Courthézon
À 41 ans, le céréalier Cédric Roux est épanoui dans ce qu'il fait. Seul à la terre, mais bien accompagné au quotidien, il cultive avec enthousiasme et bons conseils : blé, foin, pois chiches... et vigne. Ce passionné d'agriculture aime plus que tout échanger et transmettre.
Portrait Cédric Roux, céréalier à l'Utopie des saints Laurent, à Courthézon.
© Crédit photo : CL
C'est l'histoire d'un adolescent, qui préférait regarder le tracteur tondeuse dans la cour de l'école, plutôt que d'écouter ses profs. C'est ainsi que tout a commencé pour Cédric Roux.
À 14 ans, alors que Cédric suit un parcours scolaire classique, le collège conseille à sa maman de le mettre en filière agricole. "Ma prof d'anglais a vu que je m'ennuyais. Je passais ma vie à regarder par la fenêtre. À cette époque, je ne savais pas ce que je voulais faire, mais elle l'a su pour moi", reconnaît l'agriculteur. Bien que son père soit à la tête de l'exploitation familiale, l'adolescent n'avait pas en tête d'en faire son métier. "Mes parents ont divorcé quand j'avais 6 ans et je suis parti vivre avec ma mère, donc je n'ai pas grandi dans ce milieu agricole. Je voyais assez peu mon père qui n'avait pas le temps de s'occuper de nous", se souvient-il. Et sa maman refusait qu'il parte dans cette branche. Pourtant, résignée par ses mauvais résultats et la proposition de ses professeurs de l'inscrire dans un lycée agricole, elle accepta d'envoyer Cédric poursuivre ses études au lycée professionnel agricole La Ricarde. Dès cet instant, l'élève est passé de 3 à 18 de moyenne.
Pendant ses études en agro-équipement, le jeune homme a la possibilité de partir faire un stage de six mois à l'étranger. "C'était payé par l'école et en rentrant, on avait le droit à 10 000 € de l'État pour s'installer." Quitte à partir quelque part, Cédric a voulu en profiter. "J'ai choisi Perth, en Australie." Durant 6 mois, il travaille dans une ferme de 2 000 hectares de grandes cultures. Les six mois suivants, il visite le pays.
Si au départ, l'étudiant avait prévu de rester là-bas, il a dû se résigner à rentrer. "Je n'ai pas aimé ce que j'ai vu. Il y a de l'exploitation, du racisme, ce n'est pas du tout ce que j'aime." Alors de retour en France, il a l'occasion de reprendre l'exploitation familiale. Mais Cédric refuse de travailler avec son papa. "Je voulais pouvoir faire ce que je voulais, ne pas être bridé." Finalement, l'occasion se présente peu de temps après, alors que son père est contraint d'arrêter son activité.
Ou presque. Lorsque Cédric reprend l'exploitation, en 2008, elle était quasiment à l'arrêt. "Mon père était dépressif, il ne faisait presque plus rien. La dernière année avant qu'il arrête, il a ramassé 1 tonne/hectare, il avait planté trop tôt", se souvient le céréalier. Le matériel était aussi assez vieux. Alors petit à petit, Cédric a reconstruit, à sa façon, l'exploitation familiale.
Il a pu être épaulé par son cousin, qui tenait une ferme juste à côté. "Il habitait juste à côté et prenait sa retraite. Donc il venait m'aider et j'ai appris avec lui sur le tas." Au début, il choisit de s'installer en bio. Pour pouvoir tourner, il doit se diversifier, "pour ne pas épuiser le sol." Alors il se lance dans le pois chiche, "j'étais le premier à en faire dans le coin", les lentilles, l'orge, le blé tendre, du sorgho... et un peu de vigne, afin d'utiliser les sols pauvres, inutilisables en céréales.
Depuis quatre ans, Cédric a abandonné le bio, pour se mettre au non-labour. Il s'est formé en agronomie et vient de passer en semis simplifié. "À terme, j'aimerais passer en semis direct."
Le céréalier travaille avec des coopératives ou des négociants. Seule condition pour lui, que ça reste local. "Je vends au plus offrant", assume-t-il. Cette année, son blé est parti à la CAPL. Pour le blé tendre, ça se passe avec Lou Pan d'Ici. Si la quantité et la qualité sont excellentes cette saison, le cours du blé est assez bas. "Il suit celui du pétrole et on subit aussi une forte concurrence avec nos principaux acheteurs, l'Italie et l'Espagne qui ont aussi eu de belles récoltes et n'ont pas besoin de nous acheter beaucoup de matière."
Pour le pois chiche, il a fait affaire avec Magnan, une filiale de Duransia. Le foin et la paille sont en vente directe et restent généralement dans le département, pour les animations d'été et les centres équestres, haras... Ses raisins sont apportés à la cave coopérative Le Cellier des Princes.
Cédric travaille seul sur son exploitation. Depuis quelques années, il prend des stagiaires pour l'aider, mais surtout pour leur transmettre ce qu'il a appris. "Transmettre c'est le but du jeu. Ça permet d'éviter de belles erreurs. Apprendre des autres c'est génial", justifie-t-il. Son métier, c'est sa passion. Il aime chacune de ses facettes : "La polyvalence, les plannings qui changent tous les deux jours, la liberté, l'extérieur, tous les imprévus, c'est extrêmement stimulant." Et surtout, ce qui lui plaît, ce sont les rencontres. Car même s'il est seul à la terre, le céréalier est très bien entouré. Il adore débattre sur l'agriculture, l'agronomie, les variétés... Il fait partie de groupes WhatApps, avec d'autres céréaliers, ils échangent, s'entraident. "Il y a aussi plein d'organismes très compétents qui sont là pour nous accompagner", constate-t-il. La Chambre d'agriculture pour la viticulture, Arvalis pour ses cultures...Et d'ici cet hiver, il devrait donner trois mois de cours à La Ricarde. Une nouvelle expérience qu'il se donne comme challenge. Car Cédric aime parler de son métier et de son quotidien. Il partage même tout ça sur les réseaux sociaux. Son rêve ultime serait d'avoir un van, "de le décorer aux couleurs du monde agricole et partir rencontrer les autres paysans." Pour cela, il attend la retraite, "à 60 ans". Et s'il ne souhaite pas avoir d'enfant, il a tout de même pour objectif de transmettre son exploitation à quelqu'un, qu'il commencera à chercher "d'ici 10 ans."
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