Vaucluse 07/05/2025
Partage

MONTFAVET

Il faut sauver les foins

Alors que la saison commence, la dizaine de producteurs de foin de Montfavet se retrouve avec du stock de l'année dernière, faute d'acheteurs. Il leur faut trouver une solution pour accueillir la nouvelle récolte, mais aussi relancer le marché dans un secteur très concurrentiel.

Serge Benech, président de l'Association des producteurs de foin, aimerait trouver des solutions pour sauver la production.

© Crédit photo : CL

Il est réputé pour son excellente qualité. Le foin de Montfavet contribue à la réputation de ce quartier d'Avignon. Avec ses 600 hectares et sa dizaine de producteurs, il est une véritable production de l'agriculture Vauclusienne. Pourtant, chaque année, il perd surfaces et bienfaiteurs. La faute à un marché de plus en plus compliqué et à des acheteurs de moins en moins nombreux.

Car aujourd'hui, pour vivre, les producteurs de foin de Montfavet sont obligés d'avoir une seconde activité. Un regret pour Serge Benech, qui fait partie de ces irréductibles défenseurs. Il est également le président de l'Association des producteurs de foin de Montfavet. La plupart d'entre eux sont locataires.

Une qualité incomparable

Si le foin se cultive à Montfavet, c'est parce que la qualité du sol y est très bonne. Ce qui rend le foin exceptionnel, aux dires de son représentant. "Il est très nutritif et se suffit à lui-même comme nourriture pour les bêtes", assure Serge Benech. Autre avantage, et pas des moindres : l'eau avec laquelle les parcelles sont arrosées. C'est la Durance qui irrigue le foin de Montfavet. Grâce à trois canaux, les producteurs peuvent arroser leurs champs et faire profiter leur fourrage d'une eau limoneuse riche. Le sol, drainant, est aussi un avantage. Car le foin doit être arrosé tous les sept à huit jours, de façon abondante. Serge Benech l'avoue : "S'il n'y avait pas les canaux, il ne pourrait pas y avoir de foin." Cette eau, apportée en grandes quantités, permet également de recharger les nappes phréatiques.

"S'il n'y avait pas les canaux, il ne pourrait pas y avoir de foin"

Un marché compliqué

Son métier, l'agriculteur en parle avec passion. Mais il doit aussi se résigner. Les temps sont de plus en plus durs, particulièrement dans ce secteur. Et ce, pour plusieurs raisons. D'abord, une forte baisse du nombre d'éleveurs. "Ce sont nos principaux clients, et comme ils disparaissent, indéniablement, notre foin part moins bien." Autre explication, liée à la première : "Ces éleveurs étaient aussi souvent producteurs de foin, donc maintenant qu'ils n'ont plus leurs bêtes, on retrouve le foin sur le marché." Ensuite, la commercialisation est à la peine : pour écouler leur marchandise, ces éleveurs ne font pas forcément le distinguo entre foin de Montfavet et foin tout court sur le marché et cherchent surtout à le vendre... bien moins cher. "Nous, nous avons un coût de revient plus onéreux, car nous avons une imposition foncière, un arrosage, un loyer aux propriétaires... Nous ne pouvons pas nous permettre de nous aligner", regrette-t-il. "Même si notre produit est de qualité, notre prix est trop élevé par rapport à ailleurs", se désole-t-il. Pourtant, le baisser est impossible, sinon à travailler à perte. À tel point que les producteurs font aujourd'hui l'impasse d'engrais dans leurs prairies. "Ça coûte trop cher, on ne peut plus se le permettre", révèle Serge Benech.

Quand il y a plusieurs années, le foin était la seule et unique alimentation des animaux, aujourd'hui, ces derniers retrouvent dans leur mangeoire des graminées et autres compléments. Des ventes en moins pour les producteurs, qui ne comprennent pas toujours cette décision. "Notre foin est tellement nutritif que l'animal n'a besoin de rien d'autre, et il nourrit beaucoup plus."

Auparavant, le foin de Montfavet se vendait jusqu'aux Émirats arabes. Un marché de conteneurs entiers qui a disparu avec le temps. Preuve de la crise que traversent les producteurs : cette année, alors que la première coupe est sur le point de débuter, les stocks de 2024 sont encore dans les hangars et la place manque.

