Vaucluse 19/07/2018
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Cerise : À bout !

La pluie, en mai, est à l’origine de nombreux abandons de récolte, de sur-tri dans les stations et chez les arboriculteurs, sans compter le développement exponentiel de Drosophila suzukii. Il n’en fallait pas plus pour faire de 2018 une année horibilis. Les producteurs sont à bout et constatent, impuissants, l’inefficacité de la lutte chimique avec les niveaux de pression constatés cette année. L’AOP annonce le lancement d’un plan de restructuration mené tambour battant cet été.

Deux visites d’essai – filet et modes de conduite – ont permis aux arboriculteurs de voir quelles étaient les nouvelles thématiques expérimentales travaillées par les équipe de La Tapy.

Bien sûr, producteurs et techniciens ont apprécié la dégustation de cerise proposée par les équipes du domaine expérimental La Tapy, à l’issue de la journée ‘cerise’ organisée sur le domaine le 3 juillet dernier. Bien sûr, ils ont aussi salué le départ de Gérard Charlot, ingénieur ‘cerise’ du CTIFL qui a fait valoir ses droits à la retraite, remplacé par Amandine Boubennec. Bien sûr, ils ont aussi applaudi après chaque intervention technique et sont volontiers allés visiter les essais ‘filets’ et ‘conduite’ en fin de réunion... Et pourtant, le cœur n’y était pas, et la tension était palpable dans l’assemblée.

La campagne a été catastrophique, et arboriculteurs et expéditeurs sont épuisés après une saison éprouvante qui aura nécessité de trier, encore et encore, une production mise à mal par trois semaines de pluie discontinues, qui ont empêché d’intervenir dans les vergers, sans compter bien évidemment les nombreux dégâts liés à Drosophila suzukii, « dopée » par lesdites conditions. Un travail fastidieux et harassant qui n’aura pas payé, puisque les prix n’ont pas été au rendez-vous (voir encadré), obligeant même certains arboriculteurs à abandonner la récolte dans les vergers.

« Mouche : 1. Producteur : 0 ».

Filant la métaphore footballistique, mondial oblige, Jean-Christophe Neuron, président de l’AOP ‘cerise’ a d’ailleurs parfaitement résumé la situation : « Mouche : 1. Producteur : 0 », a-t-il lancé à l’assemblée en ouvrant la réunion. « Carton rouge pour la pluie, carton rouge pour le mistral, absent. Aujourd’hui, la situation des exploitations est plus que tendue, voire exsangue, d’autant que la conjoncture s’additionne au gel de l’an passé. Si l’ensemble des acteurs semble avoir joué le jeu tout au long de la saison, malheureusement, les prix n’ont pas été au rendez-vous. En seconde partie de saison, les opérateurs se sont même tournés vers du produit d’import. »

La morale de l’année est sans équivoque. « Les épisodes de pluie ont montré que nous ne disposions d’aucun outil pour se battre contre Drosophila suzukki quand les pressions sont trop élevées. On n’y arrive pas et les abandons de fruits sur les arbres ont été nombreux, créant ainsi de véritables nurseries pour les prochaines générations. Techniquement, nous ne sommes pas à la hauteur, nous n’avons pas les outils. Il faut aller vite maintenant, sinon les solutions qui seront proposées dans 5 ans ne serviront à rien puisqu’il n’y aura plus de producteurs. » Loin de baisser les bras, le président a annoncé que l’AOP allait mettre en place cet été un plan de restructuration et faire « des propositions concrètes très rapidement pour sortir de l’impasse ».

Pas les armes pour lutter.

Car force est de constater qu’à part les filets, rien des outils actuellement disponible pour lutter contre suzukii ne semble vraiment l’impacter efficacement. Certes, la recherche travaille et des pistes émergent – parasitoïde, mâles stérile (un nouveau laboratoire PBI va d’ailleurs sortir de terre à l’automne prochain au CTIFL de Balandran)… – mais concrètement, comme le résumait un arboriculteur : « Vous n’avez donc rien à nous proposer d’efficace pour 2019 ».

Car les promesses des essais présentés – essais variétaux, porte-greffes, modes de conduite, stratégies de contrôle utilisables face à Drosophila suzukii – le sont à une échéance aujourd’hui trop lointaine pour la production, qui a vu cette année la moitié de la récolte perdue dans les vergers en Protection fruitière intégrée. « La situation est donc critique du fait du manque de stratégies alternatives et durables immédiatement transférables à la production pour la saison 2019 », reconnaissait le nouveau directeur de La Tapy, Pascal Rousse (voir encadré). Seule la protection sous filet montre une efficacité recherchée par les arboriculteurs et les opérateurs aval, puisqu’elle permet de réduire à la fois très fortement les dégâts sur fruit, et les traitements phytosanitaires. « Cependant, cette solution demande un investissement financier important qui freine sa mise en place ». En effet, le coût d’équipement d’un hectare de filet est actuellement évalué autour de 100 000 €.

Céline Zambujo

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