Vaucluse 17/04/2025
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LUBERON

Camille Bagnis, de la ville à la vigne

À 30 ans, Camille Bagnis est à la tête, avec ses parents, du Château Constantin. Cette néo-vigneronne se dirigeait vers le commerce quand le projet familial de reprise d'un domaine s'est présenté. Elle y a tout de suite adhéré. Et aujourd'hui, pas question de revenir en arrière !

Portrait Camille Bagnis, vigneronne, Château Constantin à Lourmarin.

© Crédit photo : CL

L'histoire commence en 2015, lorsque les parents de Camille, propriétaires d'une pharmacie et parapharmacie à Marseille, décident de se reconvertir dans la vigne. Après deux ans de visites, ils jettent leur dévolu, en 2017, sur le Château Constantin, un domaine situé à une minute de Lourmarin, avec un terroir riche niché sur un sol d'ocres, de cailloux et d'argilo-calcaire.

Pour cette famille de "citadins de Marseille centre", avoue la jeune femme, l'exploitation était l'équilibre parfait entre bâti, terres et localisation. "On voulait aussi pouvoir garder une vie active", explique la jeune maman, qui habite avec sa famille à 30 min du domaine, à Aix-en-Provence.

Si jusque-là, Camille n'avait pas forcément eu en tête l'idée de devenir viticultrice, elle confie avoir toujours eu un attrait pour le monde du vin. Alors quand l'occasion s'est présentée, elle n'a pas hésité à ranger ses chaussures de ville pour enfiler les bottes agricoles. "Ça m'a tout de suite passionnée, car c'est un métier qui me correspond parfaitement", explique-t-elle, grand sourire aux lèvres. "Je déteste la routine, je suis très manuelle, j'aime apprendre, toucher à tout, et j'ai toujours apprécié la campagne et la nature sans avoir jamais eu peur de me salir les mains", complète-t-elle.

Une page blanche à écrire

Pour cette famille de néo-vignerons, il a fallu tout apprendre. Avant de reprendre le domaine, la maman de Camille se forme en viticulture et œnologie. De son côté, la jeune femme, alors étudiante en commerce, entame un master 'Management vins et spiritueux' à Bordeaux et poursuit avec un diplôme WSET (Wine and spirit education trust).

Lorsqu'ils arrivent au château en février 2017, tout est à écrire. L'ancien propriétaire, un Anglais, était négociant, avait sa propre marque et commercialisait une importante partie de la production à l'export. La famille souhaite repartir à zéro, et Camille se souvient : "Quand on est arrivé, on a dû recréer les profils des vins, les identités des bouteilles, les étiquettes, et surtout le fichier client." En parallèle, ses parents rencontrent les restaurateurs du coin, et font du vin d'assemblage avec ce qu'il reste dans les cuves, en attendant les vendanges. Ils relancent également le caveau pour de la vente directe, afin de développer une clientèle locale. Naissent ainsi un blanc, puis un rouge et un rosé. Huit ans plus tard, ils ont désormais 11 cuvées et des idées plein la tête pour continuer de développer la gamme.

Entre-temps, ils ont entrepris une restructuration du vignoble, vieillissant. "On a fait les travaux dès notre arrivée en 2017, en replantant sur des terres en jachères. Puis, petit à petit, pour arriver jusqu'à six hectares de replantés."

Le domaine était également en conventionnel quand Camille et ses parents sont arrivés. Ils sont rapidement passés en bio, puis la néo-vigneronne a souhaité passer en label 'Vin méthode nature' et l'a obtenu. Tout le domaine est également en appellation Luberon.

Un vin d'amphore

Camille a repris la tête de la cave en 2020, lorsque le maître de chais est parti. La jeune femme ne manque pas d'idées pour créer de nouvelles gammes. "On est passionné, on fait à l'instinct, avec le cœur", même si elle reconnaît que ses 11 cuvées deviennent une grosse charge de travail pour elle seule et la petite équipe qui l'appuie. D'où des éditions limitées ou spéciales, de sorte à ne pas enlever de référence.

La spécialité du domaine : les vins d'amphore. Les nouveaux propriétaires ont hérité, sur l'exploitation, de 12 amphores en terre cuite qu'ils ont remises en état. L'avantage de cette technique ? "La terre cuite est beaucoup plus poreuse que le bois, donc ça assouplit les tanins", détaille Camille. Ils produisent ainsi une cuvée blanche et une autre rosé, puis deux mono-cépages, avec du chardonnay et du cabernet. En production basique, la viticultrice propose des vins naturels sur les trois couleurs, ainsi que de l'AOP sans et avec élevage.

Camille a déjà en tête une nouvelle cuvée qu'elle aimerait mettre en place : du low alcool en rosé, pour suivre la tendance et proposer un produit d'appel.

Continuer d'évoluer

La jeune femme l'avoue : "On progresse malgré la crise." Même si elle aurait aimé que l'évolution soit plus rapide, elle relativise : "On a eu deux ans de Covid dès le début, et quand on voit l'état du monde viticole en ce moment, on peut être heureux de tout de même gagner des clients." Si, pour le moment, le réseau commercial n'est pas assez développé à son goût, Camille espère à terme pouvoir l'augmenter suffisamment, afin d'arrêter de faire du vrac. Ce dernier représente encore 50 % de la production. "On aimerait passer de 46 000 bouteilles à 100 000."

Et pour continuer de développer l'affaire, cette passionnée a de nombreuses idées. À commencer par l'œnotourisme. "On a déjà des gîtes, mais on va lancer des balades et pique-niques dans la vigne", lâche-t-elle. Un mardi sur deux durant la période estivale, des soirées vins et terroirs dans les vignes seront également proposées.

Pour le moment, les parents de Camille sont encore très présents pour l'épauler au quotidien, son papa dans les vignes et sa maman dans la stratégie globale. Mais d'ici quelques années, ils devraient ralentir la cadence, pour la laisser prendre en main seule le domaine. 

Capucine Lorain •

Les CHIFFRES clés-

2017 reprise du domaine avec ses parents

20 hectares de vignes

25 ha de forêt

11 cuvées

50 % de la production en vrac

30 % des ventes à l'export

46 000 bouteilles vendues l'année dernière

Dans les années 1990, devient l'un des premiers domaines du Luberon en cave particulière

Capucine Lorain •

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