"Même si notre produit est de qualité, notre prix est trop élevé par rapport à ailleurs"

Trouver des solutions

Aujourd'hui, le foin est vendu à de petits particuliers, dans des centres équestres, quelques chevriers, une clientèle qui reste très locale. Quelques quantités partent sur Paris et Cagnes, mais cela reste insuffisant. De quoi désemparer totalement le président de l'Association des producteurs de foin de Montfavet. "J'aimerais trouver des solutions, je ne demande que ça. Mais en l'état actuel des choses, je ne vois pas d'avenir."

Pour parler de leurs difficultés, les producteurs étaient invités, par le biais de Serge Benech, à venir rencontrer le préfet de Vaucluse, lors de sa venue en ceinture verte (lire notre édition du 11 avril 2025, page 3). Pour le moment, seule la solution de la Pac a été évoquée. Pas suffisant pour le président : "En réalité, c'est compliqué pour nous de faire nos dossiers Pac, surtout que nous sommes locataires".

Chaque année, le nombre d'hectares diminue, faute de repreneurs, et en raison aussi de terrains agricoles qui changent de statut et passent en terrains constructibles. Pour lutter contre ce fléau, les producteurs ont pu compter sur la mairie d'Avignon. "Ils sont de notre côté et bloquent tant qu'ils peuvent, pour nous aider à préserver nos terres", partage, soulagé, le producteur, non sans avoir du mal à se projeter. "Aucun jeune ne veut s'installer et travailler à perte. Je vais bientôt partir à la retraite et je ne sais pas à qui vendre."

Ce foin est pourtant reconnu au même titre que celui de Crau. S'il n'a pas l'appellation, c'est parce que les quantités sont trop petites et les producteurs ne voient pas d'intérêt à se lancer dans un tel projet, surtout vue la conjoncture. Mais la qualité est bien présente, et ils cherchent par-dessus tout à lui redonner sa splendeur. Serge Benech aimerait lui trouver une autre utilité, lui permettant d'être sublimé d'une autre façon, mais pour le moment, en vain. 

Capucine Lorain •

ICI
Votre encart
publicitaire !

Sur le même thème

Occitanie 01/12/2023

Eau

La France agricole face à l...

Le 28 septembre, la chaire partenariale 'Eau, agriculture et changement climatique', le réseau 'Systèmes agricoles et eau' de Inrae et le pôle AquaValley ont orga...
Vaucluse 04/04/2022

IUT d’avignon : 'Efferv’ &...

Pour la troisième année consécutive, au début de l’année, l’IUT d’Avignon accueillait – dans sa brasserie pédagogique 'Efferv’ & Sciences' – les étudiants du dipl...
Vaucluse 18/09/2025

COMPAGNIE DES AMANDES

La rentabilité arrive, la c...

La récolte des amandes bat son plein et la filière affiche sa meilleure forme. Que ce soit au niveau des volumes, des clients et des ventes, les chiffres sont en...

Annonces légales

Publiez facilement vos annonces légales dans toute la France.

Grâce à notre réseau de journaux partenaires.

Attestation immédiate, service 24h/24, 7 jours/7

Derniers tweets

08/06/2023
https://t.co/It7mj1astX
https://t.co/It7mj1astX
07/06/2023
https://t.co/q3a0xh9oZW
https://t.co/q3a0xh9oZW
06/06/2023
[A LA #UNE 📰] - Les @Amandesprovence misent sur le collectif - 10 idées phares pour l'#installation - Nouveau guide pour les restrictions d'#eau - Passage de flambeau au syndicat porcin - Dossier #aléas climatiques - Ras-le-bordel des dépôts sauvages... #agriculture #vaucluse https://t.co/TbHL1T7CoX
https://t.co/TbHL1T7CoX

Abonnez-vous à nos hebdos

Chaque semaine, retrouvez toute l'actualité de votre département, des infos techniques et pratiques pour vous accompagner au quotidien...

Découvrez toutes nos formules

Dernières actualités

Newsletters

Inscrivez-vous GRATUITEMENT à nos newsletters pour ne rien rater de notre actualité !

S'abonner

Gardons le contact

Twitter : suivez toute l'actualité agricole utile du moment, réagissez
Facebook : partagez encore plus de posts sur l'actualité agricole de votre territoire
Instagram : suivez nos bons plans et partagez nos galeries de photos
Linkedin : élargissez votre réseau professionnel
Youtube : vidéos, interviews, DIY...