CHAMBRES D'AGRICULTURE FRANCE
"Avec les agriculteurs !", pas "contre" ! Mi-avril, Chambres d'agriculture France a vivement critiqué les projets de Schémas directeurs d'aménagement et de gestion des eaux 2028-2033, en cours de discussions. Elle alerte sur un durcissement des contraintes pesant sur le secteur agricole et appelle à un rééquilibrage au service de l'économie et de la souveraineté alimentaire.
Au total, le réseau a formulé près de 500 remarques sur les projets de Sdage, dont 125 lignes rouges jugées inacceptables, ont rappelé Sébastien Windsor, président de Chambres d'agriculture France, entouré d'Olivier Lebert et Arnaud Delestre, respectivement secrétaire général et 1er vice-président en charge du dossier 'eau'.
© Crédit photo : Chambres d'agriculture France
"C'est un cri du cœur", décrit Sébastien Windsor, président de Chambres d'agriculture France. "Ce n'est pourtant pas la première fois qu'on travaille sur les Sdage [Schémas directeurs d'aménagement et de gestion des eaux, ndlr]. Mais là, la différence est flagrante : aujourd'hui, on a perdu du poids", poursuit le vice-président en charge du dossier eau, Arnaud Delestre.
Au cœur des débats, les projets de Sdage 2028-2033, jugés de plus en plus contraignants et construits sans réelle prise en compte du terrain. "On a le sentiment d'un Sdage fait contre les agriculteurs, et non avec eux", résument les deux élus.
La direction de Chambres d'agriculture France rappelle pourtant son implication directe dans les politiques de l'eau depuis de nombreuses années. "Nous mobilisons des moyens importants pour améliorer la qualité de la ressource et accompagner les agriculteurs dans leurs pratiques", souligne-t-elle, mettant en avant un travail mené notamment sur les captages sensibles, avec "des résultats, en particulier sur les nitrates". Mais cet engagement, selon elle, n'est pas reconnu à sa juste valeur dans les documents en cours d'élaboration. Premier point de blocage : le contenu des Sdage, "documents très longs, parfois de plusieurs centaines de pages, difficilement appropriables par les acteurs de terrain", relève Sébastien Windsor. Un constat renforcé par un calendrier jugé "très contraint", qui "ne permet pas une concertation constructive entre les acteurs".
Sur la forme donc, mais aussi sur le fond. "Un Sdage doit fixer des orientations, pas imposer des obligations directes", rappelle Laurent Degrenne, secrétaire adjoint en charge du dossier 'Eau'. Or, pour le moment, "on retrouve des termes comme 'doit', 'devront', 'imposer', qui relèvent davantage de la contrainte", poursuit-il. Une sémantique, voire un objectif caché, qui éloigne encore plus les agriculteurs des objectifs initiaux. "À force d'accumuler les règles, on perd le sens du métier", alerte Arnaud Delestre, prenant en exemple la gestion des intercultures dans la directive nitrates : "Aujourd'hui, elles sont tellement encadrées que les agriculteurs les mettent en place pour être en règle, et non plus dans une logique agronomique." Conséquence directe : une démobilisation progressive. "À force de réglementations, certains agriculteurs ne croient plus au sujet. Et quand on perd l'adhésion, on perd en efficacité", alarme la direction.
Autre critique, les dispositions prises par les Sdage. "Leur vocation est de définir une stratégie globale de gestion de l'eau à l'échelle du bassin. Pas de transformer les modèles agricoles", souligne Laurent Degrenne. Pourtant, selon les Chambres, certaines dispositions "vont jusqu'à orienter, voire imposer, des choix de production".
La question de l'eau dans un contexte de changement climatique est également au cœur des débats. "Les besoins évoluent, de nouveaux usages apparaissent, et cela doit être intégré dans les Sdage", expliquent les élus, pointant notamment une vision jugée trop restrictive de la sobriété. "Aujourd'hui, elle est souvent interprétée uniquement comme une réduction des usages, alors que le Code de l'environnement parle d'une utilisation efficace, économe et durable de la ressource", recentre le président. Sébastien Windsor appelle à travailler collectivement sur le sujet. Sinon, selon lui, "certaines usines pourraient être contraintes de s'arrêter plusieurs mois, notamment en juillet et en août." Le secteur agroalimentaire serait en première ligne, en raison des exigences sanitaires (nettoyage). La direction pointe aussi des incohérences. "On nous demande de réduire notre usage de l'eau, mais on importe des produits, notamment des fruits et légumes, de pays où la ressource est encore plus contrainte. En Espagne, un légume sur deux consommé est importé."
Aussi, le stockage de l'eau, en particulier, reste selon eux insuffisamment pris en compte dans les projets actuels, alors qu'il constitue un levier essentiel de gestion à l'échelle des territoires.
Face à ces constats, président et élus de Chambres d'agriculture demandent un changement de méthode. "Il faut revoir la concertation, prendre le temps, écouter et intégrer réellement les propositions du monde agricole." Ils appellent également à une évolution de la gouvernance des Sdage, avec une représentation accrue des acteurs économiques dans les comités de bassin. "Nous demandons à passer à au moins 30% des voix, pour pouvoir peser réellement dans les débats", précise-t-il.
Malgré ces critiques, le réseau assure vouloir rester pleinement engagé dans le processus. "Nous ne voulons pas nous désengager des Sdage, ni des enjeux environnementaux", conclut Sébastien Windsor. "Mais pour avancer, il faut construire ces politiques avec les agriculteurs, et non contre eux."
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