Vaucluse 28/06/2018
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Intempéries : La sonnette d’alarme est tirée

À l’initiative de la Chambre d’agriculture de Vaucluse et de la Confédération générale de l’agriculture, une conférence de presse s’est tenue le 16 juin dernier à la Chambre d’agriculture. Objectif ? Alerter les parlementaires et les services de l’État sur les difficultés du monde agricole qui font suite aux conditions climatiques des dernières semaines et surtout, de leurs conséquences sur les productions vauclusiennes.

Georgia Lambertin, vice-présidente de la Chambre d'agriculture, Marie-Claude Salignon présidente de la MSA représentant Sophie Vache, présidente de la CGA, Annick Bayle, DDT, Bertrand Gaume, préfet de Vaucluse, et André Bernard, président de la Chamb

« Face au désarroi des agriculteurs qui ont subi cet épisode pluvieux exceptionnel, nous avons souhaité faire le point pour mesurer la situation, travailler ensemble pour y remédier et trouver des solutions » lance André Bernard, président de la Chambre d’agriculture, à l’adresse du préfet de Vaucluse, Bertrand Gaume, des cinq parlementaires présents (ou représentés) et des élus du département de Vaucluse et de la Région Sud.

En exposant les faits, le président souhaitait rappeler l’impact de l’épisode pluvieux exceptionnel du mois de mai et de ce début juin, « tant par son importance quantitative que par sa durée », revenant en particulier sur les importants dégâts « d’ores et déjà causés sur les cerises de bouche » (éclatement, noircissement), avec des pertes évaluées mi-juin à 60% en moyenne.

Depuis mardi (19 juin, ndlr), trois missions d’enquêtes se rendent sur le terrain. « Ces missions, composées des représentants de la DDT et de la Chambre d’agriculture, seront organisées par le préfet afin d’enclencher une demande de reconnaissance de calamités agricoles, dans un premier temps sur les cerises de bouche », précisait André Bernard. Mais d’ores et déjà, le président de la Chambre d’agriculture annonçait que « la FDSEA de Vaucluse et la Chambre réitéraient leur demande de dérogation immédiate – formulée auprès des ministres de l’Agriculture, de la Transition Écologique et des Solidarités et de la Santé – pour autoriser l’application des produits phytopharmaceutiques par voie aérienne, ceci afin de ne pas compromettre le devenir des semis, plantations et récoltes ».

« Trop, c’est trop ! ».

Dans la salle, les représentants des diverses organisations agricoles n’ont pas tardé à faire part de leurs préoccupations. Jean-Christophe Neyron, président de l’AOP ‘Cerise de France’ interpellait en premier le préfet : « Nous avons dû abandonner les vergers inondés, impossible d’accès, ou situés sur des terrains trop humides. On observe une absence rare de mistral pendant toute la période. Mais nous avons encore de la cerise à proposer. On travaille. On bosse, malgré une perte évaluée entre 50 et 60% de la récolte ». Même fruit, autre destination : « En cerise d’industrie, c’est différent », expliquait Jean-Pierre Cuxac : « Nous avons un retard prononcé sur la première cueillette. Nous aurions dû terminer hier et nous n’en sommes pas à la moitié. Avec la chaleur qui arrive, on craint un mûrissement trop accéléré », s’inquiétait le professionnel. « On risque une année blanche. Il y aura des pertes considérables », poursuivait-il avant de dénoncer les récentes décisions d’autoriser les importations de cerises fraîches turques, où l'utilisation du diméthoate est toujours autorisée, contrairement à la France qui l'a interdit en 2016.

Poursuivant, l’ancien président de la FDSEA, Bernard Mille, notait que « la situation catastrophique et l’hétérogénéité des précipitations » avaient eu de graves conséquences : « Dans notre secteur (Goult, ndlr), les fruits sont restés sur les arbres ». Avant de revenir à nouveau sur les importations de fruits traités au diméthoate : « On nous prend pour des imbéciles, aujourd’hui avec le cumul, c’est trop ! », lançait le producteur à l’assemblée d’élus et de représentants de l’État.

Dans la filière des bois et plants de vigne, la situation n’est guère plus favorable, comme l’expliquait Jean-François Barnier : « Le problème, ce sont les greffés-soudés, plantés début mai, qui sont très fragiles. Ce sont des petites superficies à forte valeur ajoutée. C’est comme une pouponnière. Nous n’avons pas pu traiter. Il faudra effectuer des tris sévères en fin de saison, avec une baisse du chiffre d’affaire d’ores et déjà annoncée. Ce que nous demandons, c’est une réactivité de la part de nos organismes de tutelle face aux problèmes, avec des réponses qui viennent dans les deux ou trois jours ».

À l’autre maillon de la filière, sur raisin de cuve, Thierry Vaute, pour les Vignerons Indépendants, salue néanmoins l’arrivée du mistral « qui souffle enfin et sauve une grande partie de notre récolte. Nous sommes moins impactés que d’autres productions, mais avec quand même une perte, évaluée entre 10 et 20% ». Sur raisin de table, la donne est tout autre, comme le rappelait René Reynard, président de l’AOP : « Malheureusement, le raisin a fleuri au moment des pluies et la coulure est assez importante » relève-t-il, avant se porter longuement le débat sur les problèmes liés au traitement des cultures. L’occasion pour le président de la CAPL, Jacques Hilaire, d’intervenir également dans le débat en insistant sur la cohérence des exigences et de la réglementation concernant les phytosanitaires : « Il faut exiger le même standard aux importations qu’aux produits de notre agriculture ! ».

Francis Pabst, CLP

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