SOUVERAINETÉ ALIMENTAIRE
Poser les constats, mesurer les fragilités et tracer une feuille de route régionale ambitieuse. Tels étaient les objectifs d'un premier tour de table autour des 'Assises de la souveraineté alimentaire'.
Le 17 février dernier à Aix, Georgia Lambertin, présidente de la Chambre régionale d'agriculture, a lancé les 'Assises de la souveraineté alimentaire' en région.
© Crédit photo : ED
Ce lundi à Paris, à l'ouverture du Salon international de l'agriculture, Annie Genevard, ministre de l'Agriculture, lançait officiellement les 'Assises de la souveraineté alimentaire' prévues par la Loi d'orientation agricole du 25 mars 2025. Mais en région Sud, on n'a pas attendu le top départ parisien : le 17 février, à Aix-en-Provence, la Chambre régionale d'agriculture Paca réunissait déjà l'ensemble des parties prenantes pour un premier débat de fond.
"Il y a urgence à écrire une feuille de route pour notre agriculture régionale !", lance la présidente de la Chambre régionale d'agriculture en ouverture de ce rendez-vous présenté comme un "point de départ". Une agriculture forte est "essentielle pour assurer l'indépendance alimentaire du pays, sécuriser l'avenir des filières et garantir le renouvellement des générations", poursuit Georgia Lambertin avant d'inscrire cette initiative dans la continuité des échanges engagés avec la ministre lors de sa visite en région, en juillet dernier.
Le diagnostic posé est précis : la région Paca représente 5% des exploitations françaises, avec 18 056 fermes et près de 38 000 équivalents temps plein. Les surfaces agricoles couvrent plus d'un quart du territoire régional, mais les exploitations restent de petite taille.
La région est puissante sur certaines productions, pesant environ 25% de la production nationale de nombreux légumes et plus de 30% pour certains fruits, comme les poires, cerises ou pêches. En revanche, elle est très faible sur des filières stratégiques en matière de souveraineté : céréales, protéagineux, oléagineux, viande bovine, lait ou œufs représentent moins de 2% de la production nationale.
"La souveraineté alimentaire, c'est avant tout la capacité à produire dans des conditions économiquement viables pour les producteurs et les transformateurs, et accessibles pour les consommateurs", pose Bénédicte Martin, vice-présidente de la Région Sud en charge de l'Agriculture. Renforcer l'amont et l'aval, réduire la dépendance aux importations et redonner de la valeur aux exploitations. Le triptyque est ambitieux, mais la réalité des marchés s'impose dans les débats.
Christophe Bernigaud, directeur du pôle 'Légumes' d'Arterris, appelle à la concentration de l'offre face à une grande distribution ultra-structurée : "Il n'y a plus que cinq grands clients en France dans le retail. Plus la production s'atomise, plus elle perd le rapport de force." Même alerte d'André Bernard, président de la Sonito, qui rappelle que "les fédérations de la grande distribution fusionnent pendant que nous discutons". Pour Stéphane Gori, président de l'Actium Grand Marché de Provence, produire ne suffit pas : "Il faut prendre en compte la réalité concurrentielle et l'évolution de la consommation. Le positionnement marketing de nos produits est déterminant."
Car les comportements alimentaires évoluent. L'alimentation est de plus en plus "déléguée", les produits bruts moins consommés à domicile, et les messages adressés aux consommateurs parfois illisibles. Sabine Alary, présidente du comité Interfel Paca, plaide pour davantage de visibilité sur les prix. "Nous nous battons pour le double affichage au kilo et à la pièce. Une pomme à deux euros le kilo, c'est 30 centimes pièce. La perception change", expliquait-elle.
Pour beaucoup d'intervenants, la compétitivité se jouera aussi sur le terrain réglementaire. Davy Clément, producteur de tomates à Raphèle-les-Arles (13), pointe une concurrence jugée déloyale : "Tous les pays réglementent leurs marchés et leurs entrées, sauf la France. La souveraineté ne peut pas reposer uniquement sur la bonne volonté des producteurs."
D'autant que les enjeux climatiques traversent également les discussions. Les réponses passent par la recherche variétale, l'adaptation des systèmes agronomiques, la gestion de l'eau, le stockage carbone ou encore les outils assurantiels.
Dans la transformation, le diagnostic est nuancé. D'un côté, un déficit d'outils de première transformation en fruits et légumes (découpe, surgélation) et des capacités d'abattage hétérogènes. De l'autre, un tissu dynamique de TPE-PME et des investissements soutenus par la Région. Quatre plateformes de producteurs et cinq Min structurent déjà les flux, mais la massification de l'offre reste un enjeu majeur.
Malgré les menaces, Jean-François Gonidec, président du pôle de compétitivité Innov'Alliance, invite à ne pas céder au pessimisme : "Nous avons des marques incroyables et des opportunités sur les coproduits et sous-produits. Travaillons nos forces."
La stratégie régionale agricole 2022-2027, déployée par la Région Sud, fournit déjà un cadre. Des exemples concrets ont été cités comme le plan lait, la filière amande et pistache, le soutien à l'orge brassicole, le développement de la malterie de Provence ou de brasseries locales.
Cette première rencontre n'avait pas vocation à trancher, mais à poser une méthode. "Il faudra travailler par filière, mais aussi de manière transversale", insiste Georgia Lambertin. Toutes les parties prenantes - production, transformation, distribution, élus, consommateurs - seront associées. Dès la fin mars, un comité de pilotage mettra en place des ateliers thématiques, jusqu'en mai. Les contributions régionales devront être finalisées avant juin, pour nourrir la stratégie nationale. Le calendrier est serré, l'ambition assumée.
Rendez-vous est déjà pris pour le salon Med'Agri, en octobre prochain, où les premiers résultats de ce travail collectif devraient être présentés. En région Sud, la souveraineté alimentaire n'est plus un slogan, mais une feuille de route en construction.
Christophe Bernigaud, directeur du pôle 'Légumes' d'Arterris.
© Crédit photo : ED
ICI
Votre encart
publicitaire !
SONITO

Publiez facilement vos annonces légales dans toute la France.
Grâce à notre réseau de journaux partenaires.
Attestation immédiate, service 24h/24, 7 jours/7

06/06/2023
Chaque semaine, retrouvez toute l'actualité de votre département, des infos techniques et pratiques pour vous accompagner au quotidien...
Découvrez toutes nos formules
Inscrivez-vous GRATUITEMENT à nos newsletters pour ne rien rater de notre actualité !
S'abonner