France 15/02/2024
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80e congrès de la FDSEA de Vaucluse

Les raisons de la colère

Un congrès est toujours un moment fort pour une structure. Qui plus est pour une 80e édition. Mais dans le contexte de crise actuelle, ce qui va se tenir à Orange le 22 février prochain prend encore plus d'envergure alors que les récentes annonces du gouvernement nécessitent d'être transformées en actes sonnants et trébuchants. Concrets surtout.

Témoins 80e congrès de la FDSEA.

© Crédit photo : Manon Peberat

La FDSEA de Vaucluse attend du monde pour la 80e édition de son congrès annuel, le 22 février prochain à Orange, à l'espace Alphonse Daudet. Du monde pour cristalliser la colère qui s'est fait jour ces dernières semaines et qui n'est toujours pas refroidie, même si les tracteurs sont rentrés dans les exploitations. 

Pour alimenter la discussion et engager le débat avec les adhérents, Sylvie Brunel, géographe bien connue du monde agricole, et Jérôme Despey, 1er vice-président de la FNSEA et président du conseil spécialisé ‘Vin' de FranceAgriMer, poseront le diagnostic sur ‘Les raisons de la colère, analyse d'une crise', thème de ce congrès 2024. Alors même que des commissions ont été mises en place au niveau local pour travailler sur la loi Egalim, l'eau, les normes, la simplification… et que le département est orphelin d'un préfet, toujours pas nommé à l'heure où nous bouclons ces lignes – suite au départ express de Violaine Demaret, appelée à d'autres missions à l'Élysée – l'agriculture vauclusienne est dans l'impasse et attend des réponses.

Ainsi, jeudi 22, après un huis clos réservé aux adhérents de la FDSEA et de la Fédération départementale ovine, la séance publique débutera à 15 h 30 par l'ouverture de ce congrès, avec la présentation du rapport moral de Sophie Vache, sa présidente, et du rapport d'activité, par Sylvain Bernard, secrétaire général. À l'issue des travaux, Jean-Louis Canto recevra la médaille de commandeur de l'Ordre du Mérite agricole. 

 Christian Bordes, filière PPAM

“Notre code APE doit correspondre à notre activité”

La filière PPAM est en très grandes difficultés depuis quatre ans. Notre coût de revient est de 20 euros le kilo sur lavandin, et on nous l'achète entre 7 et 12 euros, et encore, sur de très petits volumes. Les zones historiques de production ne vont pas s'en sortir sans changement drastique d'attitudes de nos élus et des consommateurs. Or ici, à part les cailloux, l'élevage ou des PPAM, rien ne pousse. Les exploitations sont dans une situation dramatique : plus d'une vingtaine en Vaucluse sont en possible cessation d'activité, et les autres ne sont dans une meilleure santé. On a eu d'importantes plantations au nord et à l'ouest en France, qui amènent des volumes supplémentaires sur un marché français que les industriels dédaignent. Et nos huiles essentielles artisanales – environ 1 500 tonnes produites au niveau national sur 30 000 hectares, dont 8 000 en Vaucluse – sont en concurrence avec des produits de synthèse, environ 

24 000 tonnes. On ne pèse rien, et nos acheteurs sont allés planter en Bulgarie pour produire à moindres coûts avec des aides européennes… Et nous, on doit lutter contre la cicadelle et la cécidomie, mais sans outils phytosanitaires.

On doit aussi composer avec la réglementation ‘Reach', même si ça bouge un peu depuis octobre. Elle nous obligeait à analyser chaque molécule présente dans nos huiles essentielles. Or, on en a plus de 600 ! Or à côté, les produits de synthèse n'ont pas à l'appliquer. Les parfumiers ne se cassent pas la tête et partent sur la synthèse. Sans étiquetage clair, on n'y arrivera pas. Mais c'est notre bureaucratie française qui casse nos filières surtout : sur les 10 millions d'euros qu'on nous a annoncés, 4,5 seulement ont été versés aux producteurs en raison de la complexité des dossiers, et nous attendons la mise en œuvre de l'aide à la recherche (qui faisait aussi partie de cette enveloppe, ndlr).

