CRISE VITICOLE
La commission des affaires économiques du Sénat a présenté son rapport 'La viticulture, une filière d'avenir : l'urgence de l'union'. Daniel Laurent, Henri Cabanel et Sébastien Pla y formulent 23 recommandations pour bâtir un pacte amont-aval-État que pourraient sceller de futures Assises de la viticulture.
Sébastien Pla, Daniel Laurent et Henri Cabanel, rapporteurs du rapport 'La viticulture, une filière d'avenir : l'urgence de l'union', commandité par la commission des affaires économiques du Sénat, ont présenté leurs résultats le 29 octobre.
© Crédit photo : Sénat
Vingt-trois ans qu'il n'y avait pas eu de rapport sur la viticulture émanant du Sénat. "Et à l'époque, on faisait déjà un constat quasi similaire", expliquait le 29 octobre dernier Dominique Estrosi-Sassone, présidente de la commission des affaires économiques du Sénat. La filière viticole française - "filière d'excellence, profondément ancrée dans nos territoires, vectrice de rayonnement et d'attractivité permettant à notre balance commerciale d'avoir un excédent substantiel" - n'en est pas moins en crise, à la fois climatique, conjoncturelle et de consommation.
Pour défendre cette filière et que chaque arrachage n'entraîne pas "la disparition d'un bout de notre territoire", la commission a mandaté trois sénateurs - Daniel Laurent (17, Les Républicains), Henri Cabanel (34, Parti socialiste) et Sébastien Pla (11, Parti socialiste) - pour mener un travail de plusieurs mois, aboutissant à 23 recommandations et un rapport de plus de 200 pages1. "Trois vignerons de métier, qui ont vu cette filière évoluer, avec ses qualités et ses conservatismes, et qui présentent aujourd'hui un travail transpartisan, décoiffant et qui n'occulte en rien les tensions internes de la filière", résume la présidente.
Pour Daniel Laurent, ce travail vise avait tout à proposer des pistes pour "réformer et résoudre une crise majeure", via 23 recommandations "qui ne sont pas toutes souhaitées par le monde vitivinicole, mais censées pouvoir nous permettre de réformer la viticulture française". Pour le sénateur de Charente-Maritime, si pendant longtemps la filière a "ronronné", aujourd'hui, "elle doit regarder en face des décennies de montée en gamme et d'élaboration de vins proposés à un consommateur qui ne connaît pas la hiérarchisation" ; un consommateur qui attend des produits "que la filière française ne lui présente pas", ou pas assez.
La commission préconise l'organisation, au premier semestre 2026, d'Assises de la viticulture pilotées par le ministère de l'Agriculture, avec l'ensemble des parties prenantes, intégrant le plan de filière - "actuellement au point mort" - pour construire un pacte amont-aval. "Dans trop de vignobles, les deux familles ne se comprennent pas", lance Daniel Laurent. Les trois rapporteurs proposent "d'ouvrir les ODG à l'aval", pour que ce dernier ait "voix au chapitre quant aux orientations de la production" ; que la production travaille sur des indicateurs économiques clairs par bassins, "pour développer un engagement massif vers la contractualisation", notamment pour les caves coopératives. Ce qui enverrait aussi un "message clair et des perspectives aux futures générations", et alimenterait "le débat autour de l'entrée de la viticulture dans la loi Égalim, en discussions dans de nombreux bassins".
Parallèlement, "les aides publiques doivent être conditionnées sur des bases actées entre l'amont et l'aval", pour cesser de renouveler l'outil de production vers des produits "que le marché est incapable de vendre". Enfin, les sénateurs interrogent le commerce sur sa réelle volonté d'engagement et de soutien de la filière : "Quelle est votre stratégie quand vous vendez du vin à 1,50 € la bouteille ?", questionne Daniel Laurent. "Ces Assises doivent être le point de départ d'un nouveau contrat entre la production, le commerce et l'État."
