PACA, Auvergne-Rhône-Alpes, Occitanie 03/10/2024
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Situation critique pour la filière lavande-lavandin

Après des années à alerter et un travail sans relâche sur le terrain, maintenir les exploitations lavandicoles devient mission impossible. Au plus dur de cette crise sans précédent, Alain Aubanel, président du Comité interprofessionnel des huiles essentielles françaises, estime cependant le rebond comme une perspective envisageable.

Sans signaux positifs des acheteurs envers la lavande française, Alain Aubanel, président du Comité interprofessionnel des huiles essentielles françaises (Cihef), craint la disparition des exploitations.

© Crédit photo : ML

Les semaines, voire les mois de météo pluvieuse auront eu un impact non négligeable sur la campagne 2024 de la filière lavande et lavandin. "Par endroit il y a eu trop d'eau, mais surtout pas assez de chaleur, ce qui a provoqué des concen- trations d'huiles essentielles plus faibles qu'à l'habitude dans certaines zones", confirme Alain Aubanel, président du Comité interprofessionnel des huiles essentielles françaises (Cihef).

Avec un peu moins de ravageurs qu'attendus, ou du moins une meilleure anticipation, la récolte reste cependant moyenne. "C'est plus compliqué en zone de montagne qu'en plaine, mais de manière générale, sur lavande on observe environ 30 % de baisse de récolte par rapport à d'habitude, principalement liée à un affaiblissement général des plantations", développe le président. Sur lavandin, la perte est un peu moins importante, mais les stocks viendront dans tous les cas fausser les résultats.

"Il y aura de quoi vendre, mais la question c'est plutôt à quel prix", interroge le lavandiculteur. Si les prix devraient être "honnêtes" pour la lavande, en lien avec les aléas qui ont touché la Bulgarie, concurrent numéro 1 des producteurs français, ils ont toutefois été divisés par deux en quelques années, alors que les amortissements coûtent deux fois plus cher. "Le climat, les ravageurs, les problématiques de mévente... Cela n'est pas propre à la lavande, en revanche, c'est souvent la culture des gens qui n'ont pas de plan B. Dans ces zones, la diversification c'est plus de travail, mais pas plus de revenu, sauf pour les marchés de niche, et on se retrouve finalement avec des entreprises dont la pérennité à quatre ou cinq ans est sérieusement remise en cause", confirme le président du Cihef.

Dans certains secteurs, les entreprises n'ont plus de plantations, car elles ont été fragilisées par de nombreux aléas, mais la trésorerie manque. Le parcellaire se clairsème : "C'était surtout le cas en zone de montagne, mais maintenant c'est ce qu'il est en train d'arriver en plaine." Et si les quelques agriculteurs des zones rurales plient boutique, qu'en sera-t-il des services publics ? Du tourisme ? Pour l'agriculteur, ces zones sont vouées à devenir sinistrées.

Des acheteurs déconnectés de la réalité

Sans signaux positifs des acheteurs envers la lavande française, Alain Aubanel craint la disparition des exploitations. "On commence à vendre nos productions à des acheteurs qui n'ont pas de prix, mais qui peut se permettre de vendre à perte plusieurs années de suite ?", interroge-t-il. Le président du Cihef est formel, les nouvelles zones de production ne fonctionnent jamais durablement. Il est donc "dans l'intérêt des agriculteurs et des entreprises de réinvestir les zones historiques, car il y a un véritable besoin de qualité. Mais pour discuter, il faut être au moins deux autour de la table."

La détresse mène parfois à des situations délicates, dont jouent certains acheteurs. "Quand on a la tête sous l'eau et les huissiers derrière, si on vous donne quatre sous vous prenez, mais c'est le serpent qui se mord la queue. Il y a cinq ans, le lavandin grosso on nous le payait 35 à 40 €, et les acheteurs se battaient pour en avoir. Aujourd'hui, c'est tout juste si on nous propose 10 à 12 €. Les plus honnêtes sont encore à 20 €, mais de leur côté ils ne savent plus quoi faire face à leurs clients non plus", développe l'agriculteur drômois. Si la reprise des sujets en cours par le nouveau gouvernement est évidemment très attendue par la profession, "nous avons besoin que les acheteurs aient conscience qu'on ne peut pas tuer les producteurs". Il dénonce des professionnels totalement "déconnectés de la réalité" qui, pour assurer la durabilité de la filière, feraient mieux de pérenniser les partenariats entamés de longue date avec les producteurs. "Si vous allez voir sur les sites des grosses boîtes qui achètent des huiles essentielles, ils ont tous des démarches RSE, mais ils exploitent les producteurs comme cela se faisait il y a deux siècles. Il y a plein de profiteurs de guerre, mais eux ils vivent bien", tempête-t-il.

Si les dirigeants disent comprendre la détresse et faire ce qu'ils peuvent, la question de la concurrence se mêle finalement aux problématiques d'achat. La consommation reste correcte, les lavandiculteurs se trouvent ainsi démunis face à une situation : "On ne peut rien faire ! On nous empêche de parler ensemble de prix, légalement on n'a aucune possibilité de s'accorder. Forcément on ne fait pas le poids."

La clé sous la porte

Il est ainsi plus que temps de discuter de la gravité de la situation. "C'est du jamais vu pour la filière, bien sûr que nous sommes démunis. Ce n'est pas qu'on n'a pas d'interlocuteurs, mais au niveau des services de l'État, nous n'avons pas l'impression qu'ils prennent la mesure de ce qui est en train de se passer. À ce stade, on n'a pas besoin d'un ministre, mais d'un magicien", explique Alain Aubanel. Car les solutions en place ne sauveront ni les exploitations, ni les vies. Il reprend le cas des aides sociales de la MSA, avec des plafonds à 3 000 € : "C'est très bien et mieux que rien, mais quand on en a perdu 600 000 €, c'est quoi ? Cela a payé quelques factures, mais on ne fait que repousser l'échéance."

Si jusqu'ici les faillites n'étaient que des perspectives que personne ne voulait voir, la situation est en train d'arriver. "Dernièrement, nous avons commencé à entendre parler de retraites anticipées. Certains ont mis en vente les exploitations, pourtant un peu diversifiées, alors que les enfants étaient prêts à reprendre. On a même eu un cas en plaine d'un agriculteur qui a repris un poste à l'usine trois jours par semaine, parce qu'il n'y a plus un rond sur l'exploitation", liste le président du Cihef. Du point de vue psychologique, la situation n'est pas meilleure avec des personnes clairement identifiées, envoyées parfois vers les assistantes sociales et avec une Chambre d'agriculture qui a pour consigne de rester vigilante. "Dans les réunions il y a plein de gens qui crient, mais eux ils ont encore de l'énergie. C'est de ceux qui ne disent rien dont il faut s'inquiéter", alerte-t-il.

Il refuse cependant d'estimer la filière sans issue. "Tant qu'il y aura encore des gens, on peut rebondir, mais si cela s'arrête, on ne pourra plus repartir", conclut-il.

Manon Lallemand •

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