Nos élus doivent comprendre que les PPAM, c'est une économie locale toute l'année. Pas juste quelques semaines pour accompagner le tourisme. Sans parler du prix du foncier. Il faut sortir de Reach, imposer à nos industriels d'utiliser des produits naturels et notre code APE doit correspondre à notre activité : faire pousser des produits agricoles. Nous ne sommes pas des fabricants d'huile essentielle, mais des producteurs de végétaux. Sinon, les plateaux seront vidés de leur lavande et les touristes auront vite fait de partir ailleurs.” 

Julien Latour, filière viticulture

“Il faut parler chiffre d'affaires à l'hectare plutôt que rendement”

Depuis deux ans, les viticulteurs alertent : leur production fait face à la déconsommation. Mais la prise de conscience arrive un peu tard, le surstock est déjà là. “Le marché bouteille fonctionne relativement bien hormis quelques points export, mais là, on entre dans des considérations géopolitiques. Côté vrac en revanche, le sursaut apparaît nécessaire car face à ce stock, il y a des centrales qui font de l'achat opportuniste, en laissant les bouteilles au même prix alors que le cours du vrac a baissé.

La problématique se fait largement sentir au niveau des modes de commercialisation plutôt que les structures en elle-même, n'épargnant ni les coopérateurs, ni les indépendants.

Dans les années 2000, on s'est pris une crise qui nous a obligés à monter en gamme, mais en perdant du volume. C'est la même chose qui se prépare. Donc il va falloir être vigilants pour ne pas reproduire les mêmes erreurs. Nous avons beaucoup de personnes prêtes à retourner sur le goudron, même si ce n'est pas notre place. Jeunes ou non, indépendants et coopérateurs, non-syndiqués, des personnes qui ont 50 hectares et qui, même en crus, commencent à dévisser. Tout le monde est à cran.” Pour éviter des débordements contre-productifs, le travail s'accélère. “Sur le plan viticulture, nous sommes en pleine discussion avec le nouveau président des Côtes du Rhône et ça commence à prendre. Mais est-ce que ce sera adapté à notre département ? Une chose est sûre, c'est que l'arrachage pour 2025 ne suffira pas. On a besoin de distiller au moins 200 000 hectolitres de côtes-du-rhône dès cette année, pour recréer de la tension dans le marché. Par-dessus tout, il faut parler chiffre d'affaires à l'hectare plutôt que de rendement. On veut de la rémunération et une simplification administrative, parce que tout le temps passé sur les papiers, c'est autant passé hors des champs sans créer de valeur.

En plus de cela, l'élu insiste : “Tout le monde doit être solidaire”, négoce compris. “Eux aussi ils sont pris à la gorge par les centrales d'achat, mais on ne peut pas continuer à de tels prix. Il faudrait une véritable orientation annoncée par Samuel Montgermont, que les négociants aient conscience qu'en dessous de 120 euros l'hectolitre, on pille la viticulture.” Et avec les enjeux environnementaux qui se pressent au portillon, il l'affirme : “Sans rémunération correcte, on ne pourra pas y aller”

 

Patrick Brun, filière arboricole

“L'arboriculture départementale est ‘inquiète'”

La filière arboriculture dans le département est inquiète. En particulier en bio. En conventionnel, les prix n'ont jamais été bons, donc ça ne change pas pourrait-on dire en faisant de l'humour noir. Mais en bio, la situation diffère. Donc inquiète oui, ça résume bien la situation : inquiète par rapport aux prix auquel sont pays nos produits, inquiète par rapport au climat, à l'avenir, vis-à-vis des solutions de protection de nos vergers. Inquiète, tout simplement. Chacun essaie de voir comment s'en sortir, arrache s'il faut, replante d'autres espèces. On tâtonne. Quant aux annonces gouvernementales, ce qui nous touche de près, c'est d'abord la pérennisation du TODE. C'était sans doute la meilleure nouvelle. Après, beaucoup de choses ont été avancées, mais on reste dans le flou et je pense que la filière fruits et légumes a été un peu oubliée de façon générale. Les 4 % de jachères, le GNR, on est un peu moins concerné. Personnellement, comme beaucoup de collègues, j'attends énormément des clauses miroirs et du réalignement des calendriers d'homologation français et européens. Mais ce ne sera pas tout de suite et il faudra se mettre d'accord à Bruxelles. Sans compter que cela porte sur le futur, pas sur tout ce qu'on nous a déjà retiré. J'ai en revanche de gros doutes sur le contrôle des centrales ou des fraudes. Quand on passe de 10 à 20 contrôles par an, on double. Mais ça ne sert à rien. Inquiet donc, d'autant plus que la saison redémarre, les bourgeons commencent à sortir et pour arriver à remobiliser les agriculteurs quand tout repart, ça sera plus difficile. Donc oui, inquiet résume tout.” 

