sociÉTÉ du canal de provence
Si les grandes réserves d'eau régionales n'ont pas été mises en défaut cette année et que les nappes globalement bien remplies, anticiper de potentielles raréfactions hydriques reste nécessaire face au dérèglement climatique et aux nouveaux besoins d'irrigation agricole. La feuille de route de la Société du canal de Provence en tient compte.
Outre l'extension du réseau d'irrigation dans certains territoires ciblés, le plan 'Or bleu', porté par la Région Sud et déployé par la Société du canal de Provence, comporte également des actions plus exploratoires, comme ceux menés sur la réutilisation des eaux usées .
© Crédit photo : SCP
Alors que certains sont déjà lancés vers la campagne agricole 2024-2025, les premiers bilans hydriques de la campagne 2023-2024 sont faits. Et force est de constater que les années ne se ressemblent pas ! Si 2022 et 2023 avaient vu des tensions fortes sur les nappes et les réseaux, 2024 a été plus sereine à ce niveau en Provence Alpes Côte d'Azur.
Globalement, les besoins d'irrigation ont été bien inférieurs à ceux de l'an dernier, "de l'ordre de 20 à 30 % en moyenne au regard des volumes consommés pour l'irrigation agricole", pointe Benoit Moreau, directeur du développement de la Société du canal de Provence (SCP). Et les pluies actuelles poursuivent la recharge des nappes et des sols. Tous les signaux sont donc au vert concernant la situation des deux grandes réserves de la société d'aménagement concessionnaire de la Région Sud, la Société du canal de Provence, à savoir la Durance et le Verdon, sans oublier les Alpes, qui ont enregistré leurs premières neiges en septembre.
Cette campagne plus calme a permis le déploiement et la poursuite des travaux sur l'optimisation des réseaux et les extensions pour l'agriculture par la SCP. Ainsi, dans le Vaucluse, les travaux se poursuivent du côté de Mirabeau et l'étude a été lancée sur Beaumont-de-Pertuis. "Nous sommes en phase de négociation sur le plan de financement de cette partie. L'accord du futur programme de co-financement a été obtenu avec les EPCI concernées et sera voté lors prochain du conseil d'administration de la SCP" précise Benoit Moreau. À partir de l'an prochain, un nouveau programme de 40 millions d'euros de travaux va être lancé sur le Luberon et le Calavon.
Dans les Bouches-du-Rhône, les travaux importants ont été réalisés, moins de rénovations que de sécurisation des interconnexions entre les réseaux Verdon et Étang de Berre, "pour avoir une double ressource, ce qui intéresse les activités industrielles et agricoles. Ce fut un gros travail pour relier les secteurs entre eux, notamment à Plan-de-Campagne, ce qui doit permettre de produire de l'hydroélectricité".
Le Var a vu les travaux se déployer fortement pour l'extension de réseaux agricoles, notamment sur Pierrefeu, Montmeyan et Pourcieux. "Ollières est en démarrage avec d'importants chantiers dans le sud de la Sainte-Beaume." Le plan Or bleu1 et sa déclinaison avec le plan 'Var eau 2050' vont permettre d'indiquer où sont les besoins de sécurisation et où la SCP sera une des solutions, "en complément des actions de sobriétés et des extensions de réseaux, pour que les territoires puissent avoir accès à deux ressources pour l'eau potable, et au moins une pour l'agriculture", rappelle Benoit Moreau.
Ce projet 'Or bleu' vient porter une vision du développement hydrique en région à l'horizon 2038. "Les besoins seront listés tout comme les projets. Viendra ensuite le travail d'ingénierie. Aujourd'hui, un point d'attention est fait sur le département du Var avec une ressource locale sous tension et des besoins qui augmentent, que ce soit pour l'eau portable ou l'eau brute pour l'agriculture. Dans le Var ou ailleurs, l'idée est d'affirmer avec tous les opérateurs impliqués - collectivités publiques, Département, Région, agriculteurs, industriels... - la stratégie actée de façon consensuelle avec l'ensemble des partenaires. On a su le faire dans le Vaucluse, et là, on décline la méthode dans le Var. Cela permet de sécuriser les plans de financements et les nouveaux ouvrages attendus par la profession agricole."
Le plan 'Or bleu' comporte également des actions plus exploratoires, comme ceux menés sur la Réutilisation des eaux usées (REUT, voir encadré). Ce projet vertueux de gestion de l'eau s'inscrit dans les objectifs du plan 'Or bleu' de la Région Sud, qui vise 10 % de REUT à horizon 2030 et encourage le développement de la filière à travers le financement de projet. "L'état des lieux en cours va nous permettre de déterminer les actions opérationnelles faisables", complète Bénédicte Martin, vice-présidente de la Région Sud en charge de l'agriculture, également présidente de la SCP. Ce plan vient renforcer la stratégie de la SCP 'Eau 'Rizon 2027' qui comportait un gros volet d'investissements, "pour faire en sorte que chaque terroir ait accès à la ressource en eau de manière sobre" précise-t-elle.
