Syndicalisme
Alors que les agriculteurs fléchissent déjà sous le poids des nombreuses difficultés accumulées de crise en crise, les négociations commerciales ne se présentent pas sous un bon jour. Une étincelle qui suffit à mettre le feu aux poudres et déclenchait, mardi 16 janvier, une mobilisation interdépartementale dans la région Sud à Avignon, en résonance à celle d'Occitanie, à Toulouse le même jour.
Une bonne quarantaine de tracteurs s'est jointe au convoi de la manifestation interdépartementale, mardi dernier à Avignon.
© Crédit photo : ML
La mobilisation a commencé très tôt pour ceux qui venaient de loin. Ce mardi 16 janvier, les Jeunes agriculteurs de Paca, accompagnés des FDSEA, débarquaient des quatre coins de la région Sud pour une des plus grosses mobilisations interdépartementales qu'Avignon ait accueillie ces dernières années.
Avec un convoi d'environ 80 véhicules, dont une belle moitié de tracteurs, ils étaient plusieurs centaines d'agriculteurs à répondre à l'appel à mobilisation lancé par les JA de Vaucluse. Même la Drôme était représentée. "C'était important de venir soutenir nos collègues vauclusiens. Et puis nous avons les mêmes revendications ! Nous avons demandé la même chose à Valence le 21 novembre, et depuis, rien n'a bougé. Le nombre de participants aujourd'hui montre que même si on est de moins en moins nombreux dans les champs, on peut encore se mobiliser", commente Mathieu Peysson, vice-président des JA de la Drôme.
C'était également le cas des Gardois, dont certains ont passé le Rhône plutôt que de monter jusqu'à Toulouse où se tenait la mobilisation Occitane. Là-bas, la préfecture estime que les manifestants étaient autour du millier, avec quelque 300 à 400 tracteurs.
Bien inspirés par les Allemands, bien que les raisons de la mobilisation soient quelque peu différentes, les agriculteurs français sont bien décidés à se faire entendre. Depuis plusieurs semaines, une colère gronde. Alors, les agriculteurs et leur grosse quarantaine de tracteurs ont pris la direction de la préfecture vauclusienne, où était ensuite reçue une délégation de six représentants syndicaux : Florian Duc et Guillaume Greter pour les JA 84 ; Clément Lajoux pour les JA des Bouches-du-Rhône ; Sophie Vache et Sylvain Bernard pour la FDSEA 84 ; et Laurent Depieds président de la FRSEA.
Sur le trajet, des automobilistes tantôt impatients, tantôt porteurs de soutien, des passants curieux, des pouces levés... Comme toujours la perception de la manifestation sera mitigée, mais au moins, les agriculteurs ont été remarqués.
"Dans un contexte de crise générale, d'une accumulation et d'une incohérence de normes imposées, d'un manque d'ambition de la part de notre gouvernement et de vision claire pour l'avenir, il serait irresponsable d'inciter des jeunes à s'installer et à reprendre des exploitations", tonne Audrey Piazza, présidente du syndicat des Jeunes agriculteurs de Vaucluse, juchée sur une remorque au milieu du boulevard Limbert, face à la préfecture. Le discours tranche avec la position encourageante habituelle, mais les désespérés sont trop nombreux ce matin pour rester dans un espoir politiquement correct.
Sous l'asphyxie réglementaire et le manque de leviers financiers, comment produire ? Aucune filière ne sort indemne des crises multiples et, pourtant, "nous devons vivre de nos productions", insiste la présidente. Depuis déjà plusieurs mois, les agriculteurs se sont donné rendez-vous dans la rue à de multiples reprises. Les viticulteurs avaient notamment souhaité marquer le coup le 25 novembre à Narbonne, juste avant le Sitevi. "Nous dénonçons des mesures qui tardent à venir et des promesses qui ne sont pas au rendez-vous (...). Ce n'est pas faute d'avoir alerté les pouvoirs publics à travers de nombreuses réunions et rencontres, notamment avec le ministre de l'Agriculture", poursuit l'agricultrice.
Elle rappelle les revendications exposées à la préfète de Vaucluse : exonération de la Taxe foncière sur les propriétés non bâties (TFNB), déblocage de la plateforme de recrutements des saisonniers, année blanche pour les prêts bancaires... Et interpelle sur les négociations commerciales en cours : "Les acheteurs sont décidés à revenir à un rapport de force, en demandant une baisse de prix de 15 % alors même que les produits en magasin ne cessent d'augmenter ; ils menacent même d'aller se fournir à l'étranger. Nous ne nous laisserons pas faire cette fois-ci !".
Les attentes sont grandes, tous le savent : "Ce n'est plus une seule mesure qu'il faut prendre en compte, mais bien toutes", soutient Georgia Lambertin, présidente de la Chambre d'agriculture et vice-présidente de la FDSEA 84. Et d'ajouter : "Il est temps de donner un signal fort. Nos élus nous soutiennent et font remonter les infos. Mais il faut que ça aille jusqu'à l'Élysée, et pas qu'à Bercy".
De retour de la délégation, Florien Duc, secrétaire général des JA 84, annonce une exonération partielle de TFNB "pratiquement actée" et à finaliser en fin de semaine. Du reste, les revendications remontent au ministère. "On se fait balader, à chaque fois c'est pareil", crie un agriculteur dans l'assistance, alors que d'autres secouent la tête. Sophie Vache, présidente de la FDSEA, estime quant à elle qu'il va dorénavant falloir voir ce qui peut être fait au niveau local.
Laurent Depieds, président de la FRSEA Paca, réclame de son côté le passage aux mesures structurelles : "Personne n'a envie de vivre des aides. Mais pour aller vers la souveraineté alimentaire, il faut qu'on ait la capacité de produire et de vendre. Il nous faut des prix garantis, mais surtout, il faut passer de la parole aux actes maintenant".
Alors qu'Emmanuel Macron évoquait le soir même le "réarmement" de la France, notamment en agriculture, sans pour autant développer sa stratégie, outre l'idée de "mettre fin aux normes inutiles". Pas de questions des plus de 200 journalistes présents non plus. Qui a vraiment entendu la colère des agriculteurs ?
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