Si la bactérie italienne cause tant d’émoi, c’est qu’il n’existe pour l’instant aucune solution de lutte possible : « Le cuivre n’est pas efficace, ni le N-acetyl cysteine, qui est même dangereux, car il masque les symptômes pendant une quinzaine de jours », rappelle Christophe Roubal du Sral. Seule la destruction de l’arbre atteint peut aujourd’hui permettre d’endiguer la propagation de la maladie.
Pour l’instant, la bactérie identifiée en Italie, qui serait d’origine sud-américaine, ne concerne ni les citrus, ni la vigne. La Californie est touchée depuis de nombreuses années par une bactérie cousine, donnant ce que l’on appelle la maladie de Pierce. En revanche, les plantes hôtes de la bactérie sont très nombreuses, plus de 200 espèces de plus de 50 familles. Parmi elles, la pervenche n’exprime pas de symptômes, de même pour le pourpier. Le cerisier, l’amandier, le merisier, mais aussi des essences forestières, comme le chêne, sont également touchés. Même pour les plantes qui expriment des symptômes : « On peut se tromper neuf fois sur dix dans l’identification. Toute la difficulté de votre mission, à vous techniciens, est de séparer le bon grain de l’ivraie si je puis dire », explique le président de l’Afidol, Olivier Nasles. Par exemple, pour les lauriers roses, également concernés et de plus très présents dans la région, il peut y avoir de nombreuses raisons pour expliquer un brunissement sur feuille. « Ce qui doit alerter, c’est la violence des symptômes et l’origine du plant », poursuit Christophe Roubal. Les vecteurs, des insectes piqueurs suceurs dans le xylème, peuvent aussi être nombreux. En Italie, le principal inculpé est le cercope des prés, mais ce n’est pas le seul. Il y a plus de 50 vecteurs possibles, dont les cigales, cicadelles… Il n’est pas exempt qu’un insecte porteur puisse être transporté dans une voiture. Mais l’insecte ne voyage pas ou peu, s’il n’est pas transporté par l’Homme. Ainsi une zone tampon de seulement 2 km a été définie autour du foyer italien.
Des analyses possibles.
En cas de forte suspicion, il est possible de faire analyser un échantillon : un seul laboratoire est pour l’instant agréé à Angers, mais un appel à projet a été lancé pour que d’autres laboratoires soient agréés. Le temps d’incubation de la bactérie peut être très variable. « Ce n’est pas parce qu’il y a eu un contrôle en mars, qu’il ne peut pas y avoir des symptômes en juin. C’est très insidieux. Sur un même olivier, il peut y avoir des branches saines et d’autres non. Généralement, la vigueur favorise l’expression des symptômes, mais les arbres peu vigoureux ne sont pas exempts », explique Christophe Roubal. Sur la possibilité d’utiliser des kits rapides, il met en garde : « En laboratoire, il y a de nombreux positifs, notamment par rapport à la prise d’échantillon. Ceci sera d’autant plus vrai avec ce type de kits. Je recommande la plus grande prudence. Cela pourrait être dangereux de rassurer à tort un producteur ».
Juin, une période propice.
Si la Chambre régionale d’agriculture a souhaité faire cette réunion de mise au point, c’est aussi car la période de juin qui arrive peut être très favorable pour la dissémination s’il pleut ; de l’eau et de la chaleur, voilà un terrain propice pour xylella fastidiosa. La région provençale rassemble à la fois un climat propice pour ce ravageur, mais aussi 63% de la surface oléicole française. Une estimation très probablement largement en deçà de la réalité, puisque les estimations d’Agreste (statistique du ministère) ne tiennent pas compte des oliviers présents chez les particuliers. « C’est une situation inquiétante, mais pour l’instant il n’y a aucun foyer en France. Il n’y a eu que des interceptions, à l’image du caféier, repéré à Rungis il y a quelques semaines », martelle Christophe Roubal. « La maladie existe depuis plus de 120 ans », complète Olivier Nasles. « Beaucoup vivent avec depuis longtemps. Ce n’est pas la fin du monde. Nous sommes partis pour une mobilisation dans la durée, sur 30 ou 40 ans... Il y a des chances que la bactérie arrive chez nous, mais à l’heure actuelle, pour la filière oléicole, la mouche est 1000 fois plus dangereuse. »
Quelles mesures ont-été prises ?
Aujourd’hui l’introduction de matériel sensible (liste de 105 végétaux) en provenance de zones touchées, et notamment de la zone italienne des Pouilles, est interdite. Mais elle reste possible à partir d’autres zones de production italiennes. En France, une note de service au Sral, en date du 13 mai, instaure une surveillance du territoire français. Elle doit se mettre en place rapidement, avec la désignation de correspondants observateurs. Sont particulièrement ciblés : les oliviers conduits en intensifs dans le Languedoc-Roussillon, mais aussi la Corse, puisqu’il y a peu avoir des introductions d’oliviers d’Espagne ou d’Italie.
Aujourd’hui, xylella fastidiosa est une maladie de catégorie 1. Elle est donc concernée par la lutte obligatoire (si un foyer est détecté). À noter pour les producteurs bio, qu’à la différence de la flavescence dorée dont le vecteur est bien identifiée, la diversité des vecteurs rend impossible une lutte chimique. Pour l’instant, si lutte il doit y avoir, il ne s’agira que de la destruction des plantes atteintes pour limiter la propagation.
En tant que maladie de catégorie 1, xylella pourrait donner accès à des indemnisations dans le cadre du FMSE (Fonds national agricole de mutualisation sanitaire et environnementale). « Le financement est réalisé à 35 % par la profession et 65 % par l’Europe. Je souhaiterais donc que la filière oléicole intègre ce système. J’aimerais également que les prospections puissent être financées par ce biais, car il vaut mieux prévenir que guérir », conclut Olivier Nasles.
Magali Sagnes
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06/06/2023
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