élevage porcin
Avec la Fièvre porcine africaine qui se rapproche de nos frontières, les élevages porcins de la région s'inquiètent aussi du durcissement de l'évolution de la directive européenne sur les émissions industrielles. Mais de nouvelles opportunités s'ouvrent pour la filière au plan local.
Le seuil pour être reconnu IED passe de 2 000 porcs à l'engraissement (ou 750 truies) à 350 UGB, soit 1 100 porcs (ou 700 truies).
© Crédit photo : ED
L'élevage porcin français n'échappe pas à la crise agricole qui touche tous les secteurs. Avec la volatilité des prix des matières premières, la concurrence intra et extracommunautaire, ainsi qu'une réglementation asphyxiante, difficile de maintenir une activité d'élevage rentable dans la sérénité. Mais localement, l'association A3P (Producteurs de porcs de Provence) et le Syndicat porcin permettent à la filière d'exister et de maintenir les élevages en place.
Les deux structures tenaient leur assemblée générale annuelle à Saint-Martin-de-Crau, le 26 mars dernier. Une vingtaine d'adhérents, essentiellement des engraisseurs sur les départements des Bouches-du-Rhône, du Var et du Vaucluse, est rassemblée au sein du groupement A3P. Dans la structure, les adhérents peuvent ainsi bénéficier du suivi technique de leurs élevages, des échographies et du guide de bonnes pratiques, qui permet un maintien sanitaire des exploitations. L'animation réalisée par l'association permet aussi d'accompagner les adhérents vis-à-vis de l'évolution de la réglementation et des demandes de l'administration. Cette année encore, l'association a également assuré la saisie des mouvements d'animaux. Mais pour l'année 2024, des changements importants se dessinent pour l'association, dont les activités se voient transférées au sein du Syndicat porcin 13, 84 et 83.
Concernant l'activité vétérinaire, et grâce au partenariat avec le Groupement de défense sanitaire (GDS), les exploitations de la région ont pu bénéficier, l'an dernier, de visites sanitaires porcines portant sur le bien-être animal. Cette année, ces visites cibleront les élevages disposant d'un numéro d'EDE impair.
Au plan sanitaire toujours, les éleveurs ont le regard tourné vers la frontière italienne. Après avoir été repérée dans plusieurs élevages domestiques et au sein de la faune sauvage à l'est de l'Europe ces dernières années, la Fièvre porcine africaine (FPA) se rapproche toujours un peu plus près.
Des cas ont été enregistrés dans le Piémont et en Lombardie, mais également le long de la botte italienne.
Un foyer est aussi apparu pas très loin de Rome. "Il y a une évolution locale de la maladie avec la faune sauvage, mais aussi une évolution en saut de puce régulière, probablement liée au transport d'animaux. Les experts n'expliquent pas encore précisément l'origine de ces cas, mais toujours est-il que la FPA n'est plus qu'à 55 km de la frontière française", rapporte Laure Éon, vétérinaire chargée du suivi sanitaire.
Certes, des clôtures pour contenir la maladie dans les provinces italiennes ont été mises en place. Mais ces dispositifs - censés freiner l'avancée des sangliers - ne semblent guère efficaces. Faute de maîtriser la propagation de la maladie qui arrivera un jour ou l'autre dans les élevages de la région, le seul moyen de se prémunir de la PPA est donc de protéger les élevages, avec la mise en place des mesures de biosécurité. Du côté de la vaccination, la piste de l'Anses avance, mais la création d'un vaccin demandera plusieurs années. L'idée serait de pouvoir vacciner la faune sauvage, comme cela avait été le cas contre la rage avec les appâts mis en place pour les renards. Le syndicat porcin reste pour l'heure inquiet, "car les conséquences économiques seraient désastreuses pour la santé du secteur", ajoute Vincent Robert. En attendant, les professionnels de la filière sont mobilisés aux côtés des pouvoirs publics et des chasseurs, afin de tout mettre en œuvre pour éviter l'introduction du virus sur le territoire.
