MALAUCÈNE
Alexandrine Meynaud a grandi dans les truffières et ne s'est jamais vue faire autre chose. Depuis 23 ans, elle développe le diamant noir avec son mari. Par passion pour cette culture mystérieuse, mais aussi par amour pour ses chiens, compagnons de travail, la nature et dans un but de recherche et de transmission.
Portrait Alexandrine Meynaud, trufficultrice sur Malaucène.
© Crédit photo : CL
Comme Obélix, elle est tombée dans la marmite quand elle était petite. Fille de trufficulteur, qu'elle accompagnait régulièrement sur le terrain, Alexandrine ne s'est même jamais posé la question : pour elle, la truffe était une évidence. Pourtant, elle confie ne pas aimer l'omelette à la truffe... "J'en ai tellement mangé gamine que je ne l'apprécie plus." Elle n'a pas non plus fait le choix de reprendre l'exploitation familiale. "C'est mon frère qui s'occupe des terres de notre père", précise-t-elle. Elle s'est en revanche installée un peu plus haut, sur des terres de ses ancêtres, pour y constituer ses propres truffières.
Tout a commencé en 2002, "naturellement", explique la trufficultrice. Alors âgée de 34 ans, elle a l'opportunité avec son mari, Ludovic, de racheter une première terre. Ils y plantent la première truffière. Puis petit à petit, le couple reconstitue le domaine familial datant de 1832. Aujourd'hui, ils disposent de 11 hectares d'un seul tenant, en haut de colline.
Pour Alexandrine, la culture de la truffe doit avant tout être faite par passion et dans un but de passation. "On ne le fait pas pour nous, mais pour les suivants." Car être trufficulteur, c'est un projet de vie. Les premiers résultats n'arrivent que 15 à 20 ans après avoir commencé.
Sur ses onze hectares, seuls trois sont actuellement en production, affirme-t-elle. Il faut aussi accepter une chose : "Avec la truffe, on ne sait rien." C'est aussi pour cela qu'elle l'aime tant. "C'est constamment une chasse au trésor. On ne sait pas si on va trouver quelque chose, et dans quel état." Selon elle, cette quête du trésor doit rester une passion. "Il ne faut pas aimer la truffe pour ce qu'elle rapporte, mais pour ce qu'elle nous apporte : le fait d'être dans la nature, le bonheur d'en trouver une belle et être avec nos chiens." C'est d'ailleurs grâce à eux que la trufficultrice s'est lancée. "La truffe est venue à moi par le rapport avec le chien." Son père lui a appris à les dresser dès sa plus tendre enfance. Aujourd'hui, elle en a trois, des chiens d'eau romagnol : Saphir, Vic, et Gribouille. Pour elle, aller chercher les truffes, c'est d'abord le bonheur de se promener avec eux.
Quand elle a commencé à planter sa première truffière, Alexandrine travaillait dans les services de ressources humaines. Un métier qu'elle a gardé en plus de sa culture au commencement. Car la truffe "on n'en vit pas", affirme-t-elle. D'abord, car il faut attendre de nombreuses années, "avant de voir le fruit de son travail", mais aussi, car "cela reste une culture très aléatoire. On peut avoir des années avec quatre truffes, et d'autres avec plusieurs kilos."
Alors le couple a choisi de de combiner les activités. Lui travaille dans le BTP. Quand il rentre le soir, il s'occupe de l'entretien et de la taille des truffiers. "Tout ce qui est tracteur, c'est pour lui", rigole la trufficultrice. Elle a quitté son emploi et s'occupe désormais des deux gîtes. Et bien sûr, chaque matin durant la saison de la truffe, elle part à la chasse aux trésors, avec ses chiens, à la recherche du précieux diamant noir. Même si cela représente du travail en plus pour elle et son mari, elle l'assure : "C'est un choix qu'on a fait et c'est que du bonheur."
Pour être trufficulteur, au-delà d'être passionné, "il faut être armé de patience, mais aussi être résilient", affirme Alexandrine. Il s'agit d'une culture très aléatoire, et quasiment impossible à contrôler. "Tout se passe dans la terre, on a peu d'informations sur les choses à faire ou à ne pas faire." D'autant que d'une terre à l'autre, les résultats peuvent être totalement différents. Pour preuve : "Cette année, nous avons eu le même temps quasiment sur tout le secteur, nous n'avons arrosé qu'une seule fois et nous avons des truffes, alors que d'autres non."
Mais cela avance. La trufficultrice fait partie du Syndicat du Diamant noir du Vaucluse, et de celui des Trufficulteurs de Vaucluse. Régulièrement, des recherches sont faites pour trouver des réponses à leurs questions. "On arrive à avancer sur un certain nombre d'informations. On parvient à confirmer ce qu'on pensait savoir." Comme le rapport à l'eau. "Il en faut, mais pas trop." Fait étonnant, "les années mauvaises pour la vigne sont bonnes pour la truffe." Autre chose désormais acquise : il ne faut pas perturber les arbres dans leur conduite. "Soit on choisit de les tailler, soit de les laisser sauvages. Mais il ne faut pas changer d'avis en cours de route."
Il y a aussi un travail important d'information du grand public en cours autour des saveurs.
Alexandrine l'avoue, la trufficulture est un milieu assez fermé et confidentiel. Un peu par obligation selon elle. Principale raison, les vols : les trufficulteurs en sont en effet régulièrement victimes, que ce soit de chiens ou directement de truffes. Par chance, la trufficultrice se dit un peu moins exposée que d'autres. "Nous sommes en hauteur de colline et avons positionné des caméras dans les zones stratégiques." Mais cela ne l'empêche pas de prendre énormément de précautions. "On passe sur toutes nos terres très régulièrement. Car s'il n'y a rien à voler, nous avons moins de chance d'être visités."
Mais malheureusement, ces infractions régulières entachent aussi la profession. Certains clôturent leurs parcelles. "C'est dommage de devoir en arriver là, car ça enlève toute la beauté de la chose, être dans la nature, en liberté", selon la trufficultrice. Elle qui aime tant se promener en compagnie de ses chiens, avec une vue directe sur le Mont Ventoux, dans ce qu'elle considère comme "le plus beau jardin du monde", ne veut, pour rien au monde, perdre cette passion qui l'anime depuis son plus jeune âge.
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