ce que l'on encourt. Car on se rend compte que de plus en plus de maires se retrouvent devant le tribunal. On préfère prévenir. Ce n'est en aucun cas une protection, mais une assistance."
Le Vaucluse est un département très rural, avec beaucoup d'agriculteurs. Que peuvent faire les maires pour aider et soutenir l'agriculture ?
R.T. : "Nous sommes absolument solidaires des actions que mènent les agriculteurs. On les voit de plus en plus disparaître du paysage, à cause du coût à l'hectare qui explose et des difficultés des jeunes à s'installer. Ce qu'on peut faire, c'est les soutenir. Par exemple, acheter des terres dans le but d'en faire bénéficier des agriculteurs, dans des pépinières par exemple. Mais nous devons faire tout ce que l'on peut pour ne pas les voir disparaître."
Comment voyez-vous l'avenir pour les maires ruraux ?
R.T. :"Ce mandat est compliqué, car nous avons dû traverser le Covid. La situation dans le Vaucluse semble assez solide, nous avons eu très peu de démissions. Mais c'est aussi parce que, malheureusement, on s'habitue aux agressions, aux plaintes. Malgré tout, je crains un important turn-over lors des prochaines élections municipales. Seulement 40 % des maires seraient prêts à se représenter. Ils sont tous au bout du rouleau, et vieillissant. D'autant qu'on n'est quasiment pas indemnisé. Personne n'accepterait de faire ce qu'on fait, dans les conditions dans lesquelles on le fait."
Dans un communiqué publié fin avril, la Fédération nationale des Communes forestières (FNCOFOR) s'inquiète de l'application réelle d'un arrêté interministériel signé en mars 2024. Cet arrêté met en œuvre les obligations légales de débroussaillement (OLD) pour tous les propriétaires de bois et forêts y compris les communes. Les OLD préviennent les feux de forêts. La FNCOFOR dénonce "les grandes difficultés de prise en compte de ces enjeux et la complexité d'écriture de ces arrêtés qui peuvent mener à des prescriptions parfois incohérentes, inapplicables, voire contre-productives".
Ces incohérences sont nombreuses comme le fait "d'avoir la nécessité de débroussailler 50 mètres autour d'une habitation (comme une maison forestière par exemple) et de protéger la biodiversité", explique Jérôme Bonnet, directeur des communes forestières Provence-Alpes-Côte-d'Azur. C'est aussi celle d'être obligés de couper des arbres vivants pour le débroussaillage mais de laisser du bois mort pour favoriser la biodiversité (insectes, etc...). "Du bois mort qui sert de combustible aux incendies", poursuit-il. "Il arrive que ces OLD concernent des forêts en zone sensible mais les particulier risquent des amendes en cas de débroussaillement pour destruction d'habitat ou de destruction de flore protégée."
La FNCOFOR appelle le gouvernement à une clarification immédiate. et demande la publication d'une nouvelle circulaire plus pragmatique et claire. Les forêts communales couvrent environ 2,8 millions d'hectares en France.
Agra
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06/06/2023
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