Europe 06/05/2026
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LÉGUMES FRAIS

Une production en déclin, des voisins en expansion

Dans un rapport publié fin avril, Légumes de France dresse un constat accablant : entre  2000 et 2024, la production française de légumes frais a reculé de 8%, quand celle de l'Allemagne progressait de 38% et celle des Pays-Bas de 30%. La raison ? Un coût du travail bien plus élevé en France, qui pénalise les maraîchers face à leurs voisins européens.

Selon Légumes de France, le problème de fond de la perte de compétitivité de la filière nationale réside dans les distorsions de concurrence liées au coût du travail, que subissent les producteurs.

© Crédit photo : Philippe Dufour / Interfel

La filière légumière française - 200 000 emplois directs et un chiffre d'affaires de 3,5 milliards d'euros - alerte sur les distorsions de concurrence qui menacent sa pérennité.

Dans un rapport publié fin avril 2026, Légumes de France dresse un constat accablant et met en lumière le déclin de la filière française, en surfaces et en tonnages, au regard de ses concurrents européens. Car les chiffres présentés sont implacables : la production de légumes frais française est passée de 6,4 millions de tonnes en 2000 à 5,9 Mt en 2024 (-8%). À l'inverse, la Belgique (+11%), l'Espagne (+18%), les Pays-Bas (+30%) et, surtout, l'Allemagne (+38%) et le Portugal (+40%), ont connu une croissance soutenue, portée par des serres chauffées et une main-d'œuvre saisonnière moins coûteuse.

La France ne produit aujourd'hui que 50% des fruits et légumes frais consommés sur son territoire, contre un objectif de 70% fixé par le plan de souveraineté.

Au cœur du problème : le coût de la main-d'œuvre

En production légumière, la main-d'œuvre représente 30 à 70% des coûts, selon les cultures. Or, en 2026, un salarié saisonnier français coûte 14,18 € de l'heure à son employeur (sur une base de 39 h/semaine), contre 13,90 € en Allemagne (avec exonération totale de charges pour les contrats de moins de 90 jours), 10,99 € en Espagne (où le salaire minimum est de 8,22 €/h), 10,39 € en Italie (où le travail non déclaré est très répandu), ou encore 8,96 € en Pologne.

Résultat : la France affiche un surcoût de 2% par rapport à l'Allemagne, 29% à l'Espagne, 36% à l'Italie, 58% à la Pologne et jusqu'à 1 200% par rapport au Maroc.

Des dispositifs inégaux

Certes, la France bénéficie bien d'un dispositif TO-DE (Travailleurs occasionnels - demandeurs d'emploi), qui exonère partiellement les charges sociales pour les saisonniers. Mais il doit être chaque année renouvelé dans le cadre du Projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS), sans compter qu'il est également limité à 119 jours par an et par salarié.

À l'inverse, l'Allemagne applique le dispositif Kurzfristige Beschäftigungen (exonération totale de charges pour les contrats agricoles de moins de 90 jours). Les employeurs allemands ne paient aucune taxe pour embaucher des étrangers, et la durée du travail peut aller jusqu'à 60 h/semaine (contre 48 h en France). En Espagne, le salaire minimum varie selon les régions (de 7,10 € à 9,40 €/h), mais le travail non déclaré concerne 37,8% du secteur agricole. En Italie, le 'caporalato' (recrutement illégal de travailleurs migrants) reste un fléau, avec 32,5% de main-d'œuvre informelle dans l'agriculture. Aux Pays-Bas, le Smic horaire est de 14,71 € pour les plus de 21 ans, mais les jeunes de 18 ans ne touchent que 7,36 €/h (soit 45% de moins qu'en France). Enfin, en Belgique, un forfait journalier de 26,79 € s'applique aux saisonniers.

Les demandes des producteurs français

Face à cette situation, Légumes de France formule deux demandes prioritaires :

étendre le TO-DE à tous les salariés des exploitations maraîchères, sans limiter son application aux seuls saisonniers (actuellement plafonnés à 119 jours/an). L'objectif : aligner la France sur les standards européens en matière d'exonérations ;

et créer un Crédit d'impôt compétitivité emploi (CICE) spécifique au maraîchage, pour compenser les écarts de coût avec les pays voisins.

Sur le logement des saisonniers, autre frein majeur, l'organisation réclame des normes simplifiées et harmonisées. Aujourd'hui, 935 000 sai- sonniers sont embauchés chaque année en agriculture, mais le manque de logements et la complexité administrative découragent les employeurs.

Un enjeu de souveraineté alimentaire

Pourtant, le secteur reste un levier social : il emploie 40 000 entreprises, 75 000 exploitants, et offre des CDI à des publics peu qualifiés (20 000 en 2024). "Les entreprises légumières jouent un rôle clé dans les territoires ruraux, en stabilisant l'emploi et en formant des travailleurs peu qualifiés", souligne le rapport. Mais sans allègement des charges et assouplissement des règles, la filière risque de perdre encore du terrain face à des voisins qui, eux, ont choisi de miser sur une main-d'œuvre bon marché et flexible.

Pour le syndicat spécialisé, il y a "urgence à agir", et la solution passe par une série de mesures : harmonisation européenne des coûts du travail, exonérations durables (et non plus annuelles), accès facilité à la main-d'œuvre étrangère (comme en Allemagne, où 90% des saisonniers sont étrangers). "La Commission européenne encourage un transfert des charges pesant sur le travail vers d'autres modes de financement. C'est par ce biais que les entreprises pourront retrouver de la compétitivité", conclut le rapport. 

La rédaction •

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