BéDOIN
Petit-fils de maquignon, viticulteur, élu local, Gérard Damian a passé sa vie au pied du géant de Provence. Maintenant à la retraite, il se consacre aux petites et grandes histoires de sa montagne de cœur.
Gérard Damian
© Crédit photo : PN
C'est dans une coquette maison, avec jolie vue sur le village de Bédoin, que résident désormais Gérard Damian et son épouse, Claude, depuis qu'ils sont à la retraite. "Ma famille a toujours vécu à Bédoin, et ça remonte au XVe siècle !", explique l'ancien exploitant agricole. "Mon grand-père était un maquignon. Il vendait notamment des mulets qui, à cette époque, étaient les 'tracteurs' de nos exploitations agricoles, installées à flanc de montagne. Il y avait environ 200 mulets dans le village. Je partais avec lui dans les Alpes pour aller acheter les bêtes, qu'il fallait ramener pour la Saint-Siffrein, où elles étaient revendues aux agriculteurs."
Gérard Damian a vécu le grand virage cultural des années 70 et 80, avec le passage de la culture presque exclusive du raisin de table à la polyculture, et la montée en puissance du raisin de cuve. "Mon père cultivait du 'gros vert', comme beaucoup d'exploitants dans le piémont du Ventoux. Il allait le vendre tous les jours à Carpentras. Ce qui ne se vendait pas, on le ramenait pour le marché du matin, à 10 heures, à Bédoin. Et s'il en restait encore, on l'emmenait pour le marché de l'après- midi, à Villes-sur-Auzon."
Mais à partir de 1968, ce raisin - qui se trouvait sur toutes les tables - est concurrencé par de nouvelles variétés. "Mon père et ses frères voulaient continuer à travailler les bêtes. Mais moi, je ne me sentais pas de faire cela." Alors, de 1971 à 1977, Gérard Damian est chauffeur routier. "Il y avait énormément de travail à ce moment-là, notamment avec l'installation de la base des missiles au Plateau d'Albion. Mais quand vous êtes né à Bédoin, au pied du Ventoux, cette montagne prend toute la place dans votre vie. Alors au bout de six ans, je suis revenu ici, et j'ai repris l'exploitation de mes beaux-parents."
Au vu de la crise du 'gros vert', la Chambre d'agriculture propose des subventions aux exploitants agricoles afin qu'ils arrachent leurs plants de raisin de table, pour planter des cépages améliorateurs, comme la syrah ou le grenache. "Il a fallu sortir les bulldozers, car les plants de gros vert étaient bien installés dans le sol !"
Il devient donc coopérateur, à la fois à la cave des Vignerons du Mont Ventoux, à Bédoin, mais aussi à la cave de Beaumes-de-Venise, puisqu'il a des terres à Lafare. "Mes beaux-parents avaient 20 hectares, et j'ai repris ensuite les 20 hectares de mon père. Mais tout cela était reparti sur cinq communes : Lafare, La Roque Alric, Beaumes-de-Venise, Bédoin et Crillon-le-Brave !"
Dans les dentelles de Montmirail, ce sont les abricots qui dominent : "Là aussi, on a fait une reconversion vers la vigne. Il a fallu arracher tous les arbres. Je peux dire qu'on a eu de quoi se chauffer pendant quelques hivers !"
En 2011, Gérard Damian décide de passer le relais à son fils. Mais retraite ne veut pas dire inactivité. Car il a commencé, depuis plusieurs années, à collecter des documents sur l'histoire, ou plus précisément les histoires du Ventoux. En commençant par le fameux 'Hôtel de la forêt', construit sur le site de Perrache.
"J'ai découvert que mes arrière- grands-parents, Léonie et Clovis Reynard, qui avaient une belle ferme sur la route de Malaucène, ont mené une partie des travaux pour l'aménagement de cet hôtel : l'adduction d'eau, la construction du terrain de tennis, peut-être même la piscine, ce n'est pas sûr" explique-t-il. Construit en 1930, grâce à l'investissement des Bédouinais en grande partie, cet hôtel fera finalement faillite après la guerre. "Et c'est l'équipe municipale menée par Helen Adam, dont je faisais partie, qui a dû en décider la démolition en 1996", se souvient tristement Gérard Damian.
Heureusement, il ne s'est pas intéressé seulement à cet hôtel, mais bien à toute l'histoire du Ventoux. Et ce avec méthode et rigueur : ne s'arrêtant pas aux dires des uns et des autres, il cherche systématiquement à trouver des preuves, fouillant dans les archives municipales ou départementales, constituant des classeurs bien organisés, où se croisent photos, copies de documents et notes.
Il a notamment travaillé sur la fameuse 'ceinture des bergeries', située aux alentours de 1 200 mètres d'altitude. "Il y a 42 bergeries, j'en ai fait le recensement. J'ai constitué un dossier, que j'ai mis sur une clé USB. Je la prête à toutes les personnes qui s'y intéressent. Et puis de temps à autre, je fais des conférences pour parler de tout cela."
Sollicité par la chaîne franco-allemande Arte, Gérard Damian a ainsi participé à un documentaire diffusé l'année dernière sur le reboisement du Ventoux, autre sujet de passion pour lui.
"Le Ventoux a toujours appartenu en bonne partie aux Bédouinais, qui y ont élevé des moutons, fait du charbon de bois, ou de la poudre à canon, qui l'ont reboisé, et en ont exploité les arbres ensuite, puis les vignes", conclut-il. "Cette montagne et notre village sont intimement liés. Après avoir, comme tout le monde, vécu grâce à lui, je ne fais que continuer à lui rendre hommage !"
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