CARPENTRAS
À la tête de 'La bouquetterie du soleil' à Mazan, le couple Millet incarne une horticulture de conviction, où la technicité se conjugue à un amour profond pour la terre.
Laurence et Eric Millet
© Crédit photo : PM
Né à Saint-Germain-en-Laye (78), Éric Millet est l'héritier d'une famille dédiée au végétal : fils de fleuristes traditionnels et petit-fils de maraîcher, il a grandi dans l'effervescence des étals et des boutiques. Après un cursus horticole (BEP et BTS), il s'envole pour les Pays-Bas, à Aalsmeer, le cœur mondial de la fleur. Pendant deux ans, il y découvre les rouages du commerce international chez des exportateurs. Cette expérience s'avère fondatrice : "C'est plus facile de s'installer en tant que producteur que commerçant", conclut-il à son retour, fort de quelques économies et de sa découverte du marché de la fleur.
Son aventure entrepreneuriale débute par un coup de chance administratif. À Chambourcy, il loue deux à trois hectares de terrains expropriés par l'État pour la construction de l'autoroute A14. Pour un loyer restreint, il y fait ses premières armes durant trois ans, avant d'acquérir ses propres terres à Crespières, toujours dans les Yvelines. Durant 13 ans, lui et son épouse développent une belle structure, mêlant serres en verre, tunnels et plusieurs points de vente. Le rythme est effréné : "De 4 heures à 21 heures, 7 jours sur 7. C'est la naissance de notre fille et l'épuisement lié à ce cadre de vie francilien qui nous a poussés à envisager un nouveau départ", se souvient-il.
L'appel du Sud vient de son père, installé à Aubignan depuis 1980, qui ne cesse de lui vanter les mérites de la Provence : "Viens dans le Vaucluse, tout pousse ici, il y a du soleil !". En 1995-1996, Éric Millet saisit une opportunité : six hectares de terrain à vendre à un prix attractif. Après avoir surmonté des obstacles administratifs liés à son siège social parisien et l'impact de la hausse de la TVA à l'époque, il finit par vendre ses actifs parisiens pour s'installer définitivement dans le Vaucluse, avec un employé de leur entreprise parisienne qui les a accompagnés.
Pendant 15 ans, l'exploitation connaît une phase de croissance rapide, grâce à un référencement national chez une enseigne de jardinerie nationale. Éric Millet y assure le préemballé pour une vingtaine de magasins, gérant une logistique lourde et un niveau d'exigence technique élevé. "Nous avons fini par abandonner ce circuit il y a quelques années, lassés par la complexité administrative et le changement de profil des interlocuteurs en magasin, pour nous recentrer sur une production plus humaine et locale."
Car Éric Millet n'est pas un producteur conventionnel : il se distingue par une recherche constante d'indépendance énergétique et de respect des sols. Il est notamment le seul en France à utiliser un système de 'brûleurs à granulés' suédois pour chauffer ses 9 000 m² de serres. Il a réussi à diviser ses coûts énergétiques par trois par rapport au fioul, tout en assurant une inertie thermique optimale. Ses serres à double paroi gonflable renforcent cette isolation, protégeant les cultures jusqu'à -5°C sans chauffage actif.
La santé du sol est une autre de ses priorités. Pour éviter les produits phytosanitaires et les traitements chimiques lourds, il utilise un générateur de vapeur pour désinfecter ses terres à 90°C. Cette technique radicale élimine virus, bactéries et mauvaises herbes, permettant ensuite de "nourrir" la terre avec des apports organiques tels que le fumier de poule. Cette rigueur lui a valu d'être l'un des premiers en France à obtenir le label environnemental 'MPS' (Milieu Programma Sierteelt, en néerlandais), en plus de la certification Fleur de France.
Aujourd'hui, l'exploitation produit une trentaine d'espèces de fleurs coupées sur six hectares. La pivoine occupe une place centrale avec un hectare planté de variétés anciennes et parfumées comme la Noémie Demay. Les renoncules, tulipes, tournesols, giroflées et godetias complètent un calendrier de production qui s'étend sur toute l'année.
Le modèle économique de 'La bouquetterie du soleil' repose sur trois piliers : "Tout d'abord, le marché aux fleurs de Hyères où je me rends deux fois par semaine pour vendre mes fleurs au cadran, un outil fabuleux pour les producteurs français". D'autre part la vente aux fleuristes locaux, dont quelques gros clients du secteur qui se fournissent directement à l'exploitation. "Et puis il y a la vente directe, que nous avions créée sans trop faire de publicité. Nous sommes ouverts le vendredi et le samedi matin, et la vente directe représente désormais 25 à 30% du chiffre d'affaires. Ce contact direct avec une clientèle fidèle est une source de satisfaction majeure pour nous".
Malgré les épreuves, notamment le choc du confinement où l'entreprise a dû jeter 140 000 € de fleurs, Éric Millet reste optimiste pour la filière. "C'est vraiment un métier d'avenir parce qu'il n'y a plus du tout de production en France", souligne-t-il, notant la forte demande des grossistes et exportateurs.
Son épouse et lui envisagent désormais de passer le relais d'ici 2027. Ils cherchent un successeur capable de reprendre cet outil de production performant pour profiter, enfin, d'une retraite paisible sous ce soleil vauclusien qu'ils sont venus chercher il y a 30 ans. En attendant, Éric Millet continue de soigner ses pivoines, ces fleurs "fidèles" qu'il considère comme les plus féminines et les plus belles de son jardin.
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