France 21/09/2023
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Fédération française des trufficulteurs

Parler de la culture plus que du produit

Le rendez-vous de la Fédération nationale des trufficulteurs se déroulait cette année à Pernes-les-Fontaines. Pour cette assemblée générale, les projets pour la survie des truffières étaient expliqués aux adhérents présents.

À la table, les interventions s'enchaînent. Ici, le président de la Fédération française de la trufficulture, Alain Ambialet introduit les discussions.

© Crédit photo : ML

C'est le syndicat vauclusien qui recevait cette année l'assemblée générale de la Fédération française des trufficulteurs, à Pernes-les-Fontaines. Une matinée importante précédée la veille, le 14 septembre, par des ateliers qui tenaient à cœur à Véronique Michelet, la présidente du syndicat départemental : "La trufficulture évolue beaucoup et est aujourd'hui devenue très technique. Il me paraissait important qu'une partie de nos échanges se fasse sous forme d'ateliers"1.

Elle voit en la fédération un élément de cohésion, un support. "Notre président nous représente au niveau national comme international. À nous de lui donner les actions prioritaires. Ces deux jours avaient comme objectif de relayer nos discussions et les décisions que nous prendrons aujourd'hui auprès des adhérents, pour avancer sur le terrain", affirme-t-elle. Alain Ambialet note effectivement des discussions qui vont "dans le bon sens", en particulier dans ce contexte difficile de changement climatique, "qui impacte autant la quantité que la qualité de la récolte".

Mais avant d'entrer dans le vif du sujet, il tenait à rendre hommage à une figure de la filière trufficole disparue en juillet, Pierre Sourzat. "Il a très longtemps œuvré pour la trufficulture et donné à bon nombre d'entre nous l'envie de planter", témoigne avec émotion le président. Après une minute de silence, et les têtes toujours remplies de souvenirs, les travaux ont ensuite débuté.

Un groupe de travail pour avancer tous ensemble

Le 12 octobre se réunira pour la première fois le tout nouveau groupe spécialisé de FranceAgriMer, pour avancer sur la redynamisation de la filière. Franck Da Ros, nouveau délégué filière 'Fruits et légumes' de l'établissement national des produits de l'agriculture et de la mer, se présente ainsi pour la première fois aux adhérents de la fédération : "Pour être honnête, quand je suis arrivé à FranceAgriMer il y a huit mois, je ne connaissais rien à la trufficulture. Alain m'a fait rencontrer de nombreuses personnes sur le terrain, aussi passionnées que passionnantes".

"Ce n'est pas du produit dont il faut parler, mais de la culture elle-même"

Alors que la création de groupe a été décidée l'année dernière, il espère maintenant que ses différents membres permettront "de tenir la dragée haute, aux Espagnols notamment". Il sera composé de représentants de la filière, ainsi que du Syndicat des pépiniéristes, du Centre technique interprofessionnel des fruits et légumes et Inrae côté recherche, des courtiers, des transformateurs et du ministère de l'Agriculture.

À une remarque dans la salle pointant l'absence des Chambres d'agriculture, Franck Da Ros répond que le groupe n'est pour le moment pas fermé, et qu'il reste ouvert aux propositions pour intégrer d'autres experts. "Nous allons d'abord partager des constats et voir de quelle manière proposer un plan d'actions, entre autres en termes de préconisations réglementaires", ajoute-t-il. Il pense naïvement, comme il le dit lui-même, que la trufficulture a d'ailleurs une carte à jouer du côté de la capacité à piéger le carbone. "Je suis convaincu qu'avec toutes les personnes qui œuvrent pour la truffe, nous allons réussir à revenir pour concurrencer l'Espagne", estime Alain Ambialet.

Au premier rang, un trufficulteur souligne toutefois le grand retard accumulé par la France comparativement aux Hispaniques. "Chaque petit plan de sauvegarde est obtenu à l'arraché et on continue à planter. Alors, imaginez si on avait des dirigeants qui mettaient les moyens pour protéger la filière ? Ce n'est pas de la mauvaise volonté des producteurs." Une intervention applaudie, avec l'espoir qu'une réelle avancée se fasse sentir cette fois-ci, un précédent groupe ayant déjà existé, avant d'être abandonné.

