En agriculture biologique depuis 1991, l’exploitation menée par Lionel et Christine Fra compte 506 ha, dont 252 de terres cultivables. ©P.N.
En cette belle journée de la mi-juillet, le président du Conseil départemental de Vaucluse, Maurice Chabert, le premier vice-président, Christian Mounier, également président de la commission agriculture, et Max Raspail, conseiller départemental du canton de Sault se retrouvent à côté de Lagarde d’Apt, dans la jolie petite ferme de Lionel et Christine Fra. Au programme de cette demi-journée passée sur le plateau d’Albion : une découverte des filières lavande et épeautre, au cœur de l’économie de cette partie du département.
Le département de la lavande.
Lionel Fra, fils et petits-fils d’exploitant agricole sur le plateau, est particulièrement impliqué dans la vie de ces filières. Président de l’AOP Lavande de Haute-Provence, membre de l’INAO, il est également délégué Safer. Sa femme, Christine, est déléguée FRSEA au sein de la commission bio de la FNSEA. Et on sent chez eux la volonté de défendre, au-delà de leur pré-carré, l’intérêt de tout un territoire. « Le Vaucluse produit 80% de la lavande AOC, 70% de la lavande en général. On est le département de la lavande. À chaque fois, à la télé, quand on parle de la lavande qui pousse, on parle de Valensole. Mais là-bas, ce n’est pas la lavande, mais le lavandin ! » Max Raspail acquiesce : « Ce qui fait la différence, c’est que sur Manosque il y a l’Occitane, c’est une entreprise qui fait travailler pratiquement 1000 personnes. Ici, les entreprises comme Reynard et autres sont plus petites, et moins visibles en termes de promotion ». Et Maurice Chabert conclut : « C’est le même problème que pour la truffe dite du Périgord qui, en fait, vient du Vaucluse ».
Christian Mounier, président de la commission agricole, se tourne alors vers la directrice du service agriculture au sein du Conseil départemental, Martine Bernard : « Est-ce qu’on ne pourrait pas logoter la lavande avec la marque ‘Savourez le Vaucluse’ ? ». C’est en projet, lui répond-elle, ce que confirme Lionel Fra.
Les élus et l’agriculteur se rendent sur une parcelle cultivée par un voisin, lequel est précisément en train de récolter. « La campagne a commencé, on a généralement un créneau assez précis. Il faut que les lavandes soient parvenues à un certain degré de maturité, et ensuite, il faut faire vite pour éviter le desséchement, surtout quand on a des grosses chaleurs comme en ce moment », explique Lionel Fra. Juste de l’autre côté de la route, un de ses champs d’épeautre. « Je suis en bio, je fais des rotations de sept ans sur mes parcelles. J’alterne avec l’épeautre. Avant, on avait aussi un élevage ovin, les brebis nous permettait de désherber naturellement les lavanderaies. Mais avec le loup, on a été obligé d’arrêter, car on n’avait pas assez de bêtes pour pouvoir payer un berger. »
Une céréale de 10 000 ans d’âge.
La délégation reprend la route pour rejoindre, à quelques kilomètres de Sault, l’exploitation de Jérôme Reynard, et notamment son installation de traitement de l’épeautre. Là aussi, la campagne commence tout juste, avec des récoltes qui pour l’instant viennent de la Vallée de la Durance, car sur le plateau, la maturité n’est pas encore là. « Cette année, on devrait faire environ 900 tonnes », précise l’agriculteur. À la question de Maurice Chabert sur les débouchés de cette production, il répond : « 80% de l’épeautre est destiné à la minoterie, pour la fabrication de farine. Le reste c’est pour l’alimentaire. On le commercialise en big-bag de 1000 kg, qui partent chez les négociants, comme Sabarot. On fait aussi notre propre farine, pour des boulangers. Il n’y aucun sous-produit : la balle est broyée et vendue pour faire de la nourriture pour les animaux. Il en part beaucoup en Italie ».
Jérôme Reynard, incollable sur son sujet, poursuit : « Le petit épeautre contient tous les acides aminés qui sont bons pour l’homme. C’est la première céréale cultivée par l’homme, 8000 ans avant JC, jamais modifiée génétiquement. Il est comme il était il y a 10 000 ans ! ». Maurice Chabert l’interroge sur ses rendements comparés à ceux du blé : « En rendement, on tourne entre 18 et 20 quintaux à l’hectare seulement, parce que nos terres sont maigres. Un hectare de blé, lui, peut faire entre 35 et 45 quintaux. Mais l’épeautre est payé pas loin de trois fois plus cher. Et son gros avantage est qu’on ne met aucun produit phytosanitaire pour le cultiver ».
La question de l’eau.
La visite se termine à Saint-Trinit même, à la distillerie de lavande ‘Le Claux du puits’. C’est un autre membre de la famille Reynard, Philippe, qui dirige cette petite unité. « On commence tout juste, mais d’ici quelques jours, on va passer à un rythme en continu, 24h sur 24h, pendant environ cinq semaines », explique-t-il aux élus. Et pendant cette période très intense, la distillerie a besoin d’une grand quantité d’eau : « On consomme 3000 litres d’eau à l’heure ! Ça représente à peu près la consommation du camping de Sault, d’après ce qu’on m’a dit. Et le souci, c’est que pour l’instant la seule eau accessible, c’est celle de la ville ».
Maurice Chabert a bien entendu cette remarque, et pendant le petit apéritif qui clôt cette matinée de visite, il aborde la question de front : « Max Raspail a attiré mon attention depuis plusieurs mois sur cette question, car l’eau est quelque chose de très important pour le plateau d’Albion. Il existe un projet de renforcement du réseau, mais c’est un projet qui coûte cher, car il faut entre 6 et 8 millions d’euros pour le réaliser. Personnellement, je suis pour la ruralité, je la défendrais toujours. On va donc se rencontrer en septembre, avec Max Raspail et le maire de Sault, Claude Labro. Maintenant, il faut que la région Paca se positionne sur ce projet, car nous ne pourrons pas financer seul une opération pareille, notre budget d’investissement de 90 millions d’euros seulement ne le permet pas ».
Pierre Nicolas, CLP
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06/06/2023
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