Vaucluse 31/10/2024
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Entrechaux

Jérôme Benoît, de la Californie au caveau

Jérôme Benoît a repris l'exploitation familiale, Le Mas des Flauzières, à Entrechaux, en 1996. Très actif à la vigne et dans la vie de tous les jours, il partage ses week-ends entre les salons professionnels et les bords de terrains de rugby. Ses vins sont souvent récompensés et s'exportent jusqu'en Australie.

Jérôme Benoît gérant et vigneron du Mas des Flauzieres, à Entrechaux.

© Crédit photo : CL

Jérôme Benoît n'a pas soif que de vin. De rencontres, d'échanges et d'expériences aussi. À 53 ans, il décide désormais de mettre un peu le frein à main, mais sa vie a été et reste très remplie.

Après avoir fait partie des Jeunes agriculteurs, il est désormais au bureau de la Fédération des Vignerons indépendants de Vaucluse, et au conseil d'administration national. À côté de cela, il aime cuisiner et assister aux entraînements et matchs de rugby de son fils, licencié à Orange. Quand il n'est pas sur un tracteur ou la tête dans les cuves, le gérant du Mas des Flauzières - qui compte 30 hectares en production - se rend sur les salons professionnels un peu partout en France.

Stages aux USA et en Afrique

Durant ses études pour l'obtention de son diplôme national d'œnologue, le vigneron a eu l'opportunité de réaliser des stages à l'étranger. Un premier de trois mois en Californie, en 1995. Le second, pour son installation, il choisit de le faire dans l'hémisphère sud, après des recommandations. Fan de rugby, il mise sur l'Afrique du Sud. Il y fera la vinification. De ses deux expériences, il retient d'abord la solidarité. "Il y en a beaucoup plus qu'en France, du moins, à l'époque", sourit-il. "En Afrique du Sud, deux vignerons qui ne se connaissent pas vont facilement échanger leurs idées." Il y découvre également l'œnotourisme, surtout aux États-Unis. "Là-bas, ils sont en avance sur nous. Ils n'ont pas de monuments, donc ils misent sur ça avec les touristes", explique-t-il.

"Aux USA, ils sont en avance sur nous sur l'œnotourisme. Ils n'ont pas de monuments, donc ils misent sur ça avec les touristes"

En revanche, côté technique du vin, il n'y a guère de différences. C'est surtout pour échanger une expérience que Jérôme a voulu s'expatrier. Et c'est à l'étranger qu'il a trouvé des viticulteurs qui lui ressemblent : "Ils sont bosseurs, mais ne se prennent pas la tête", a-t-il pu constater. "On travaillait comme des dingues. Mais ça ne nous empêchait pas de prendre du bon temps, même pendant les vendanges. C'est ma nature."

Aujourd'hui encore, il prend plaisir à déguster des vins d'Afrique du Sud, "de très beaux vins". Dans ce pays, il y a moins de contraintes pour les vignerons selon lui : "Pas de rendement imposé, et un potentiel de maturité phénoménal", note Jérôme Benoît. Sans oublier une belle palette de cépages sur lesquels travailler. Durant quelques années, il a également donné le change, en accueillant à son tour des jeunes venus d'Afrique du Sud.

Riche de cette expérience, il tente maintenant de convaincre la nouvelle génération de faire de même.

Une évolution pour s'adapter

Jérôme Benoît fait du rouge, du rosé, du blanc, et même du pétillant autour de plusieurs appellations : AOP Ventoux, Gigondas, Vacqueyras et des Côtes du Rhône. Depuis l'année dernière, il a même lancé un gigondas blanc, en AOP également. "J'avais anticipé : j'ai planté il y a huit ans", se félicite-t-il aujourd'hui.

Pour s'adapter à la demande, il affine ses vins. En ce moment, il réfléchit à lancer une cuvée bas degré, perlante pétillante, car "c'est ce qui plaît aux jeunes". Il a remarqué ça lors des soirées qu'il organise sur le domaine depuis deux ans, l'été : une en juillet et une en août. En plus d'un DJ et de food-trucks, il propose un bar à vins et cocktails. Ces derniers sont réalisés avec les vins du mas. "Quand il fait chaud, les gens ne veulent pas un trop gros degré", a-t-il pu constater.

Des salons et des concours

Jérôme Benoît essaye de se développer le plus possible, un peu partout, "pour ne pas avoir tous mes œufs dans le même panier", se justifie-t-il. Il a donc toujours pris soin de participer à de nombreux salons. Jusqu'à 40 par an. S'il y en avait deux dans le week-end, "je m'occupais du plus gros, et mes parents faisaient le plus petit, moins long". Un moyen pour lui de faire connaître ses vins dans l'Hexagone et plus largement.

Aujourd'hui, il a réduit la voilure et n'en fait plus que sept. Ceux des Vignerons indépendants, bien évidemment. Mais aussi quelques concours, qui lui permettent de faire primer ses vins. Au concours d'Orange, à celui des Vignerons indépendants ou encore au Trophée des Jeunes agriculteurs, où il vient d'obtenir trois récompenses. Ces médailles et salons lui ramènent des clients, parfois venus de loin. "À l'export, j'ai des commandes aux États-Unis, au Québec, en Irlande et jusqu'en Australie." Une partie part enfin au négoce.

Malgré tout, il ressent la crise actuelle. À l'export notamment, au niveau des commandes, moins nombreuses, ou plus petites. Mais il ne se décourage pas, car il arrive à capter quelques nouveaux clients pour compenser la perte de certains. Il commence aussi doucement à former son fils, qui aimerait faire une école d'ingénieur en agronomie. Il pourrait ensuite, s'il le souhaite, reprendre l'exploitation familiale, sous l'œil attentif de papa. 

Capucine Lorain •

Les CHIFFRES clés-

Exploitation de 35 hectares (30 ha en production, 5 ha en renouvellement)

2 employés à l'année, 1 apprentie pour la partie commerce, ainsi que des saisonniers et prestataires de services de façon ponctuelle

1 gamme de 14 vins (rouge, rosé, blanc et pétillant), à retrouver au caveau ou sur le site de la boutique des Vignerons indépendants

11 d'entre eux ont reçu des médailles entre 2016 et aujourd'hui

Capucine Lorain •

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