Agence de l'eau
En 2014, le bassin Rhône Méditerranée de l'Agence de l'eau était le premier en France à se doter d'un document stratégique d'adaptation au changement climatique. Face à l'urgence, la révision pour la période 2024-2030 était présentée vendredi 8 décembre à Avignon.
À la table, Hélène Michaux, Nicolas Chantepy et Matthieu Papouin se succèdent pour exposer le nouveau plan de bassin d'adaptation au changement climatique 2024-2030 de l'Agence de l'eau Rhône Méditerranée Corse.
© Crédit photo : ML
Bientôt dix ans après la création d'un plan de bassin d'adaptation au changement climatique dans le domaine de l'eau, en 2014, il était grand temps de mettre à jour et d'officialiser le changement de stratégie. Vendredi 8 décembre, l'Agence de l'eau et son comité de bassin Rhône Méditerranée Corse donnaient rendez-vous à la presse, pour présenter le plan tout juste adopté dans la matinée. Cette fois, la trajectoire est établie pour les sept années à venir, courant ainsi de 2024 à 2030.
"Aujourd'hui, nous sommes engagés dans une politique d'atténuation. Mais malgré notre travail, nous avons des effets du changement climatique importants, et les projections récentes nous disent qu'ils vont s'accentuer, notamment chez nous. Il nous a donc paru important de mettre à jour notre plan", commence Matthieu Papouin, directeur régional adjoint de la Direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement (Dreal) Auvergne-Rhône-Alpes.
Une stratégie qui se renouvelle donc, pour aller dans le sens du Plan Eau annoncé en mars - avec un objectif de diminution des prélèvements de 10 % d'ici 2030 -, et en complément du schéma directeur. "Le plan précédent était très explicatif et moins dans l'action", reconnaît-il.
Cette fois-ci, la mise en pratique est de mise, avec la place belle faite à 30 défis à relever ensemble, et "un travail de 'porter à connaissance des acteurs' une information plus précise et permettant à chaque sous-bassin de se situer au niveau moyen de son bassin", poursuit le représentant de la Dreal.
La nouveauté prend en effet naissance dans la mise à disposition de diagnostics de vulnérabilités pour les stratégies locales. "Nous pouvons ainsi fournir un panier de solutions, ainsi que des diagnostics et projections sous forme de cartes de vulnérabilités. Cela représente un véritable outil pour les territoires de notre bassin. Il faut qu'ils puissent se projeter", explique Hélène Michaux, directrice de département du programme et des interventions de l'Agence de l'eau.
Pour le bassin Rhône Méditerranée Corse, la cartographie met en avant un territoire déjà vulnérable, et pour lequel les effets du changement climatique ne feront que s'accentuer, même avec 65 Projets de territoire pour la gestion de l'eau (PTGE) engagés, ou en cours de développement, sur le territoire. Toutes les conclusions seront mises à disposition des sous bassins-versants, "afin que les collectivités et agences locales puissent engager des politiques concrètes", précise la directrice de département.
L'autre innovation de ce plan de bassin réside dans la proposition de 30 défis collectifs, dans l'objectif d'engager une dynamique à suivre et à mesurer dans le temps. Sur les 30, 17 sont à relever avec les collectivités, 4 avec les industriels, et 8 à mener avec le monde agricole. Premier préleveur d'eau, notamment pour l'irrigation des cultures, ce dernier reste cependant "le premier contributeur d'économies d'eau, avec 21 millions de mètres cubes (Mm3, ndlr) économisés par an à l'échelle du bassin depuis 2019, essentiellement au sud du bassin", note l'Agence de l'eau dans son dossier de presse. Mais le changement climatique s'accélère et "les pollutions d'origine agricole, notamment par les pesticides et nitrates, sont encore trop importantes et détériorent la qualité des cours d'eau et des nappes", poursuit le document.
