Corbières
C'est le pire incendie en France depuis au moins 2016. En moins de 48 heures, plus de 17 000 hectares sont partis en fumée dans les Corbières (Aude), laissant derrière eux un territoire blessé, une profession sinistrée, et des attentes immenses.
De retour de Saint-Laurent-de-la-Cabrerisse, les dégâts montrent à peine l'ampleur du désastre, qui s'étale sur plus de 16 000 hectares.
© Crédit photo : SVA
Le feu, déclaré le mardi 5 août à Ribaute (Aude), a touché 15 communes sur 17 000 hectares. Selon la préfecture – dans un communiqué de presse présentant un point à 12 heures le jeudi 7 août –, il a causé la mort d'une personne, blessé 13 autres, dont 2 sont en urgence absolue, et a détruit au moins 36 habitations. Plus de 2 000 pompiers et 600 largages aériens ont encore été mobilisés ce jeudi. Mais l'enfer continue de marquer les esprits et les sols. "C'est une catastrophe", souffle Damien Onorré, président du Syndicat des vignerons de l'Aude (SVA). "J'ai des collègues qui ont tout perdu, leurs vignes oui, mais aussi leur maison, hangar, matériel..."
Dans un point presse, peu avant 15 h, le préfet de l'Aude, Christian Pouget, annonçait que 800 à 900 ha de vignes se trouvaient dans le périmètre de feu, selon nos confrères du Monde : "Il faudra voir s'il y a d'autres conséquences sur les vignes qui n'étaient pas dans le périmètre du feu, mais dans le cône de diffusion de la fumée."
Au 'Cellier des demoiselles', cave coopérative de Saint-Laurent-de-la-Cabrerisse, 80 % du vignoble serait touché. Vendanges compromises, ceps brûlés... Et au-delà des pertes visibles, l'invisible inquiète : "Le système assurantiel ne couvre pas les dégâts de goût de fumée", alerte Damien Onorré. "Il y a des prélèvements qui peuvent être effectués dans les parcelles, mais la plupart du temps, on ne s'en rend vraiment compte qu'après la vinification et là, ce sont encore des frais engagés, potentiellement pour rien." La filière redoute un double coup dur : immédiat et différé.
Face à l'ampleur des dégâts, le SVA appelle à la solidarité au travers l'Association audoise des agriculteurs sinistrés. Un appel aux dons est en cours de préparation. Car le temps presse : "L'accès à l'eau et les aides compensatoires en zone sèche, c'est maintenant qu'il les faut, pas dans dix ans", prévient Franck Saillan, secrétaire général du syndicat, sur ses réseaux sociaux.
Le drame fait aussi ressurgir une colère plus ancienne. "On a mis la viticulture par terre alors qu'elle est essentielle, de même qu'on voit le rôle de l'élevage sur l'entretien des territoires grâce au pâturage, ou des chasseurs qui parviennent à maintenir des milieux ouverts... Il faut tout réviser." Tout réviser et aller au-delà des préceptes écologistes appliqués sans une once de réflexion territorialisée d'après le vigneron : "Il faut nous laisser faucher et désherber davantage autour de nos parcelles. Ça fonctionne peut-être dans certains départements, mais ici ce n'est pas possible." À ceux qui brandiront la biodiversité, il répond. "Mieux vaut désherber plus près du ruisseau ou ça ? Parce que là, de la biodiversité il n'y en a plus du tout."
Désolé et en colère, il a perçu l'écoute du Premier ministre, François Bayrou, et du ministre de l'Intérieur, Bruno Retailleau, lors de leur visite sur place mercredi 6 août. "Le préfet aussi nous a relayés. Ils se disent tous conscients de ce qu'il est en train de se passer, mais ça fait quand même dix ans qu'on leur explique." Une écoute plus en amont aurait-elle pu éviter un tel drame ? Avec des "si" on mettrait Paris en bouteille, dit l'expression. Toujours est-il que sur place les attentes sont énormes.
Une colère partagée : "Les dogmes ont toujours empêché le monde de tourner pour tous", écrit Pierre Jouffret, ancien président des Vignerons indépendants du Gard. "Une vraie politique agricole régalienne doit être mise en place avant que les catastrophes à répétition rendent l'avenir plus que difficile." Parmi les nombreux commentaires de soutien aux sinistrés, habitants, pompiers, Christophe Groppi, animateur territorial du Gard pour la Coopération agricole Occitanie, rappelle les avertissements des anciens : "Un jour, le feu partira d'ici et il ne s'arrêtera qu'à la mer." Une prédiction devenue réalité.
La ministre de l'Agriculture, Annie Genevard, est désormais attendue de pied ferme dans l'Aude d'ici la semaine prochaine.
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06/06/2023
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