 

Virginie Fraysse, filière maraîchage

“Encore une fois le maraîchage est le grand oublié de Paris”

Cette année, comme l'année précédente, la filière maraîchage a souffert de hauts et de bas, avec des productions qui s'en sont sorties mieux que d'autres. Ce qui coince se situe principalement au niveau des charges et normes, et de la concurrence étrangère. “On est dans le cadre de la loi, on avance sur la transition énergétique, on fait le job. Mais nos produits coûtent toujours trop cher et à la production, et à l'achat pour les consommateurs”, se désole vertement Virginie Fraysse. Elle regrette tout particulièrement d'avoir peu entendu parler de maraîchage dans ces derniers jours de mobilisations : “Le lait, ils commencent à connaître, les céréaliers avec la Pac aussi, le vin c'est bon… Mais les fruits et légumes ? À Paris on ne connaît pas, en France on doit avoir quasiment 70 % de productions étrangères sur les étals, alors est-ce qu'on veut manger des fruits et légumes français ?”.

Ainsi le problème n'est-il pas cultural. Pour Virginie Fraysse, 25 mesures ne suffiront en rien, tant que le courage politique ne sera pas au rendez-vous. Cohérence européenne en matière de produits phytosanitaires – “on n'en veut pas plus, on veut juste que les autres fassent pareil” –, fin des entrées sans droit de douane sur le territoire des productions extra-européennes et surtout, aller sur le dossier social. “Avec toutes les charges, on n'arrive plus à payer correctement nos salariés, alors que le poids de la main-d'œuvre est monstrueux par rapport aux pays voisins”, souligne-t-elle. Elle estime également que la grande distribution est un faux problème qui masque la (mauvaise) volonté du politique. C'est l'applicabilité de la loi Egalim au maraîchage qui doit être revue : “La contractualisation ne nous protège pas : nous avons des difficultés à calculer un prix de revient, mais on nous a imposé tous les autres points de la loi”. Et de poursuivre : “On a bien vu qu'aucune des dernières propositions ne correspondait à notre filière. Au Salon de l'agriculture, à quoi s'attendre ? Encore une fois, le maraîchage est le grand oublié de Paris. On ne baisse jamais les bras, mais on est un peu résignés. Comment attendre quelque chose de l'acte 2, alors qu'on ne fait même pas partie du premier ?”, s'interroge la productrice de fraises. Alors oui, il y a eu l'enveloppe pour la bio, elle le reconnaît, mais elle insiste : “Les consommateurs n'ont plus les moyens de se payer des productions sur-certifiées, et nous, on ne veut pas d'une enveloppe. On veut des mesures fortes”.  

 

Sylvain Bernard, filière grandes cultures

“Le courage politique pour une restructuration du modèle”

Tout peut repartir d'un instant à l'autre, Sylvain Bernard est formel. Responsable de la commission ‘Grandes cultures', il voit autour de lui l'inquiétude grandir et la vigilance s'installer. “Côté céréales, nous sommes de retour à des prix avant la guerre en Ukraine. Mais les charges n'ont pas baissé, ou à peine, sur certains postes. Un décalage est en train de se créer et le compte n'y sera pas, même avec des rendements corrects.“ Le malaise du contexte géopolitique n'arrange rien, d'autant que certains pays tirent leur épingle du jeu agricole et seront capables de fournir les acheteurs qui ont de la demande : “Si pour les légumes plein champ et d'industrie les volumes contractualisés ont été globalement revus à la hausse, l'absorption de nos augmentations de charges ne durera pas. Il y a de la demande, et les acheteurs commencent à regarder pour du sourcing en Chine ou en Amérique latine, car le surcoût devient trop important”.

