Aude, Hérault, PACA 29/06/2023
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SONITO

Une production française à reconquérir  

L'assemblée générale de la Sonito a permis de faire un tour d'horizon sur la production de tomate. La filière est en souffrance, mais affiche une ambition forte avec le projet 'Tommates', qui a pour objectif de redynamiser la production sur le territoire national.

Avec le projet 'Tommates', la Sonito espère trouver de nouveaux producteurs pour redynamiser et répondre ainsi aux besoins alimentaires du territoire.

© Crédit photo : AL

'Tommates', loin d'être une faute de frappe ou d'orthographe, ce projet d'envergure ambitionne de redynamiser une filière qui, à son apogée dans les années 2010, faisait de la France un grand pays producteur de tomates. Auditionnée par le Sénat sur les questions de souveraineté alimentaire, la Sonito (interprofession de la tomate destinée à la transformation) a participé, depuis mars 2022, aux groupes de travail concernant la stratégie nationale de souveraineté alimentaire afin d'identifier les grands axes de réflexion stratégiques à horizon 2030.

Protection des cultures, innovation, expérimentation, formation et dynamique de la consommation étaient au cœur des discussions. "Avec un taux d'auto-approvisionnement en légumes de 50,8 % et de fruits frais de 62,7 % hors agrumes et fruits exotiques, l'ambition est de gagner cinq points de souveraineté en fruits et légumes d'ici 2030, tout en développant des méthodes de production durable", introduit Robert Giovinazzo, directeur de la Sonito, lors de l'assemblée générale annuelle, le 20 juin dernier, à Castelnaudary (Aude).

"L'ambition est de gagner cinq points de souveraineté en fruits et légumes d'ici 2030"

Les enjeux sont clairs : réduire l'impact environnemental des productions, relancer une production de fruits et légumes au niveau local, renforcer la structuration des filières et garantir une juste répartition de la valeur. Pour cela, le projet 'Tommates' se positionne comme un projet interfilières articulé autour des productions de tomates d'industrie, céréales, légumineuses, riz et cultures intermédiaires à valorisation énergétique (Cive) sur les territoires rhodaniens. Il concerne environ 300 agriculteurs, dont 150 réunis en groupements d'intérêt économique et environnemental (GIEE), répartis en îlots le long du sillon rhodanien. Pour chaque îlot, un site de méthanisation traitera les déchets agricoles et le biogaz produit sera épuré, afin d'être transformé en biométhane, puis injecté dans les réseaux de gaz afin d'alimenter le territoire, les usines agroalimentaires et les agriculteurs en énergie renouvelable. Le digestat produit permettra de fournir à l'îlot une large partie de l'amendement sans engrais de synthèse. "Le but, à terme, est de pouvoir transformer la tomate à l'aide du biogaz renouvelable produit par les producteurs de tomates", rappelle André Bernard, président de la Sonito.

Arvalis, Terres Inovia, Inrae, Hiphen, la Sonito s'entoure de partenaires de taille pour mener à bien ce projet qui, pour l'heure, est encore en phase de maturation, et ce pendant 18 mois. "Cette phase permet de réfléchir sur les points d'attention et de montrer que l'on est capable de réaliser un tel projet", rappelle Robert Giovinazzo. Par la suite, le projet entrera en phase de réalisation pour une durée de cinq ans.

Les sujets d'attention sur la culture de la tomate 

La Sonito travaille avec le cabinet de conseil Arcturus Group. "Ce partenariat est pour nous essentiel, car cela nous permet d'être présents à Bruxelles et d'être correctement représentés", estime Pascal Lenne, consultant en accompagnement des filières fruits et légumes.

Pour l'heure, le calendrier institutionnel est centré sur le dossier 'Pesticides', qui inclut de nombreuses propositions concernant la tomate, dont les nouvelles techniques génomiques, mais aussi une proposition sur la législation des sols et l'étude d'impacts des produits phytosanitaires. "Nous attendons des informations complémentaires sur ce sujet concernant la production, le rendement et le prix au vu de la décision de l'Europe d'initier une réduction de 50 % sur l'utilisation des produits phytosanitaires", explique Julie Guersent, consultante chez Arcturus Group. Autre sujet majeur : les recommandations sur la future Pac avec des révisions de budget à mi-parcours pour la période 2021-2027. "Il ne faut pas oublier que ce budget ne concerne pas seulement la Pac, mais également le budget général de la Commission européenne", précise-t-elle.

