Toujours plus de dégâts, toujours plus tôt. Les populations de sangliers se sont fortement développées ces dernières années, après trois glandées favorables. Cette année, la pression est encore montée d’un cran, conséquence de la sécheresse qui fait que les sangliers et leurs petits recherchent toujours plus activement fraîcheur et points d’eau.
Des systèmes goutte-à-goutte abîmés quand ils ne sont pas détruits, des parcelles aux rangées labourées avec des trous atteignant parfois un mètre de diamètre, causant des risques de renversement de tracteurs et nécessitant des re-nivelages de parcelles, des kilos de raisins dérobés...Voici quelques témoignages d'agriculteurs :
- « Dans le pays d’Apt, sur les 14 communes de la cave de Sylla, les sangliers sont très nombreux cette année », note Joël Bouscarle, président de la cave, inquiet de cette situation échauffant sérieusement les esprits des agriculteurs, qui voient leur travail de l’année ravagé en quelques nuits. Des troupeaux comprenant parfois jusqu’à quarante individus sont désormais aperçus, avec des dégâts constatés dès le début du mois d’août, avant la véraison.
- Régis Bernard, arboriculteur à Beaumont-du-Ventoux : « Les dégâts sont récurrents, même si cette année on les voit encore plus, car ils viennent chercher fraîcheur et humidité et sont attirés par les systèmes d’arrosage. » Endommagements d’arbres, « notamment sur jeunes vergers avec des arbres parfois ouverts en quatre », prélèvement de récolte, et surtout temps passé à l’entretien des parcelles (sol, système d’irrigation) et des clôtures… la liste est longue. « Une année, j’ai chiffré à 7000 € le coût induit par les sangliers sur mon exploitation. » Et pourtant, reconnaît volontiers l’agriculteur, des choses sont faites : tirs fixes aux abords des cultures matin et soir, battues, tirs de louvetiers… « Mais ce n’est pas suffisant, même s’il est vrai que nous sommes « bien placés », au ras des contreforts du Ventoux. »
- Sébastien Mazoyer, producteur de semances à Uchaux : « J’ai 1,5 hectare de pois chiche complètement détruit. Et les parcelles de tournesol ont été visitées lors des semis, dès que le tournesol lève, et juste avant la récolte : les sangliers cassent le tournesol au pied pour manger les têtes quand elles viennent juste de commencer à tourner. La plaine est grande, il faudrait tout clôturer… c’est impossible. »
- Même constat pour André Seri à Villelaure dans le Luberon : « Impossible de clôturer toutes les petites parcelles ! Et avec l’interdiction de circuler dans les massifs liée à la sécheresse, impossible aussi de mettre en place des battues administratives dans les massifs forestiers ».
- Le président de la cave de Sylla, Joël Bouscarle a sollicité dès la mi-août les sociétés de chasse, puis la fédération des chasseurs, pour qu’elles augmentent la pression sur les communes concernées, demandant notamment « des battues ciblées vers les zones de dégâts dans chaque société et la facilitation de l’obtention des carnets d’affût, pour agir au plus près de ces dégâts. La fédération et les sociétés de chasse font ce qu’elles peuvent en soutenant notamment financièrement l’installation des clôtures. Mais aujourd’hui, les populations sont trop importantes, les chasseurs de moins en moins nombreux, et ceux qui restent ne veulent pas forcément chasser le sanglier, parfois par envie – la chasse reste un loisir – parfois pour préserver les populations. Mais aujourd’hui, il n’y a plus de tableaux de chasse significatifs ou du moins, pas assez de sangliers prélevés face à la population existante. Et on s’interroge également sur l’efficacité des clôtures électriques avec cette sécheresse : il semble que le courant passe moins bien. D’abord, ce sont les petits qui pénètrent en se faufilant sous les fils, puis les grands suivent ».
Une réunion est organisée ce vendredi 9 septembre entre agriculteurs et chasseurs afin d'évoquer toutes les pistes disponibles pour retrouver une situation plus supportable pour les agriculteurs.
Céline Zambujo