Saumane-de-Vaucluse
Elle voulait savoir si elle était capable de planter. Elle avait une envie insatiable d'entreprendre. Alors elle s'est lancée. En 2021, Nathalie installe rosiers, cotons et autres plantes sur une parcelle test de l'Isle-sur-la-Sorgue. Poussée par la ville, elle s'installe sur un hectare à Saumane et déménage sa production en décembre 2022. C'est le parcours d'une battante qui n'a peur de rien.
© Crédit photo : ML
Avant de devenir paysanne aux labels bio et 'Nature et Progrès' à Saumane-de-Vaucluse, Nathalie Wouters est passée par bon nombre d'étapes. Ancienne bio-esthéticienne, cette autodidacte a toujours eu à cœur la beauté des femmes. "J'ai toujours travaillé avec des produits naturels et, à l'époque, je commençais déjà à"patouiller"pour faire mes propres produits", se souvient-elle. En travaillant en magasins bio, elle s'aperçoit du manque de transparence sur la composition des cosmétiques, même bio.
Elle finit par avoir le déclic. "Je suis entrepreneuse depuis longtemps, et je me pose peu de questions. Je n'ai peur de rien. Je crois en la vie, en ça. J'ai profondément la foi et le désir de faire du bien aux gens", raconte-t-elle. Avec une envie de travailler pour elle et en pleine nature, elle s'interroge. Et si elle était capable de planter quelque chose ? La réponse est oui, tout ce que plante la paysanne pousse. "C'est une façon de prouver qu'à 53 ans, on peut encore faire des choses", témoigne Nathalie.
Son jardin est son bébé. Elle est seule sur son exploitation, même si Atcha, son compagnon, et René, son beau-père - "mon deuxième papa" - l'ont aidé dès le départ. Elle ne commence d'ailleurs pas à Saumane, mais à l'Isle-sur-la-Sorgue, en 2021. "Ils m'ont mis à disposition un terrain en phase test de 1 000 m². Puis la mairie m'a proposé un terrain dix fois plus grand, mais à Saumane", retrace- t-elle. Elle doit tout déménager et replante ses rosiers en décembre 2022. Grâce à une cagnotte Miimosa et quelques chantiers participatifs, elle met en place son tunnel et l'irrigation. Même s'il reste bien de quoi faire, elle est enfin installée pour plusieurs années, au moins six. De quoi enfin se lancer durablement. Le 'Jardin de Nathalie' est né !
À l'Isle, elle irriguait ses rosiers avec la technique des rigoles ancestrales. À Saumane, elle a installé une irrigation capillaire, s'inspirant des vignobles alentour. Les rosiers grossiront moins vite, mais au moins l'apport d'eau est facilité et mieux maîtrisé. Toutefois, quand elle est arrivée sur son nouveau terrain, les plantations se sont faites sans l'eau du canal de Carpentras, vidé pour l'entretien hivernal.
À ce jour, Nathalie Wouters a planté environ 6 000 m² sur sa parcelle de 1,2 hectare au total. Deux rangées de roses centifolia, de l'hélichryse corse, de la sauge sclarée, un peu de jasmin en expérimentation, mais surtout de nombreux pieds de roses de Damas qu'elle multiplie elle-même, année après année. Ces dernières ont généré chez elle une passion véritable et inassouvie.
Travailler les pétales et senteurs est pour elle un régal. Pour le moment, elle réalise des infusions de fleurs dans des huiles précieuses, ou encore des hydrolats. De quoi faire des ingrédients naturels pour l'alimentaire et la cosmétique. Mais la cosmétique en elle-même, elle ne souhaite plus y aller : "Les paysans ont les mêmes contraintes que les gros groupes : quand on ne pèse pas lourd et qu'on débute, c'est impossible de survivre".
Contactée par un parfumeur, elle veut d'abord produire plus. "Mais cet intérêt est rassurant, il n'y a pas qu'à Grasse qu'on fournit des fleurs. La Provence est un berceau de production très qualitatif", estime-t-elle. Travailler avec des chocolatiers, confituriers et restaurateurs lui semble également être une bonne idée. Mais, pour le moment, il lui faut massifier sa production et trouver des distributeurs.
La curiosité du 'Jardin de Nathalie' est toutefois ce coton. "Il y a cinq ans, j'achète un plant sur une foire, et depuis, j'ai multiplié", sourit-elle. Au début, elle envisageait de vendre la tige. Mais, très vite, elle s'aperçoit des difficultés pour l'agriculture biologique. "Le coton passe par plusieurs étapes. Il y a la floraison, puis la fleur tombe et laisse place à une capsule verte, qui grossit jusqu'à éclater et dévoiler le coton. Il est impossible d'avoir une tige où tout est au même stade. Dans les productions industrielles, ils utilisent des maturateurs et des défoliants, pour que tout arrive en même temps", explique l'agricultrice.
Elle cherche aujourd'hui comment valoriser sa production. Elle ne peut en faire un coton pour du démaquillant, car naturel, il est hydrophobe et cher à l'achat pour une utilisation jetable. Elle espère un jour pouvoir produire suffisamment pour le valoriser auprès d'une manufacture, ou trouver un artisan qui en ferait des "pomponnettes à blush".
Seule sur son exploitation, la vie est parfois difficile. Le déménagement de l'exploitation s'est avéré très énergivore, malgré le soutien sans faille de sa famille et de son compagnon. "J'aimerais bien mettre en place des chantiers participatifs, mais ça prend du temps et ce sont souvent des femmes qui viennent m'aider. Or, je vais avoir besoin d'hommes pour certains travaux", reconnaît-elle.
Évidemment, elle se pose parfois des questions sur l'avenir de sa petite exploitation. "J'ai choisi de me faire confiance", assure-t-elle. Après le confinement, elle avait d'ailleurs été beaucoup sollicitée par des personnes qui rêvaient de tout plaquer pour se lancer. "Je ne pouvais que leur dire de planter", se remémore-t-elle.
Fière de son parcours, elle persévère pour en vivre et se faire une place parmi les agriculteurs : "À 53 ans, on n'est plus aidé comme les jeunes. On manque un peu de financement. Mais, pour le moment, je me suis débrouillée". Nathalie part donc en recherche de débouchés, d'artisans pour valoriser son coton, de subventions pour continuer à se développer et, elle l'espère, accueillir sur place sa clientèle.
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