"Pour avancer, ce n'est pas du produit dont il faut parler, mais de la culture elle-même", souligne-t-on avant de poursuivre. Un impératif pour comprendre que derrière la très considérée truffe, il y a avant tout du travail et de la technicité, quand bien même 70 % des adhérents de la fédération ne sont pas des agriculteurs professionnels.

L'expérimentation comme seule solution

Pour avancer vers l'avenir, la filière se projette et tente d'obtenir des financements. Mais, depuis février 2022, avec la fin du projet 'CulturTruff', plus aucune expérimentation ne se tient au niveau national. "Nous avons eu des retombées scientifiques et pratiques, entre autres sur la gestion de l'eau. Les conclusions vont sortir prochainement", atteste Claude Murat, ingénieur de recherche à Inrae.

Le projet 'SporTruff' a en revanche été retoqué, sans retour de FranceAgriMer depuis la contestation, semant ainsi l'incompréhension dans les esprits. Alors qu'il dévoile à l'assemblée les remarques apportées par les évaluateurs - le fait que le projet soit mono-filière et "risqué" à mener sur le terrain -, quelques rires jaunes résonnent. "Qu'on ne soit pas financés, c'est le jeu. Mais on aimerait bien être évalués par des personnes qui connaissent réellement la trufficulture", exprime Claude Murat.

Alors que Franck Da Ros présentait justement les financements des projets par FranceAgriMer, cette information fait tâche, mais confirme la nécessité à travailler tous ensemble dans le groupe de travail.

En attendant, d'autres options sont sur la table. Franck Richard - chercheur au Centre d'écologie fonctionnelle et évolutive du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et spécialiste de la truffe - tablait sur les enjeux paysagers et la production d'énergie dans les truffières. "Pour ne pas subir, il faut prendre la balle au rebond et saisir l'opportunité" pointant du doigt l'installation de panneaux photovoltaïques en culture truffière. "Il faudra faire intelligemment, pour que les gens puissent vivre de leur production tout en préservant l'environnement. Il sera également nécessaire d'inclure les énergéticiens pour qu'ils comprennent les enjeux", défend le chercheur. Pour lui, la stratégie passera par deux piliers : le développement sur le temps long d'un réseau de truffières agrivoltaïques expérimentales avec la construction, en cours, d'un projet de recherche ; ainsi que la co-écriture d'une charte commune.

À la fédération Auvergne Rhône Alpes, une expérimentation avec 'Wetruf' a été financée par la Région, et Alain Ambialet a validé la participation de l'échelon national pour les 20 % restants. Les autres fédérations et syndicats locaux bénéficieront, dans un deuxième temps, des conclusions scientifiques une fois les résultats publiés. La recherche continue donc de se mobiliser, malgré les difficultés de financement, avec l'espoir de voir émerger des solutions d'avenir.

Une présence au Salon de l'agriculture ?

Bien que pas encore officialisée, l'éventuelle participation au Salon de l'agriculture 2024 a été posée sur la table par Flora Todesco, co-fondatrice de 'Wetruf'. "La truffe doit aller de l'avant pour être plus visible", affirme l'ex-assistante ingénieure à Inrae. Jusqu'ici, les différentes structures locales participaient généralement sur le stand de leurs régions respectives, au travers diverses dégustations.

La solution serait de prendre un stand avec deux co-exposants, en l'occurrence'Wetruf' et le Syndicat des pépiniéristes, afin de diviser les frais et le nombre de jours de présence entre les trois structures. Une solution qui, là encore, permettrait de parler de la culture plutôt que de la truffe. 

Manon Lallemand •

ELLE a dit-

Marie-Pierre Monier, sénatrice de la Drôme

© Crédit photo : ML

"Au Sénat, nous nous occupons de la trufficulture, car nous savons très bien la difficulté que c'est d'aller chercher des fonds. J'ai d'ailleurs été bien déçue de voir le rejet du projet 'SporTruff'. Il est important de ne pas avancer sans la filière, raison pour laquelle j'accompagne régulièrement Alain Ambialet au ministère. En tant que présidente de la section 'Cultures traditionnelles et spécialisées' du groupe d'études 'Agriculture et alimentation' du Sénat, j'accompagne notamment les filières truffe et noix, pour laquelle je suis ravie de voir que l'État va enfin se bouger sur le sujet."

Manon Lallemand •

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