MAZAN
Initialement consacrée à la vigne et à l'élevage des volailles, la 'Ferme du Rouret' de Florence Guende s'oriente depuis quatre ans vers un modèle cultural agroforestier, adapté au changement climatique.
Florence Guende devant l'une de ses haies, marqueur du développement de l'agroforesterie sur la 'Ferme du Rouret'.
© Crédit photo : PN
À la lisière du bois du Rouret, au nord de Mazan, on trouve une vieille bâtisse à la belle cour plantée d'arbres. Cela fait plus de 300 ans que la famille de Florence Guende possède ces lieux. "Initialement, les terres étaient menées par un fermier. Mais lorsque celui-ci a acheté sa propre exploitation, dans les années 50, mes grands-parents ont décidé de reprendre eux-mêmes l'activité agricole, et ma mère a ensuite pris le relais."
Il y a peu de temps, Catherine Aptel était encore exploitante aux côtés de sa fille, mais elle a pris récemment sa retraite. "Mais je sais que je peux toujours compter sur elle !" affirme Florence.
C'est en 2004 que cette dernière, alors âgée de 25 ans, décide de revenir au Rouret pour travailler avec sa mère sur la ferme familiale, après quelques études et diverses expériences professionnelles. "La crise viticole de 2002 avait frappé notre ferme de plein fouet. Les 14 hectares de vignes vieillissantes étaient également partagés entre table et cuve. Le raisin de cuve était apporté à Canteperdrix, le muscat et le lavallée aux expéditeurs. Nous avons donc décidé toutes les deux de revoir en profondeur le modèle économique de la ferme, qui s'appuyait jusqu'ici sur la vigne et l'élevage de volailles. À cette époque-là, nous voyions se développer les marchés du soir et la vente directe à la ferme."
Elles commencent donc une opération d'arrachage, qui a duré trois bonnes années. Une bonne partie des vignes de cuve est alors remplacée par les céréales, pour avoir de la farine sur le domaine et élargir l'offre de vente directe, et par un peu de maraîchage. Rapidement, la décision est prise de s'engager dans la conversion bio, sur la totalité de l'exploitation.
Car c'est en fait un virage agroécologique que Florence et Catherine ont décidé de prendre. "Nous avons décidé de nous servir de ce que la nature nous donnait, et d'organiser nos productions en fonction des possibilités que nous offrait l'endroit où nous nous trouvions." Or la 'Ferme du Rouret' est installée à l'orée d'un bois, qui accueille d'ailleurs l'élevage de volaille en plein air depuis le temps des grands-parents.
Après l'enherbement des cultures de raisins de table ou de cuve, la mise en place de rotations sur les céréales, la diversification et la conversion bio, l'étape suivante est rapidement franchie. "Nous avons rejoint le GIEE 'Les hommes qui plantent des arbres' porté par la Chambre d'agriculture et mené par le vigneron bio, Stéphane Saurel." Créé dans la dynamique du Forum Climat, organisé par le GDA Ventoux en 2019 à Mazan, ce GIEE s'est terminé en juillet 2024. Il a permis à une quinzaine d'agriculteurs de découvrir les pratiques agroforestières, mais aussi de mettre en commun des achats, d'organiser des expertises de chaque projet, tout en accompagnant techniquement la mise en place et le suivi des projets Ce GIEE a également ouvert l'accès à des financements spécifiques pour les agriculteurs. "Nous nous impliquons désormais dans le nouveau GIEE déposé en avril dernier avec l'Apam [Agroforesterie Provence Alpes Méditerranée, ndlr], et porté par le Groupement régional du Civam. Il regroupe certains membres de notre ancien GIEE, ainsi que d'autres venus d'un GIEE du Civam."
Depuis 2021 donc, Florence et Catherine ont planté pas loin de 1 500 arbres, sur les 16 hectares cultivés de l'exploitation. Durant les trois premières années, elles bénéficient également de financements de l'association 'Des enfants et des arbres' et, l'année dernière, d'aides liées au 'Pacte en faveur de la haie'. "Nous sommes accompagnées et conseillées par la Scop Agroof. En fait, on choisit les espèces à planter selon les besoins de la parcelle, s'il faut de la matière organique ou bien lutter contre l'érosion... On a recréé une trame verte sur l'exploitation, désormais d'un seul tenant." Par exemple, une double haie, entre deux parcelles de raisin de table, remplit plusieurs fonctions. "Elle apportera à terme, d'ici huit ans environ, un îlot de fraîcheur, en coupant clairement les parcelles. Là, nous avons planté, en 2024, cerisiers, pistachiers, noisetiers, ainsi que des fixateurs d'azote comme la coronille, l'argousier, le genêt et baguenaudier." Un peu plus loin, une autre haie accueille notamment des poivriers du Sichuan. "Et nous utilisons les grains de poivre pour élaborer les tartinables élaborés avec les pois chiches, que nous cultivons et vendons dans notre magasin de ferme."
La menace d'un abandon brutal du 'Pacte en faveur de la haie' est donc une véritable source d'inquiétude pour Florence Guende, comme pour tous les agroforestiers, alors que ce mode de culture se développe rapidement, notamment du fait de son intérêt pour adapter les exploitations aux nouvelles contraintes climatiques. "C'est dramatique. Nous avons parfois l'impression d'être des Don Quichotte" estime Florence Guende. "Nous sen- tons un intérêt croissant pour ce genre de mode cultural, et là c'est un énorme coup d'arrêt qui menace tout le secteur."
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