Tout au long de l'année, le syndicat porcin est resté en alerte quant à l'évolution de divers dossiers environnementaux et sanitaires. Il a notamment participé aux réunions importantes pour la filière, et continué d'assurer le relais des informations auprès des éleveurs. Seul signe positif significatif de ces dernières semaines, "les efforts du gouvernement pour placer l'agriculture au rang d'intérêt fondamental de la nation", indique Vincent Robert.
Pour le président du syndicat porcin, l'année 2023 a été atypique pour la production porcine. "La filière a été marquée par une baisse tendancielle de la production, dans un contexte marqué par une suractivité législative réglementaire et militante, qui bride et qui risque de brider plus encore les projets dans nos élevages et nos entreprises alimentaires. En effet, la révision européenne de la directive sur les émissions industrielles (IED) va mettre en difficulté un nombre important d'éleveurs de porcs et de volailles." Le seuil à partir duquel les exploitations porcines sont soumises aux obligations européennes IED passe de 2 000 porcs à l'engraissement (ou 750 truies) à 350 UGB, soit 1 100 porcs (ou 700 truies). Ainsi le nombre d'élevages concernés par l'évolution de ces règles supplémentaires serait multiplié par sept.
En région, une dizaine d'exploitations serait concernée par des investissements lourds visant à satisfaire ces nouvelles exigences. Au syndicat, on estime que c'est autant d'investissements qui vont manquer à la véritable production. Les éleveurs pensent que ce projet - qui imposera des règles supplémentaires au niveau des élevages - annonce la fin du modèle français de l'élevage familial en production porcine, et qu'il convient d'exclure l'élevage de ce texte pensé pour l'industrie. Une clause de revoyure est prévue en 2026. Mais déjà, les professionnels constatent sur le terrain des effets délétères de cette réglementation sur le renouvellement des générations. "Les jeunes éleveurs souhaitant s'installer préfèrent renoncer à leur projet, plutôt que de devoir rentrer dans un carcan administratif lourd, car conçu pour l'industrie lourde." Alors que le nombre de producteurs de porcs baisse et que la consommation se maintient, la conséquence risque d'être à la fois simple et dramatique : "La France importera encore davantage de viande demain", déplore le président.
Le contexte reste donc complexe pour la filière, qui manque de visibilité et de transparence pour son avenir. Toutefois, malgré des équilibres économiques précaires, les exploitations de la région conservent certains atouts. Tout d'abord, la faible densité des élevages permet un très bon état sanitaire, aspect essentiel pour les démarches qualité. Ensuite, la production des exploitations bénéficie aussi d'un bassin de consommation très important, avec des opportunités de niches pour la valorisation des produits. La commercialisation est de ce fait de plus en plus directe, et s'oriente beaucoup sur des marchés locaux. Autre atout, "la présence d'une chaîne d'abattage porcine à l'abattoir de Tarascon permet aux éleveurs de maintenir, voire d'augmenter l'activité porcine". D'ailleurs, les éleveurs se voient aujourd'hui proposer l'engagement du Département des Bouches-du-Rhône pour soutenir la commercialisation de leur production. Le Conseil départemental a en effet créé, l'année dernière, une centrale d'achat pour mutualiser l'approvisionnement des collèges, notamment en produits frais. Comme l'expliquaient Florent Solier, directeur des achats publics pour le Département, et Isabelle Chemoul, adjointe au chef de service'Expertise, restauration et alimentation' dans les collèges, les produits carnés sont concernés par cet outil, mis en place pour massifier les commandes et les volumes d'achat. Au total, 96 collèges des Bouches-du-Rhône (qui en compte 130) y adhèrent déjà, et 68 veulent s'engager sur l'achat de produits carnés. Le potentiel d'achat de viande de porc correspondrait approximativement à une douzaine de tonnes tous les 15 jours. Les éleveurs doivent maintenant se positionner en constituant, s'ils le souhaitent, un groupement pour répondre aux marchés de cette centrale d'achats.
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