Une production aléatoire 

Avec une production mondiale légèrement à la baisse par rapport à 2021 (38 Mt), la campagne 2022 a été pour le moins particulière. Les Organisations de producteurs nationales auront réalisé 151 646 t de livraison de tomates aux usines. Avec un climat très ensoleillé et des surfaces qui manquaient à l'appel, la superficie nationale cultivée en 2022 s'élevait à 2 065 ha (- 18 %) et 424 ha en agriculture biologique, soit - 24  % par rapport à 2021. "Dans le Sud-Ouest, les années 2020 et 2021 ont été difficiles, et certains agriculteurs n'ont tout simplement pas redémarré", souligne le directeur de la Sonito.

Même si tous les bassins sont concernés par cette chute conséquente des livraisons, il est toutefois important de noter la très grande disparité des régions, ainsi que l'impact de la spécialisation des exploitations. Le rendement national moyen de 69 t/ha est en diminution, notamment en Paca où il est passé de 86 t en 2021 à 69 t en 2022.

Après avoir dépassé les 70 000 t en 2015, la Nouvelle Aquitaine et le département du Tarn-et-Garonne totalisent 43 221 t, représentant 30 % du volume national. Le Lot-et-Garonne maintient, lui, sa deuxième place avec 29 271 t. En Provence, par exemple, après avoir augmenté significativement pour atteindre les 2 040 t en 2017, les volumes ont perdu 27 % en 2019 avec 1 488 t, puis se sont stabilisés en 2020 avec 1 479 t. En 2021, ils ont grimpé à plus de 1 866 t, avant de redescendre à 1 241 t en 2022, en raison des conditions climatiques. Dans le Sud-Ouest, la saison a été meilleure, et a permis d'enrayer la baisse de la moyenne des livraisons de 2020 et 2021 avec, pour cette campagne, un tonnage moyen qui atteint les 534 t. Enfin, en Rhône-Alpes, après une moyenne à 585 t en 2020, les volumes sont tombés à 503 t.

En revanche, le rendement sur le bio affiche une vraie courbe ascendante passant de 26 t/ha en 2015 à 62 t/ha en 2022, représentant 24 000 t sur un total de 142 650 t de production. "Ces résultats sont liés à des conditions culturales et climatiques optimales qui ont profité à la région Sud-Est", explique Robert Giovinazzo. Pour cette nouvelle campagne, les prévisions affichent 2 242 ha, dont 489 ha en bio. "Un surplus de stock et des difficultés d'écoulement sur le marché expliquent cette tendance à la baisse, sans parler du dérèglement climatique et de la contrainte réglementaire", ajoute-t-il.

Concernant les producteurs, un pic a été enregistré en 2021, avec 202 exploitations, mais, pour cette nouvelle année, la société affiche 174 exploitants.  

USA, Chine et Italie : le trio de tête

Au sein des pays de l'Association méditerranéenne internationale de la tomate transformée (Amitom), 13,47 Mt auront été transformées en 2022 (- 17 % par rapport à 2021). Les pays de l'Union européenne ont pris en charge 10,24 Mt, soit 76 % du total de l'Amitom et 27 % au niveau mondial.

Du côté des importations, depuis 2019, l'Italie maintient ses échanges avec la Chine, comptabilisant 100 000 t de produits importés. La France, quant à elle, n'importe plus de concentré chinois en direct depuis 2020, ce qui n'est pas du tout le cas de l'Espagne et du Portugal, notamment avec la baisse des volumes produits en 2022.

Ainsi, l'exportation chinoise a nettement augmenté en Europe avec 45 000 t de plus par rapport à 2021 (+ 37 %). Les États-Unis ont également été de grands exportateurs vers l'Italie avec 100 000 t en 2008, avant d'être freinés drastiquement en 2015, avec seulement 65 000 t d'exportation.

En ce qui concerne la France, la pandémie a entraîné un record d'importation en 2020, avec plus de 130 000 t provenant d'Italie (7 000 t), de Tunisie (4 000 t), du Portugal (2 500 t) et d'Espagne (1 500 t). Ces importations représentent 87 % des importations françaises. Enfin, la production française peine à maintenir sensiblement un taux de couverture des besoins nationaux de 10 à 11 %, alors que celui-ci avait été de 15 à 17 % en 2010 et de 35 % en 2000. 

Anthony Loehr •

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Le projet 'Tommates'

© Crédit photo : Plassart M.

Plus de 20 structures se sont regroupées pour initier le projet 'Tommates' porté par la Chambre régionale d'agriculture de Provence-Alpes-Côte d'Azur, et copiloté par la Région Sud Provence-Alpes-Côte d'Azur, qui se veut être un démonstrateur territorial répondant aux enjeux des transitions alimentaire, climatique et sociétale. Le budget total du démonstrateur territorial 'Tommates' est estimé à plus de 12 721 574 €, et la demande de financement s'élève à 6 360 787€, soit à hauteur de 50 % du montant global. 

Anthony Loehr •

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