PACA, Occitanie 02/04/2025
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RAY-GRASS

La piste d'un désherbage mixte est travaillée

Moins d'herbicides, des suspicions d'apparition de résistance sur ceux qui restent, un changement climatique qui perturbe le cycle de l'adventice et les possibilités d'intervention... Il n'en fallait pas plus pour faire monter la pression chez les céréaliers en quête de solutions pour lutter contre le ray-grass.

En région, le programme herbicides recommandé par Arvalis Méditerranée pour lutter contre le développement de ray-grass sur blé dur est inchangé.

© Crédit photo : ED

Sur le ray-grass, le contexte est partagé par tous et unanime : la gestion de l'adventice en grandes cultures en général, et sur blé dur en particulier, est complexe en raison de levées échelonnées dans les cultures d'hiver et d'été, ainsi que dans les couverts, qui ne facilitent pas sa gestion au long cours.

Autre problème et non des moindres : l'apparition ces dernières années de résistances - mais pas encore dans le Sud-Est d'après la cartographie suivie par Inrae -, accentuées par la disparition de matières actives qui concentre les utilisateurs sur de rares spécialités commerciales agissant souvent aux mêmes endroits sur le blé. "C'est notamment le cas sur sulfonylurées (groupe HRAC 2) à action anti-graminées. On sait que la résistance existe dans la moitié nord de la France pour l'instant. Mais en sortie d'hiver, on a du mal à positionner les interventions, souvent par manque de connaissance de l'état de la parcelle", pointe Pauline David, ingénieure régionale d'Arvalis Méditerranée. Actuellement, la stratégie d'une double intervention à l'automne (post-semis/post-levée, puis au stade 1 à 2 feuilles) reste efficace, mais peut être difficile à mettre en pratique selon les années.

Or, l'impact sur le rendement apparaît à partir d'une densité de ray-grass établie à 30 plantes/m². À cette densité, c'est une perte sèche de 10 quintaux par hectare (40 % à 100 pl./m²).

Être vigilant dès l'implantation

Lutter contre l'expansion de ray-grass dans la parcelle passe donc par la mise en place d'une stratégie de lutte qui débute dès l'implantation et combine des bonnes pratiques de production, des leviers chimiques et mécaniques.

Première étape : en fin de campagne, pensez à faire un état des lieux de la flore présente, voire des densités, car cela donnera une bonne photographie de l'année suivante si rien n'est fait.

En parallèle, pensez à bien nettoyer la moissonneuse-batteuse entre les parcelles et à la fin des chantiers, afin d'éviter la dissémination des graines d'adventices sur de nouvelles parcelles.

Enfin, avant semis, le travail du sol est à adapter en fonction de la flore présente dans la parcelle. "Par exemple, on sait que le ray-grass germe à une profondeur assez superficielle, comprise entre 0 et 5 cm. En travaillant le sol à 20 cm, on va abaisser le stock semenciers, d'autant que chaque année, 75 % des graines de ray-grass disparaissent. Si on travaille bien, dans les cinq ans on peut donc avoir totalement détruit le stock semencier. Cela veut notamment dire qu'il ne faut pas labourer chaque année, mais plutôt tous les deux à trois ans", conseille la spécialiste.

Attention aux résistances

Au-delà de ce point de vigilance sur le prosulfocarbe, les céréaliers doivent rester attentifs car "cela résiste aussi au glyphosate", rappelle Pauline David. Dans le Sud-Est, des cas fréquents (supérieur à 20 cas) remontent d'ailleurs du Gard - "notamment sur vigne pour les systèmes sans travail du sol ou pour des systèmes en agriculture de conservation" -, mais aussi du Tarn (premier cas) et de Haute-Garonne (2 à 4 cas signalés).