Parmi les défis : réduction des prélèvements de 10 % ; économie de 100 Mm3 dans les territoires en déséquilibre, identifiés par le schéma directeur d'aménagement et de gestion des eaux (Sdage) ; restauration de 20 000 hectares de zones humides ; révision des cahiers des charges des appellations ; ou encore accompagnement de 30 filières agricoles dans la mise en place de pratiques agronomiques permettant une meilleure rétention de la ressource dans les sols, et donc de sa consommation.
Pour Nicolas Chantepy, directeur général par intérim de l'Agence de l'eau, l'irrigation ne peut d'ailleurs être perçue comme l'alpha et l'oméga de l'avenir du secteur. Quand bien même de gros projets sont en cours, "l'irrigation de la vigne, notamment dans nos départements, aura une limite et ne sera pas possible partout", constate-t-il. Pas soutenable ni économiquement, ni environnementalement, il estime que cette solution ne peut être envisagée seule.
Dans l'assistance, une journaliste pointe notamment les pratiques d'irrigation mise en œuvre dans la région, et notamment sur vigne, "ce qui paraît contradictoire avec les objectifs exposés dans cette conférence". Et Nicolas Chantepy de répondre qu'il devient important d'inciter au changement des pratiques, avec l'inclusion d'une plus grande couverture des sols, de techniques d'ombrage... De quoi favoriser l'infiltration des précipitations, "en allant au-delà des solutions classiques et un peu simples de stockage". Mais aussi de "repenser les cultures dans nos départements", pour aller vers des filières moins gourmandes en eau sûrement, mais sans pour autant donner plus d'exemples.
L'Agence de l'eau se veut parallèlement accompagnatrice de la transition agroécologique, notamment au travers d'apports financiers, 241 millions d'euros (M€) d'aides aux agriculteurs entre 2019 et 2023, répartis entre reconquête de la qualité et de la biodiversité (189 M€), l'amélioration de la gestion (52 M€ dont 36 M€ pour les économies, et 7 M€ pour les projets de substitutions identifiés dans les PTGE).
En mars, le Plan Eau annonçait 475 M€/an répartis sur les 6 Agences et leurs territoires. Pour faire la transition, puisque ce budget supplémentaire ne devrait intervenir qu'à partir de 2025, "le Conseil d'administration de l'Agence de l'eau Rhône Méditerranée Corse a voté une augmentation de ses aides de 65 millions d'euros pour l'année 2024, afin d'anticiper la mise en œuvre du 12e programme d'intervention 2025-2030", annonce Nicolas Chantepy. Ce budget supplémentaire vient cibler trois axes. Dans un premier temps, il est question d'avancer sur la sécurisation de l'alimentation en eau potable, "notamment avec la réduction des fuites dans les réseaux des collectivités, pour un montant complémentaire de 35 millions d'euros". Ensuite, l'accompagnement des économies les plus significatives des industries et autres acteurs économiques du territoire, "mais également le soutien à l'émergence de projets d'adaptation innovants et ambitieux au changement climatique", faisant écho au déclenchement de la démarche de sobriété, pour un montant de 25 M€ supplémentaires. Enfin, "nous devons préserver les zones humides, en soutenant les agriculteurs qui mettent en œuvre des mesures agroécologiques et climatiques sur ces milieux", avec une dotation de 5 M€ additionnelle. L'accélération se veut véritable, les incitations financières et encouragement à plus d'échanges et de pédagogie sont donc particulièrement de mise, d'autant plus que le 12e plan d'interventions est en cours de discussions, afin d'évaluer les montants financiers, confirme le directeur général par intérim, alors qu'il est souligné l'abandon de la hausse de la Redevance pour pollutions diffuses et de la taxe sur l'eau. Si l'annonce ressemble plus à un report qu'à un abandon en bonne et due forme, d'après Nicolas Chantepy, l'éventuel manque à gagner devra être équilibré le prochain plan. "Sinon, peut-être faudra-t-il revoir à la baisse nos ambitions d'accompagnement", met-il en garde.
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