Europe
Jeudi 19 octobre, l'eurodéputé Renew Europe, Jérémy Decerle, se déplaçait à Sainte-Cécile- les-Vignes pour défendre le travail de son groupe au parlement européen. Son franc-parler et sa combativité ont convaincu les élus et agriculteurs présents.
La FDSEA de Vaucluse était présente avec sa présidente, Sophie Vache, et son secrétaire général, Sylvain Bernard.
© Crédit photo : ML
Ne pas se laisser abattre et continuer à avancer sur les sujets importants. C'est l'objectif qui habite Jérémy Decerle. Éleveur en Saône-et-Loire, l'ancien président des Jeunes agriculteurs entre 2016 et 2019 est depuis devenu eurodéputé, sur la liste de la majorité présidentielle, intégrant ainsi le groupe Renew au Parlement européen.
Invité par la section départementale du parti Renaissance à Sainte- Cécile-les-Vignes, le jeudi 19 octobre, il tient - sans se l'avouer - un meeting politique pour défendre son bilan. Les élections européennes approchent et auront lieu en juin 2024. Alors, il développe les nouvelles adaptations de la réforme de la Politique agricole commune (Pac), les réévaluations réglementaires sur le bien-être animal, le Green deal et la stratégie Farm to fork...
Accompagné du petit livret bleu qui reprend les points clefs de son mandat, il explique : "Pour remplir ce document, il a fallu aller au charbon pour la France et les Européens. Nous ne sommes pas allés à Bruxelles pour trier de l'avoine". Il pique ainsi La France insoumise, mais surtout le Rassemblement national - très présent en Vaucluse -, qu'il voit comme des eurodéputés contreproductifs dans les discussions.
"Il est important de rappeler que dès que les Européens n'ont plus eu faim, dans le sens général du terme, des évolutions de la Pac ont été nécessaires", rappelle Jérémy Decerle. Et si elle doit bien évoluer pour les accompagner dans le quotidien, elle doit aussi intégrer les problématiques environnementales, malgré un budget moindre. "Aujourd'hui, aucune production n'est épargnée, ce qui rend la Pac difficilement totalement efficace sur tous les points", reconnaît-il.
Pour rendre plus robuste la dimension environnementale, il estime nécessaire d'en finir avec le système punitif, qui consiste "à se baser sur des objectifs de moyens, obligeant les agriculteurs aux mêmes pratiques, qui ne donnent bien sûr par les mêmes résultats d'un territoire à un autre". Il estime sur ce point que l'écorégime est un outil incitatif pour les changements de pratiques.
Mais avant même ce point fondamental, il y a l'homme et la femme. "Nous avons défendu une Pac dans laquelle rentre l'actif agricole. Sans supprimer l'aide à l'hectare, du moins dans un premier temps, se diriger vers une aide pour les agriculteurs est une façon de redonner un sens humain à cette politique, pour la rendre plus acceptable par la société, souvent dans l'incompréhension", note l'eurodéputé, précisant que chaque état fixera sa propre définition de ce qu'est un actif.
Une chose est absolument certaine pour lui : "Nous avons une Pac plus intelligente qu'avant, car nos politiques sont plus efficaces. Même si la bataille est loin d'être gagnée pour l'agriculture, nous devons continuer de trouver tout ce qui est possible pour rebooster ce secteur économique essentiel".
À l'heure d'un contexte compliqué avec la guerre en Ukraine, il admet qu'il puisse être difficile de demander des efforts à ses agriculteurs, mais il en faudra. De la part des agriculteurs ukrainiens comme d'autres en Europe de l'Est. Le problème vient de la dichotomie entre ce que le consommateur attend, et ce qu'il achète. Trouver le bon équilibre dans la réglementation dépendra de ce que veulent les consommateurs. "Prenons l'exemple du poulet. Chez nous, on ferme des poulaillers et, finalement, on importe 50 % du poulet que l'on trouve sur les étals, car on a mis les standards si hauts que les gens ne peuvent plus se payer de la volaille française", s'emporte Jérémy Decerle qui le martèle : "C'est l'acte d'achat qui compte !".
"Si on veut arrêter les pesticides, il faut donner autre chose aux agriculteurs. Et pour arrêter le glyphosate totalement, il faut des moyens à ceux qui ne les ont pas", poursuit-il. Une façon pour lui de revenir sur l'abstention de la France quant à la réautorisation, pour dix ans, du glyphosate. Critiquée dans les deux camps, cette décision a pourtant bien été poussée par l'eurodéputé Renew.