De manière générale, le besoin de clarification de l'origine France sur l'emballage, et les contrôles de contractualisation seront scrutés avec attention. “Il n'est pas normal qu'on se serve du drapeau français quand dans le produit on n'a pas 95 % d'ingrédients issus de la production française. C'est un mensonge aux consommateurs, une escroquerie”, martèle Sylvain Bernard. “Depuis 70 ans, on met des pansements, on empile des normes qui se contredisent… Pour que demain on s'en sorte et qu'on retrouve de la sérénité, il va falloir avoir le courage politique pour une restructuration du modèle. Et ça commence par contraindre l'administration à travailler pour et pas contre la France”. Une transformation de tout le système qui dépendra également de la capacité à aligner des financements conséquents pour la recherche dans les alternatives aux produits phytosanitaires, que tous souhaitent moins utiliser, et au travail conjoint – avec les écologistes notamment – contre des traités qui se jouent à l'autre bout du monde. 

 

Mathieu Roman, filière élevage ovin

“La liste des attentes des éleveurs ovins est longue”

Le cheptel vauclusien se maintient malgré tout depuis quelques années avec environ 28 000 brebis et une petite centaine d'éleveurs sédentaires, transhumants ou herbassiers. Mais la santé économique de la filière est depuis trop longtemps fragilisée. Les coûts de production sont trop élevés et ne cessent d'augmenter ; la pression du loup – en constante augmentation – pèse de plus en plus sur la santé morale et financière des éleveurs ; les sécheresses successives mettent à mal les stocks de fourrage et les ressources en herbes… Malgré tout, nous nous devons de tenir le rythme. Notre métier devrait être reconnu d'utilité publique ! Nous entretenons et façonnons les territoires, conservons les milieux ouverts et favorables à la biodiversité, et luttons ainsi activement dans la prévention des incendies.

Il serait temps de reconnaître à juste titre la parole des agriculteurs, et de prendre en considération le bon sens paysan, pour que chacun de nous puisse vivre décemment et librement de son activité agricole. Après ces jours de mobilisation, la liste des attentes des éleveurs ovins est longue… Simplification des démarches administratives, plus de transparence et une gestion efficace du loup, paiement et maintien des aides Pac, ainsi que l'arrêt des traités de libre-échanges seraient, entre autres, les sujets à traiter en urgence. Mais finalement, peu de mesures ont été évoquées en faveur de l'élevage ovin. Nous serons donc très attentifs aux prochaines annonces gouvernementales, et prêts à nous remobiliser au besoin.” 

ÉDITO

De la dignité et du revenu

“Cela fait maintenant plusieurs années que nous expliquons, que nous alertons sur notre situation.

Depuis début janvier, toutes les actions s'intensifient avec plus de 500 actions et 40 000 agriculteurs par jour sur les barrages en France, mais également dans l'Europe toute entière. Nous voulons tous aujourd'hui deux choses : de la dignité, du revenu.

Nous avons accepté de suspendre les mobilisations dans l'attente de la mise en œuvre d'un changement de logiciel et non plus seulement de logique.

Nous avons demandé des mesures d'urgence, des mesures en faveur du revenu et de l'origine France, des mesures pour la compétitivité, celles pour éviter les surtranspositions et la préservation des moyens de production…

Concernant le revenu, nous ne pouvons pas non plus tout attendre de la Pac. Nous voyons aujourd'hui que les actions individuelles ont moins de portée que les actions collectives, que nous sommes plus forts ensemble. Nous devons aussi remettre en cause nos pratiques et utiliser les outils que nous avons construits, à commencer par Egalim. Nous devons pouvoir décider de notre prix minimum, qui ne sera pas le même pour tous et pour toutes les productions, éventuellement à l'échelle de la région si c'est là qu'est la bonne solution.

Aujourd'hui, nous sommes en réflexion et en concertation avec la préfecture et le ministère.

Mais si demain les logiciels ne changent pas, alors nous devrons encore faire entendre notre voix.“ 

Sophie Vache, présidente de la FDSEA 84

Céline Zambujo et Manon Lallemand •

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