"La lutte chimique reste malgré tout un levier central", complète Mathieu Marguerie, ingénieur Arvalis. D'autant que lorsqu'elle est bien appliquée, elle présente un très bon niveau d'efficacité. En région, le programme herbicide recommandé associe Defi (prosulfocarbe) et Compil (diflufenican), puis Shvat (chlortoluron - recommandé sur des ray-grass supérieurs à 1,5 feuille). Il présente en moyenne 91 % d'efficacité et permet de relever de 14 points l'efficacité par rapport à un programme Defi 3 l + Compil 0,15 l en prélevée. "Il est surtout très bon dans les parcelles où le problème ray-grass se tend et où la combinaison des trois profils de produits est nécessaire," conseille Mathieu Marguerie (voir colonne centrale).

Combiner chimie et travail du sol

Mais face à la demande sociétale, au retrait du flufenacet à venir d'ici 18 à 24 mois (profil CMR), et alors que l'avenir du chlortoluron (en cours d'évaluation) et celui du prosulfocarbe sont incertains (restriction d'usage avec des buses anti-dérive), Arvalis a mis en place des essais combinant des solutions mixtes chimiques et mécaniques, "d'autant que nous avons encore peu d'essais sur le sujet en blé dur. En particulier avec le changement climatique qui vient aussi modifier les cycles de croissance de l'adventice", reprend Pauline David.

En 2022, Arvalis a donc mis en place un essai avec deux dates de semis (26 octobre et 19 novembre) sur une parcelle à forte pression ray-grass comparant une modalité chimie, une autre chimie + travail du sol (herse étrille) à un témoin.

"La lutte chimique reste malgré tout un levier central" 

Sur un blé semé tôt, la meilleure efficacité est obtenue avec la modalité chimie à 3 applications (Defi, Compil et Chlorto) avec une densité d'environ 10-15 pl./m², la herse étrille seule ressortant aux alentours de la densité du témoin (environ 400 ray-grass/m²).

"Sans désherbage, le décalage de la date de semis est efficace : on gagne en potentiel, mais on prend néanmoins le risque d'être bloqué ou de semer vraiment trop tard. La herse étrille en semis tardif permet de réduire par deux la pression de ray-grass et offre les meilleures conditions de passage de la herse avec moins de ray-grass dans la parcelle. La moins bonne efficacité est obtenue avec l'association herse étrille et Defi + Compil, car l'application se fait sur blé froid, ce qui pénalise son efficacité, alors que le passage de la herse vient au contraire fragiliser le blé, moins avancé et donc moins costaud pour supporter l'intervention." À noter que le nombre médian de jours disponibles pour un semis du 20 octobre pour un désherbage mécanique augmente dans la saison à partir de début février : 22 jours disponibles au stade plein tallage-épi 1 cm (et 14 au stade épi 1 cm - 2 nœuds), d'après les relevés effectués par Arvalis entre 2001 et 2023 à Nîmes.

Lancement du projet 'Gramicible'

Par ailleurs, la herse doit se raisonner à condition de ne pas avoir trois à quatre jours de pluies en suivant, pour ne pas stimuler le repiquage de ray-grass. "En conclusion, la herse étrille présente sous nos latitudes une efficacité aléatoire sur ray-grass." La bineuse a de son côté un intérêt et des essais ont été réalisés à Aix-Valabre : elle peut passer sur du ray-grass présentant un stade plus avancé.

Mais les deux outils ont deux inconvénients : le coût du matériel sur céréales ; et le coût supérieur au regard d'une intervention chimique. "Donc si le désherbage de prélevée est efficace, en post-levée, on peut faire un coup de herse, mais on aura peu de créneaux d'intervention. Si la prélevée n'est pas efficace, la herse peut s'envisager, à condition de pouvoir le faire vu les créneaux. Préférez plutôt un binage, sous réserve du coût d'intervention. Pour les exploitations en bio ou en conventionnel mais équipées, il peut être intéressant de combiner chimique et mécanique, surtout quand le chimique n'est pas possible en raison de la météo et de conditions froides."

Plus que la herse étrille- qui nécessite des conditions optimales et semble plus adaptée à des passages fin octobre/début novembre (versus décembre/janvier sur des semis d'octobre avec des ray-grass souvent déjà trop développés)- la bineuse semble donc plus intéressante. Des essais sont menés cette année dans le Sud-Est par Arvalis, à différents stades, dans le cadre du projet'Gramicible'. 

Céline Zambujo •

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