"J'avoue difficilement comprendre cette décision. Vu ce qu'on vient de dire, est-ce qu'aller vers une nouvelle interdiction du glyphosate en France, ce n'est pas encore désarmer l'agriculture française ?", interroge Sylvain Bernard, secrétaire général de la FDSEA de Vaucluse. Pour l'eurodéputé, un retour en arrière reste difficilement envisageable. "Les agriculteurs ne peuvent pas être radicaux. Si 80 % s'en passent, le reste n'arrive pas à faire sans. Mais, de l'autre côté, il y a la société et les médias, qui en ont fait un produit à proscrire. On ne pourra pas revenir en arrière, sinon on va se griller et on n'arrivera plus à peser sur d'autres sujets", répond Jérémy Decerle. Cette abstention laissera l'opportunité de revoir la copie sans tout balayer d'un revers de main, d'après l'éleveur.
Mais, pour cela, il faut continuer à réclamer la réciprocité des réglementations européennes, ainsi que les clauses miroirs dans les accords. Pour le député européen, il est question d'une Europe qui, sur ce point, "a peut-être été un peu trop libérale". Si le Mercosur n'est pas signé, c'est bien parce que les clauses miroirs ne sont pas respectées, clame-t-il. "Alors oui, quand on passe dans les couloirs du parlement, il arrive qu'on nous regarde comme si on était des bloqueurs. Mais on ne peut pas signer le Mercosur d'une main et le Green deal de l'autre : ce serait se moquer des consommateurs et des agriculteurs".
Comme à son habitude, le président de la Chambre régionale d'agriculture Paca, André Bernard, a réclamé un appui pour les décisions et financement en matière d'hydraulique agricole : "On sait bien que les Feader qui financent ces projets sont des parts de Pac recyclées. Ce n'est pas avec ça qu'on va avancer". Il souhaite notamment aller vers la capacité à stocker l'eau des précipitations qui ne s'infiltrent pas dans le sol, plutôt que de la laisser filer dans les mers et océans. "On veut des Feader pour des tuyaux. Pas que pour faire des pistes cyclables et des passes à poissons."
Jérémy Decerle confirme, tout en demandant la prudence : il y a bien des obligations et des objectifs à tenir dans le Pacte vert. "Mais il ne faut pas que ça, en effet : il faut des moyens", note-t-il.
Mais entre le pacte et les coûts, les agriculteurs se sentent étranglés. "Sur les produits phytosanitaires plus généralement, il faut comprendre qu'à force d'alourdir le sac à dos des agriculteurs, il devient difficile à porter", souligne Sophie Vache, présidente de la FDSEA de Vaucluse. Entre la hausse de la RPD (Redevance pollution diffuse) et de la taxe sur l'eau, l'inquiétude monte : "Chez nous, les agriculteurs se retrouvent coincés et ne savent plus comment aborder leur métier". Elle ajoute par ailleurs sur la pile des sujets posés celui de l'installation, ou plutôt de la non-installation des jeunes dans le département.
En réponse et conclusion de ces deux heures d'échanges, Jérémy Decerle persiste et signe : ce n'est qu'ensemble que les avancées sont possibles, en travaillant intelligemment avec le ministre de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires. "La profession agricole doit continuer sa bataille pour montrer que des choses sont déjà bien faites, la terre est notre outil de travail", martèle-t-il. Un éleveur député européen tout de même un peu en campagne, même s'il assure que la priorité va d'abord à la continuité de son mandat.
© Crédit photo : JA 84
Après les échanges de la veille, l'eurodéputé Jérémy Decerle visitait le Domaine Rouge Bleu avec le propriétaire, Thomas Bertrand, à Sainte-Cécile-les-Vignes. La matinée s'est ensuite poursuivie par des échanges avec les représentants de la filière viticole à la coopérative Cécilia, sur invitation de Denis Guthmuller, président du Syndicat des Côtes du Rhône, en présence de la vice-présidente de la Région Sud, Bénédicte Martin, et d'Audrey Piazza, présidente des Jeunes agriculteurs de Vaucluse. Questions sur l'installation, l'étiquetage polémique irlandais ou encore le transfert des dossiers sur les indications géographiques à l'EUIPO demandé par le Commission ont été, entre autres, abordés. Globalement, le député européen a cherché à rassurer et à afficher sa solidarité avec le milieu viticole. Reste à voir si de telles visites pourront permettre aux institutions européennes de se rapprocher des problématiques du terrain.
ICI
Votre encart
publicitaire !
Inter-Med

Publiez facilement vos annonces légales dans toute la France.
Grâce à notre réseau de journaux partenaires.
Attestation immédiate, service 24h/24, 7 jours/7

06/06/2023
Chaque semaine, retrouvez toute l'actualité de votre département, des infos techniques et pratiques pour vous accompagner au quotidien...
Découvrez toutes nos formules
Inscrivez-vous GRATUITEMENT à nos newsletters pour ne rien rater de notre actualité !
S'abonner