Roussillon
Clément Maillet vient d'ouvrir la première et unique manade du Vaucluse. Il y élève et entraîne des vachettes et des taureaux de Camargue pour des spectacles et jeux taurins. Un rêve de gosse qu'il réalise sur la terre de ses ancêtres, dans un département où il souhaite faire revivre une tradition qui s'est un peu perdue.
Clément Maillet tient la première et seule Manade du Vaucluse, située à Roussillon.
© Crédit photo : CL
C'est parti d'une passion que Clément ne saurait expliquer. "Depuis que je parle, je suis fasciné par les taureaux", affirme-t-il. Cet animal sauvage impressionne et peut parfois faire peur. Mais le jeune homme l'admire : "J'aime sa force, son état d'esprit, il n'a peur de rien, ça me fascine".
Alors, depuis sa plus tendre enfance, quand certains enfants voulaient devenir astronautes ou pompiers, lui n'avait qu'une idée en tête : avoir sa propre manade. Même s'il l'avoue : "Il faut être fada" pour se lancer dans une telle aventure. Qu'importe ! Après plusieurs années de réflexion, la Manade Maillet a vu le jour il y a un an maintenant.
Avoir un tel établissement est exigeant et contraignant. Surtout quand la localisation n'est pas vraiment favorable. En effet, traditionnellement, les manades se situent en Camargue. Et l'élevage de taureaux camargue en manade est encadré par plusieurs réglementations et selon une zone autorisée. Récemment, cette zone s'est vue modifiée et intègre désormais le Vaucluse. Une chance pour Clément.
Le jeune homme travaille à l'ancienne, comme les ancêtres : "Tout à cheval, dans la plus pure tradition." Sa cinquantaine de taureaux, de race Camargue uniquement, est conduite en élevage extensif, comme réclamé par le cahier des charges qu'il doit satisfaire. Sur la densité notamment. Ainsi, il a 1,4 taureau à l'hectare : "Pour qu'ils gardent leur instinct sauvage", justifie-t-il.
Le gardian est en installation progressive. Il a pu compter sur la dotation Jeunes agriculteurs. Il y a cinq ans, il n'avait que deux bêtes et pouvait faire uniquement de l'élevage. Maintenant, avec une cinquantaine de taureaux et vachettes, et la revendication manade, Clément peut entrer dans la cour des grands et faire de la tradition taurine provençale, c'est-à-dire participer aux fêtes votives et autres toro piscine. En revanche, pour les courses camarguaises, il doit encore patienter : sa localisation ne lui permet pas encore de faire concourir des bêtes. Mais il a bon espoir que cela change.
Clément est autodidacte. Dès son adolescence, il a commencé à se former, en observant, en regardant des reportages, dans des livres, sur internet... Il a assisté à des courses aux côtés de son papa et d'amis de ce dernier, dans le milieu du taureau. Une fois son bac pro 'Aménagement paysager' en poche, il a pu se lancer. Si l'idée d'avoir une manade a toujours été présente dans sa tête, c'est néanmoins pendant le Covid que tout s'est accéléré. Si Clément travaille seul, pendant les spectacles, il peut tout de même compter sur une vingtaine de bénévoles, qui viennent lui prêter main-forte. Des personnes du coin, tout comme lui, fan de l'animal : "On marche à la passion, il n'y a pas d'argent au milieu, les gens font ça avec le cœur". En contrepartie, ils peuvent laisser leur cheval en pension chez Clément, également éleveur de chevaux camargue.
Le manadier respecte le taureau autant qu'il l'admire. Pour preuve : "Mon but premier, ce n'est pas la boucherie", insiste-t-il. Il entraîne ses bêtes deux à trois fois par mois, dans le but de pouvoir les faire ensuite rentrer dans l'arène. Il faut compter environ trois ans pour qu'un taureau ou une vachette soit prêt. Mais Clément fait surtout en fonction de l'animal. "On ne peut pas le forcer à aller dans l'arène." Il précise : "Si on voit que le taureau fuit, ou qu'il ne charge pas, c'est qu'il n'est pas fait pour ça. Alors, il fera plus de spectacle."
Avant de prendre sa décision sur le sort de sa bête, Clément lui laisse donc du temps. Si ni la course, ni les spectacles ne lui conviennent, il pourra le proposer à un autre confrère. Sinon, en dernier recours, il partira pour de la viande. Le jeune manadier fait de la vente directe à la ferme.
Si la Manade Maillet est la première et la seule du Vaucluse, la culture du taureau était pourtant bel et bien présente dans le département il y a plusieurs années. Preuve en est, des villes comme Pernes-les-Fontaines, Cavaillon, Malaucène ont des arènes. "À l'époque, nos grands-parents faisaient venir des taureaux dans les villages, à Rustrel, Lacoste, Joucas", explique le gardian.
L'été, son activité tourne à plein régime, uniquement en restant dans le bassin Apt et sur le plateau Albion. Car son but est de partager sa passion, mais aussi de fédérer autour de chez lui et de faire redécouvrir la tradition. Il a donc mis en place - en plus des spectacles - un trophée intervillages, en mode 'Intervilles'. "Les jeunes représentent leur village et s'affrontent au travers de jeux dans l'arène, avec ou sans vachettes", détaille Clément. Et cela fonctionne ! Les jeunes, qui avaient déserté les fêtes votives, reviennent et se réunissent autour de cet événement.
Le gardian aime bien aussi mélanger chevaux et taureaux dans des spectacles. "Le monde du cheval ne connaît pas forcément le monde du taureau." Il mise donc aussi sur les toros piscine pour sensibiliser : "Ça touche un public plus large, et ça permet de ramener du monde dans l'arène par la suite." D'ici quelques années, il espère pouvoir obtenir une autorisation pour faire participer ses taureaux aux courses. En attendant, Clément continue de les entraîner, pour être prêt le jour-J. Cela ne l'empêche de partager sa passion avec la ferme intention de l'ouvrir à qui voudra bien la découvrir. Et d'être repéré : le 16 mars prochain à 15 heures, il recevra- avec ses amis gardians bénévoles- la médaille d'honneur attribuée par le Centre sportif équestre du Midi.
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06/06/2023
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