PERTUIS
Yolanda Garduno et sa fille, Isabelle Guerrero, ont choisi un fruit inattendu pour incarner leur projet agricole : la myrtille. Entre relocalisation des productions, transition énergétique et ouverture au tourisme rural, elles veulent faire de leur 'Domaine de la myrtille' un modèle de diversification durable.
Yolanda Garduno et sa fille, Isabelle Guerrero, portent un projet agricole, durable et diversifié.
© Crédit photo : ED
Dans la vallée de la Durance, une terre laissée en friche a retrouvé ses couleurs. Là où rien ne poussait depuis des années, des alignements de jeunes myrtilliers s'élancent désormais vers le soleil de Provence. Le fruit d'un pari audacieux porté par deux femmes, Yolanda Garduno et sa fille, Isabelle Guerrero, qui ont décidé de bâtir un domaine agricole durable, diversifié et ouvert.
Leur ambition dépasse la simple culture d'un fruit. Elles veulent inventer un modèle qui conjugue production locale, transition énergétique et développement territorial.
Rien ne semblait destiner Yolanda Garduno à devenir la pionnière de la myrtille provençale. Née au Mexique, elle a grandi dans un environnement où la terre était omniprésente. Son grand-père cultivait du maïs, lui donnant très tôt le goût de l'alimentation et des cycles de production. Après des études agricoles, elle choisit de poursuivre sa formation aux États-Unis, où elle commence alors une carrière internationale dans les plus grandes entreprises, apprend à manier les logiques industrielles et les marchés mondiaux.
Pourtant, l'agriculture reste toujours présente en toile de fond. Chez Reitzel, spécialiste des condiments, elle travaille sur des filières mondialisées, reliant producteurs et distributeurs à l'échelle planétaire. Cette expérience lui inspire une conviction. "Il est possible d'articuler agriculture et durabilité." En 2012, elle fonde sa propre société, Naturalissima, qui conçoit des programmes agricoles pour de grands distributeurs. L'entreprise se développe rapidement en s'appuyant sur des cultures d'artichauts, d'asperges, d'avocats ou de myrtilles au Pérou, en Équateur, en Inde ou au Kenya.
Mais au fil des années, les limites du modèle apparaissent. "Les conditions climatiques deviennent plus instables dans certaines régions productrices, les coûts du transport explosent et l'empreinte carbone des fruits et légumes importés pèse de plus en plus dans la balance", explique Yolanda. Elle décide alors de franchir une nouvelle étape, et rapatrie une partie des productions en France. Après avoir cherché des terrains irrigables dans le Sud-Ouest, c'est finalement en Provence qu'elle trouve le site correspondant à ses attentes.
Toutefois, le chemin est long et semé d'embûches. Ne disposant pas du statut d'agricultrice, elle doit présenter à plusieurs reprises son projet devant les commissions de la Safer. Sa détermination finit par payer : en 2023, elle parvient à acquérir 40 hectares en friches à Pertuis, qu'elle entreprend de requalifier. En mai 2024, 30 ha de myrtilliers sont plantés. La première récolte est au rendez-vous cette année avec 6,5 tonnes de fruits bleus, cueillis entre juin et juillet, destinés aux grandes enseignes françaises.
Dans cette aventure, Yolanda n'est pas seule. Sa fille, Isabelle Guerrero, a pris en main la stratégie Responsabilité sociétale d'entreprise (RSE) du domaine. Avec elle, le projet trouve sa cohérence écologique. Isabelle s'attache à ce que chaque choix réponde à un double objectif : préserver l'environnement et assurer la viabilité économique du domaine. "Nous voulons construire une exploitation qui puisse tenir dans le temps, en conciliant production, énergie et stockage carbone", souligne-t-elle.
Sur le terrain, cela se traduit par une gestion raisonnée de l'eau grâce au goutte-à-goutte, la plantation de bambous pour protéger les cultures du vent et limiter l'érosion, mais aussi par l'installation future de panneaux photovoltaïques semi-verticaux. Ces derniers auront une double fonction : abriter les myrtilliers des excès climatiques et fournir une autonomie énergétique à l'exploitation. Les bambous, outre leur fonction de haies protectrices, devraient être valorisés en charbon végétal, permettant de stocker du carbone et de générer de nouveaux revenus via les crédits carbone, dès 2027. Pour Isabelle, cette diversification est "la condition d'un équilibre durable". L'agriculture seule ne permet pas toujours de sécuriser les finances d'un domaine, surtout lorsqu'il s'agit d'une culture récente comme la myrtille. "En combinant plusieurs activités, le 'Domaine de la myrtille' peut lisser ses coûts, réduire ses risques et participer activement à la transition écologique", complète Isabelle.
Cette vision élargie se concrétise aussi par un volet agrotouristique. Depuis quelques mois, le domaine propose des hébergements au cœur des plantations. Six appartements ont déjà été rénovés, offrant une vingtaine de chambres doubles pour accueillir des familles, des groupes ou des séminaires dans un cadre authentique. "Nous voulons que ce lieu vive, qu'il soit un pont entre la ville et la campagne, entre les consommateurs et la terre", explique Yolanda.
Cette diversification - qui associe agriculture, énergie, séquestration carbone et tourisme - redonne vie à une exploitation que plus personne n'imaginait productive.
La myrtille est une culture qui affectionne les climats tempérés et la fraîcheur. En France, elle se concentre traditionnellement dans les Alpes et en Bretagne. En Provence, elle reste rare en plein champ, souvent limitée à des serres maraîchères. Pourtant, avec l'évolution du climat, certaines zones de la vallée de la Durance offrent aujourd'hui des conditions idéales : des hivers suffisamment froids pour le repos végétatif, un réchauffement progressif au printemps et la possibilité d'irriguer grâce au canal de Provence. Le pari tenté à Pertuis par Yolanda Garduno apparaît ainsi comme une expérimentation prometteuse, qui pourrait diversifier l'offre fruitière locale.
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