MAZAN
Il était banquier, elle était architecte. Aujourd'hui, ils sont producteurs de raisin de table et de cuve à Mazan. Rencontre avec deux jeunes agriculteurs heureux, mais conscients des fragilités de leur nouveau métier.
Olivier Bremond et Delphine Maurizot
© Crédit photo : PN
Ils se sont rencontrés au lycée en 2003, à Carpentras. Olivier Brémond, né à Malaucène, et Delphine Maurizot, née dans la ferme familiale à Mazan, ont poursuivi leurs études respectives - un BTS puis une licence pro 'Banque' pour Olivier, une école d'architecte pour Delphine - à Grenoble, où Olivier a commencé à travailler dès 2007 pour La Banque Postale, en tant que conseiller client.
En 2009, Delphine obtient son diplôme d'architecte. Mais, une année après la crise des subprimes, le bâtiment va mal. Elle ne parvient à trouver un emploi d'architecte qu'à Apt : Olivier demande sa mutation à Aix-en-Provence, et ils achètent une maison à Pertuis. Pendant huit ans, le couple mène ainsi sa vie, un premier enfant voit le jour.
"Et puis", raconte Olivier, "en 2017, Guy, le papa de Delphine, m'a proposé de prendre sa suite, après son départ à la retraite. Le secteur bancaire commençait sa révolution : les gens venaient de moins en moins en agence, le métier se dirigeait de plus en plus vers un emploi où les relations avec le public ne se passent plus que par mail et téléphone, et ce n'est pas ce dont j'avais envie. De plus, la fusion des bureaux, et la saturation des postes d'encadrement qui va avec limitaient les possibilités d'évolution de carrière".
Alors, le 31 décembre 2017, Olivier quitte la banque, et dès janvier 2018, commence un BPREA au Campus Louis Giraud de Carpentras-Serre. "On a la chance en France d'avoir un système qui favorise ce genre de transition professionnelle : mon salaire m'a été versé tout le long de mon BPREA, la formation était financée à 100 %, c'est un gros avantage." Dix mois plus tard, il en sort diplômé et commence avec son beau-père le parcours de transmission de l'exploitation. "En mars 2019, j'étais officiellement devenu exploitant agricole" explique-t-il avec une vraie fierté dans la voix.
La ferme, exploitée par Guy depuis les années 80, était essentiellement orientée vers le raisin de cuve, avec un peu de Muscat AOP Ventoux. Olivier décide de faire évoluer la production en équilibrant les deux : il arrache des vieilles vignes et les remplace par du muscat essentiellement. "Je suis quasi exclusivement en muscat AOP, j'ai seulement 30 ares d'alphonse lavallée pour diversifier un peu et produire sur une plus longue période. Je reste attentif à d'autres variétés : pourquoi ne pas planter un jour du centennial ? On verra. Il faut vérifier si ce n'est pas une mode". Il apporte ses raisins pour expédition chez Meffre, à Pernes-les-Fontaines.
Côté cuve, au "tiercé gagnant" grenache carignan syrah, Olivier a adjoint l'année dernière 70 ares de grenache blanc, et a planté une parcelle de clairette. Il apporte ses raisins à la Cave Saint Marc Canteperdrix, dont il est même devenu membre du bureau du conseil d'administration. "La cave a besoin de raisin blanc, pour faire face à la demande grandissante de vins de cette couleur. Quand on est coopérateur, il faut jouer le jeu du collectif !"
De son côté, en 2018, Delphine avait, elle, décidé de se rapprocher de son mari. Le couple revend la maison de Pertuis pour en acheter une dans le centre de Mazan, où la jeune femme, après la naissance de leur deuxième enfant, crée son propre cabinet d'architecture en 2020. Mais peu à peu, l'envie lui vient également de rejoindre son mari sur l'exploitation : le 1er janvier 2024, le Gaec 'Les terres du Ventoux' voit le jour ; Delphine clôt ses derniers dossiers client et met fin à son activité libérale le 31 décembre de la même année, pour rejoindre Olivier dans les vignes. "Je fais des vendanges depuis que je suis jeune, c'était mes premiers jobs d'été ! Maintenant, je suis en train de me mettre à la taille, ça tombe bien, on est à la saison idéale pour ça."
Aujourd'hui, l'enthousiasme est là, et les deux presque quarantenaire n'ont pas peur du travail. Cependant, ils sont parfaitement conscients des fragilités inhérentes à leur nouveau métier. "En 2021, on a dû brûler des ballots de paille pour éviter le gel des vignes" raconte Delphine. "Et en 2023, pendant les trois premiers jours des récoltes il faisait 42°C. Ce n'était plus du muscat qu'on avait sur les grappes, mais du raisin sec... On a dû mettre plus de la moitié de la récolte par terre", complète Olivier.
Le couple analyse alors la situation, avec l'expérience de banquier d'Olivier : "Les systèmes de protection représentent des coûts d'investissements conséquents. Il faut évaluer soigneusement leur rentabilité, car on est sur une petite exploitation". Quant aux assurances récoltes : "Les montants de remboursement s'appuient sur des historiques de rendement. Et quand ça fait plusieurs années de suite qu'il y a des problèmes de gel ou de canicules successifs, les bases de remboursement deviennent des pâquerettes... L'année dernière, j'ai perdu 30 % de récolte, je n'ai été remboursé de rien. Il faudrait qu'il y ait des expertises sur les potentiels de production de chaque parcelle pour calculer les pertes réelles", plaide l'agriculteur.
En bon gestionnaires, ils réfléchissent à une diversification : les asperges par exemple. Mais beaucoup de producteurs sur Mazan s'y mettent, Olivier craint donc un engorgement. Les deux cogérants du Gaec étudient, calculent, tout en continuant à mener leurs rangs de raisins de tables et de cuve. Car il faut vivre dans le présent, tout en anticipant l'avenir !
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06/06/2023
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