Vaucluse 17/01/2020
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Pépinières viticoles : Les déchets verts ont de la valeur

Les déchets de pépinière, volumineux, sont à valoriser. Des pépiniéristes font des tests intéressants. De multiples pistes existent : broyats pour les chaufferies, création de buchettes, compostage ou production de biomatériaux… La filière doit se construire et créer des plateformes de stockage collectives.

Une buchette à base de sarments broyés et compressés : elle est 3,5 fois plus calorifique qu’une bûche de bois équivalente. Voilà une voie de valorisation en cours de développement, en Ardèche.

L’activité des pépiniéristes viticoles du Vaucluse produit chaque année 40 000 m3 de déchets de chicotage, avec en moyenne 55 m3 par hectare, ainsi que 8 000 m3 d'écart de tri. Le chicotage est la préparation des porte-greffes : chaque sarment de vigne-mère est nettoyé des entre nœuds et vrilles puis débité en tronçons. Tous les segments dont le diamètre est hors cahier des charges sont écartés, constituant ainsi la majeure partie du déchet.

Les volumes sont donc importants ! Dans le cas des écarts du tri des plants, « il y a un problème à régler de résidus de terre et de paraffine dans les déchets », explique Gérard Gazeau, de la Chambre d’agriculture de Vaucluse. Il est venu présenter aux pépiniéristes les résultats des essais menés depuis deux ans, lors d’une demi-journée au lycée Louis Giraud de Carpentras, le 12 novembre.

Car ces déchets sont rarement valorisés. Actuellement, ils sont encore brûlés à l’air libre, car il n’existe pas de filière de recyclage organisée, mais l'incinération ne sera plus longtemps tolérée ; les alternatives sont donc activement recherchées. En effet, outre le risque incendie, les fumées gênent le voisinage et s’avèrent très chargées en particules fines, les plus nocives, qui pénètrent dans le sang. Un feu de 50 kg de végétaux émet autant de particules fines qu’une voiture essence récente parcourant 22 000 km (source : ATMO Paca). Par ailleurs l’énergie libérée au brûlage n’est pas valorisée. La Chambre d’agriculture de Vaucluse et le Syndicat des producteurs de plants et bois de vigne de Vaucluse se mobilisent donc, afin de mettre en place des filières de recyclage sur les exploitations agricoles.

Trois pistes étudiées.

Les deux partenaires travaillent actuellement sur trois pistes. Tout d’abord, la Chambre a mis en place un essai de valorisation énergétique, via la mise en place d’un groupe d’agriculteurs, pour récupérer et broyer les déchets de chicotage. Objectif ? Approvisionner des chaufferies industrielles. Les premiers essais – réalisés en 2016 avec la pépinière Barnier, à Sarrians –, avaient été concluants : 5100 m3 de déchets de vigne mère de porte-greffe, soit 260 tonnes de broyats, mélangées avec de la plaquette forestière, avaient alimenté la centrale de cogénération de Pierrelatte, produisant 695 MWh d’énergie renouvelable, soit la consommation électrique annuelle d’une centaine de familles françaises, mais sans rentabilité financière pour les différents acteurs impliqués. Ainsi, cette valorisation pourrait se généraliser à condition de mutualiser les coûts de broyage.

« En 2018, nous avons commencé à travailler avec trois pépiniéristes de Piolenc – Vitipro, Massonnet et Ayme – qui cherchaient des solutions alternatives au brûlage », explique Gérard Gazeau. Après avoir stocké 1800 m3 sur les trois sites – soit 75% de la production de déchets –, le broyage et l’évacuation ont été confiés à un prestataire, CVA Alcyon : 130 tonnes ont été produites en deux fois, fin janvier et mi-mars. Une partie a été évacuée sur la chaufferie de Pierrelatte. En 2019, la totalité des déchets ont été récupérés, soit 2700 m3 sur deux sites. 180 tonnes de broyat ont été récoltées. « Le broyeur à marteau utilisé a produit un broyat un peu filandreux, mais la centrale a pris 83 tonnes à 25 € HT la tonne. Les analyses du biocombustible montrent que la valorisation énergétique est intéressante. L’équivalent de 350 MWh ont été produits. Cela correspond à la consommation annuelle de 30 foyers. » Le bilan économique dressé par la Chambre indique un coût de revient entre 32 et 37 € HT par tonne de broyat évacué et livré. Cela revient à 200 € HT la benne de déchets verts broyés de 30 m3, soit 110 à 150 € HT rapporté à l’hectare de pieds-mères, hors valorisation. La filière doit encore s’organiser afin de prévoir une plateforme collective de stockage et d’optimiser le cout du transport. « La qualité du broyat peut être améliorée avec un broyeur à couteau. Mais surtout, il faut mobiliser plus de déchets, afin de rentabiliser le déplacement du broyeur » conseille Gérard Gazeau.

Voies d’avenir

Deuxième piste, celle du paillage. La Chambre d’agriculture a ainsi mené des essais de valorisation des déchets sous forme de mulch, pour pailler les espaces verts, en partenariat avec la CoVe et l’entreprise du paysage ‘Terre et passion’. « Nous sommes satisfaits de l’efficacité sur la levée des mauvaises herbes et sur l’aspect esthétique » constate Gérard Gazeau. Enfin, la Chambre a mené un essai de production de biomatériaux, avec la startup marseillaise Mycoconcept, « des essais très positifs, avec de beaux rendements, je pense que c’est une voie d’avenir, nous allons poursuivre » conclut-il. D’autres pistes pourraient également être explorées, pour recycler les déchets de la pépinière, par exemple dans le compostage, la production de litière animale ou d’éco-matériaux.

Y aller ensemble.

Valérie Sévenier, du SPPBVV et en charge des essais sur l’exploitation du lycée Louis Giraud1, a dressé les principales conclusions de l’enquête nationale de la Fédération Française de la Pépinière Viticole sur la gestion des déchets des pépinières. 51 adhérents sur 400 y ont répondu. Quand 32% d’entre eux déclarent brûler leurs déchets, 14% broient et 10% compostent. La très large majorité, 90%, ne sont pas équipés en broyeur et 72% ne font pas appel à un prestataire. En revanche, « l’intérêt des pépiniéristes pour un projet collectif est très fort », à plus de 76%. Reste donc à mobiliser l’ensemble des acteurs à l’organisation de cette filière.

Cécile Poulain

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