VITICULTURE
Face aux nouvelles exigences environnementales, la filière viticole accélère sa réflexion autour des emballages. Entre allègement des bouteilles, éco-conception et développement du réemploi, les producteurs sont poussés à faire évoluer leurs pratiques. Des diagnostics réalisés auprès d'exploitations de la Vallée du Rhône précisent l'enjeu.
Les bouteilles réemployables font partie des solutions pour l'avenir de la filière viticole.
© Crédit photo : ML
Face aux objectifs de transition écologique fixés par les pouvoirs publics et à l'évolution des attentes des consommateurs, la filière viticole est progressivement amenée à repenser ses pratiques en matière d'emballages. Si, en France, le recyclage et le réemploi du verre montrent de bons résultats, il faut continuer à encourager cette pratique, vertueuse pour la planète, mais qui pourrait aussi avoir des avantages pour les viticulteurs.
Adelphe, filiale de Citeo, est un éco-organisme agréé sur la filière des emballages ménagers. À ce titre, il accompagne les entreprises, notamment du secteur des vins et spiritueux, dans la gestion de la fin de vie des emballages qu'elles mettent sur le marché, conformément au principe de Responsabilité élargie des producteurs (REP). Dans ce sens, il a un contrat collectif avec le Syndicat des vignerons des Côtes du Rhône depuis 2023. Le suivi de quatre exploitations a permis de poser des diagnostics concrets et porteurs de progrès.
Le cadre réglementaire impose en effet aux producteurs de financer la collecte et le traitement de leurs emballages, tout en réduisant leur impact environnemental. Dans le secteur du vin, ces enjeux sont particulièrement importants. Le verre représente près de la moitié du poids des emballages ménagers en France, dont une grande partie provient des bouteilles de vin, de bière et de spiritueux. Même si le verre est déjà très bien recyclé, les objectifs actuels portent davantage sur la réduction du poids des bouteilles, le développement du réemploi et l'adaptation aux nouvelles réglementations, comme la loi 'Agec' ou la loi 'Climat et résilience'. D'ici 2027 et 2030, les objectifs fixés par l'État vont pousser la filière viticole à faire évoluer ses pratiques.
L'éco-conception consiste à penser les emballages de manière à réduire leur impact environnemental tout au long de leur cycle de vie, de la fabrication jusqu'au recyclage (lire encadré).
Adelphe a mené des diagnostics auprès de quatre exploitations viticoles volontaires, toutes en appellation Côtes du Rhône : Château Mongin, Famille Pierre Gaillard, Domaine Julien de l'Embisque et la cave La Vinsobraise. Au bout de l'analyse, un constat s'impose : la transition écologique du secteur passe d'abord par la bouteille en verre, à la fois principal poste d'impact et premier levier d'action.
Sur environ 800 tonnes d'emballages analysées, près de 60 t pourraient être évitées à court terme (-7,5%), dont près de 80% grâce au seul verre, avec 47 t économisées. Mais au-delà des volumes, ces travaux révèlent un potentiel d'optimisation encore largement inexploité : pour une bouteille de 75 cl, les poids observés varient de 395 à 900 grammes, soit plus du simple au double. En se rapprochant de standards, autour de 390 g pour les vins tranquilles, les gains deviennent immédiatement significatifs.
Un allègement de 80 g par bouteille permet, par exemple, d'économiser 80 kg de verre pour 1 000 unités produites. Réduire le poids des bouteilles permet également de diminuer celui des cartons et, plus largement, les volumes transportés par camion, avec des effets directs sur les émissions de CO₂ et les coûts logistiques. Cette rationalisation se traduit aussi sur le plan financier, avec plus de 30 000 € d'économies potentielles identifiées, dont plus de la moitié liée au verre.
Parmi les principales pistes de travail ciblées figurent l'allègement et la standardisation des bouteilles, l'optimisation des cartons ainsi qu'une rationalisation des gammes d'emballages utilisées. Ces évolutions facilitent non seulement le recyclage et la logistique, mais pourraient aussi, à terme, favoriser le développement du réemploi à plus grande échelle. La question du réemploi reste toutefois complexe dans la filière viticole, notamment en raison de la diversité des formats et des contraintes techniques liées à la résistance des bouteilles.
Dans une filière encore très dépendante du verre, l'éco-conception apparaît ainsi comme le levier central pour concilier performance environnementale, viabilité économique et adaptation aux nouvelles attentes réglementaires et sociétales.
Comparé au recyclage, le réemploi des bouteilles permettrait d'économiser jusqu'à 51% d'eau, 79% d'énergie et 46% d'émissions de gaz à effet de serre. Si cette pratique reste encore minoritaire dans la filière, elle progresse rapidement. Dans les stations de lavage spécialisées, les volumes augmentent fortement : chez Locaverre, les bouteilles de vin représentent désormais 30% des contenants traités, contre seulement 10% il y a un peu plus d'un an.
Pour accompagner cette évolution, plusieurs références de bouteilles réemployables existent déjà sur le marché. Adelphe a également participé au développement d'un nouveau modèle spécifique au vin, pensé pour faciliter le réemploi à grande échelle. Cette bouteille, déclinée en trois teintes et d'un poids d'environ 500 g, intègre un marquage spécifique dans la piqûre afin d'indiquer qu'elle est réemployable. Descendre en dessous de ce poids reste pour l'instant complexe, afin de garantir une résistance suffisante pour plusieurs cycles d'utilisation. La production de ce nouveau format devrait débuter dans l'année.
Des dispositifs de financement existent également pour accompagner les entreprises souhaitant se lancer dans le réemploi. Adelphe peut soutenir certains projets et expérimentations portés par ses adhérents, avec notamment des appels à projets ouverts jusqu'au 30 septembre.
Plusieurs leviers peuvent être mobilisés pour éco-concevoir un emballage. Cela peut passer par la réduction du poids des bouteilles et des étiquettes, l'optimisation des formats et des conditionnements, le recours au réemploi, ou encore un travail sur l'origine et la composition des matières premières utilisées. L'amélioration de la recyclabilité des emballages et la facilitation du geste de tri pour les consommateurs constituent également des axes majeurs de transformation pour la filière.
Mais il y a des contraintes : l'emballage doit avant tout protéger le produit jusqu'au consommateur. Son éco-conception doit donc prendre en compte le transport, le stockage ou encore le circuit de distribution. Une bouteille destinée à l'export n'aura pas les mêmes besoins qu'un produit vendu en circuit court. De plus, alléger une bouteille a ses limites : si elle est trop légère, elle peut ne plus être adaptée au réemploi, qui nécessite des contenants suffisamment résistants.
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06/06/2023
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