Avec l'augmentation des phénomènes climatiques extrêmes tels que les sécheresses et les fortes pluies, la gestion future de l'eau est une priorité pour tous les territoires. L'enjeu principal face à une ressource en tension est donc de garantir un accès à l'eau suffisant pour tous les usages nécessaires au développement du territoire - eau potable, irrigation, usage professionnel, défense incendie... -, tout en prévoyant les aménagements futurs pour répondre aux besoins en eau en adaptant les pratiques de consommation vers plus de sobriété. Pour répondre à ces enjeux, la SCP a développé 'Hydroclim', un outil de modélisation et d'analyse qui permet de prédire l'évolution de la disponibilité en eau jusqu'à l'horizon 2100. "L'idée est d'avoir une vision sur chaque territoire, pour y décerner les impacts du changement climatique et traduire cela à l'échelle du bassin-versant", détaille Bénédicte Martin. L'objectif est évidemment de pouvoir agir en amont en cas de phénomènes extrêmes. "C'est un outil prospectif, à destination des décideurs principalement, pour les aider dans l'établissement des plans d'investissement", complète Benoit Moreau.
Tout cela est permis par les redevances et le soutien des collectivités. "Les tarifs sont cadrés par le contrat de concession. L'an prochain, la formule de révision table sur une augmentation inférieure à 1 %. Nous sommes très vigilants, et la Région Sud l'est aussi, à cette augmentation du coût de l'eau, mais il faut s'assurer que l'eau paie l'eau. 30 % des recettes sont déjà affectées à maintenir le patrimoine efficient. Les extensions sont autofinancées à un niveau important et les budgets actés avec les partenaires. Nous avons un réseau moderne avec déjà 90 % d'efficacité, suite à un travail important de traque des fuites. Les compteurs connectés (voir encadré) vont nous y aider aussi. Mais si l'on consomme moins d'eau, on a aussi moins de recettes. Des réflexions sont en cours avec l'ensemble des acteurs au niveau national sur une tarification progressive. Mais cela ne concernerait pas forcément l'agriculture", conclut Benoit Moreau.
Pour ÊTRE précis-
La Société du canal de Provence et la Région Sud ont lancé un programme 'Life', soutenu par deux collectivités territoriales - la Communauté de communes Vallée des Baux-Alpilles et la métropole Nice Côte d'Azur - mais aussi la Chambre d'agriculture et l'Agence de l'eau pour mettre en place deux démonstrateurs permettant la réutilisation des eaux usées (REUT), dans les Alpilles et à Porquerolles. "La SCP, en tant que bras armé de la Région sur le sujet, travaille sur l'ingénierie avec les collectivités territoriales pour finaliser l'étude sur le potentiel de la REUT. La restitution du comité de pilotage devrait se faire début 2025. L'objectif est de tester différentes cultures, de voir comme cela fonctionne pour ensuite dupliquer un concept opérationnel. Sur vigne, l'idée est de monter un projet de type 'living lab' - ou laboratoire vivant, à savoir une méthode où citoyens, habitants, usagers sont considérés comme des acteurs clés des processus de recherche et d'innovation - pour travailler dès 2025 sur la REUT", explique Bénédicte Martin, vice-présidente de la Région Sud en charge de l'agriculture, également présidente de la SCP.
Dans le cadre des actions permettant un usage sobre de la ressource, la Société du canal de Provence a lancé depuis trois ans le renouvellement de son parc de compteurs - environ 60 000 - pour remplacer les anciens par des compteurs connectés. Ces derniers temps, les travaux ont été accélérés pour que le remplacement soit achevé d'ici quatre ans. "Cela va permettre une meilleure connaissance des usages, des points de fuite et des façons d'irriguer et sera utile pour optimiser les conseils d'usage", résume Benoit Moreau, directeur du développement de la Société du canal de Provence.
Les premiers démonstrateurs grandeur nature des ombrières sur canal seront dévoilés d'ici la fin 2025. Deux sont d'ores et déjà programmés : à Pourcieux et à Saint-Maximim, sur des longueurs de 100 à 150 mètres, installés "dans des endroits à moindre impact", détaille Benoit Moreau, directeur du développement de la Société du canal de Provence. Les déclarations préalables seront déposées début 2025 et les travaux seront lancés à la suite. "L'idée, c'est d'accélérer ensuite pour déployer la technologie sur 40 des 70 km de canaux. Cela permettra une production d'électricité de 40 mégawatts, soit les besoins d'une population évaluée entre 50 000 et 60 000 habitants. Et devrait nous permettre de passer en électricité positive le Canal de Provence à l'horizon 2027" conclut-il.
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