"La viticulture est un milieu très complexe car très hétérogène. Notre difficulté est de trouver l'unanimité, même si nous savons que cela est difficile", reprend le sénateur de l'Hérault, Henri Cabanel, qui se fait la voix de "propositions équilibrées" et de la volonté de la commission de "responsabiliser la filière", pour que l'union soit le fil conducteur des actions à venir. "La filière doit accélérer le travail entamé dans la douleur ces derniers mois, mais pas achevé", poursuit-il, appelant à "définir ensemble une stratégie qui nous rassemble, avec une bannière France qui montre que nous sommes capables, comme les Espagnols ou les Italiens, de faire bloc au lieu de jouer chacun dans son coin. Cela doit s'arrêter", lance l'Héraultais, pointant les 12 millions d'hectolitres exportés par la France, quand l'Espagne affiche 20 Mhl, dont 4 à 5 Mhl de vin pour l'apéritif d'entrée de gamme. "Nous pouvons les fournir."
Un rapport "qui décoiffe" donc pour Henri Cabanel, dans lequel les trois sénateurs posent sans tabou le résultat de plus d'une cinquantaine d'auditions et des 150 professionnels rencontrés pour "échanger, connaître les attentes et transmettre en retour nos messages", rappelait Daniel Laurent. "Notre volonté est d'inciter cette filière à croire en ses qualités", sans faux-semblants, pour qu'elle "trouve les moyens de se redonner des perspectives, car nous croyons profondément à l'avenir de notre viticulture. Encore faut-il que l'union soit au rendez-vous", lançait le sénateur, déjà co-auteur, en 2023, d'un rapport d'information sur les suicides en agriculture, avec Françoise Férat2.
Sébastien Pla invite tout un chacun à consulter tranquillement les 200 pages du rapport, "qui a le mérite de synthétiser un ensemble de données à jour" et de poser des pistes sur lesquelles échanger "pour faire des choix" face aux défis majeurs - le changement climatique et la protection des cultures -, qui "affectent notre compétitivité, mise à mal tous les ans depuis le premier conflit avec les USA en 2019" et l'instauration de barrières douanières.
"La viticulture française est une économie d'excellence que nous envient beaucoup de concurrent." La preuve ? "À chaque fois, c'est le vin qui est ciblé", rappelle le sénateur audois, vent debout, comme ses deux collègues, contre la décision des députés - tombée le même jour - d'une taxe de 3% sur le montant des dépenses liées à la publicité pour une boisson alcoolisée. "Encore des taxes, encore des normes, encore des réglementations et une jungle" qui continue de s'épaissir, alors que les entreprises viticoles françaises "ont déjà un genou à terre, il faut simplifier : moins de papier pour plus de compétitivité de nos entreprises", rappelle-t-il, n'éludant pas la nécessaire question de l'organisation de la filière et du ménage qu'elle doit aussi faire, pour que "cessent les guerres de clocher qui nuisent à l'image de marque et à la stratégie générale de la filière".
Car cette dernière n'a plus le temps, au regard de la contraction des soutiens publics et de la baisse prochaine du budget de la Pac. "Il faut être plus rigoureux et nous proposons d'aller jusqu'à l'arrêt des plans individuels d'arrachage, pour mettre en place des plans collectifs de bassin. Pour cela, il faut que les acteurs se parlent. Et que l'État conditionne ses aides à une stratégie partagée par bassin." Les sénateurs proposent également que les autorisations de plantation passent de trois-cinq ans à huit, voire 13 ans, pour abaisser temporairement une partie du potentiel de production, "tout en prévoyant une future reprise, pour ne pas se laisser déborder par nos concurrents quand [elle] sera là".
Quant aux aides à l'export, là aussi, "il faut les conditionner à des performances économiques actées par des indicateurs" cooptés par bassin. "Il n'existe pas un seul modèle. Mais à l'export, il faut chasser en meute", complète Henri Cabanel. Et dans l'Hexagone, il faut "mener des efforts de sensibilisation pour culturer les nouveaux consommateurs à une consommation modérée".
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