France 28/12/2025
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NO-LOW

Anticiper la tendance plutôt que la subir

Pour la 2e édition de leur observatoire sur le Dry january et la consommation de vins no-low, la maison Chavin et l'institut d'études CSA mettent l'accent sur une tendance qui se confirme. Fabrice Sommier, sommelier 'Meilleur ouvrier de France', prône davantage de dialogue pour éviter d'opposer alcool et sans alcool.

"L'essentiel est de s'interroger sur ce que veulent les consommateurs et il y a plein de manières d'innover. Nous, nous avons choisi de créer un nouvel instant de consommation", explique Mathilde Boulachin, fondatrice de la maison Chavin qui, cette année, a lancé ses deux effervescents sans alcool.

© Crédit photo : ML

Ils sont désormais 30% des Français à avoir déjà participé au moins une fois au Dry january, soit 11 points de plus qu'en 2024. En janvier 2025, 21% ont pris part au défi et 17% se préparent à le faire pour la première fois cette année. Pour Mathilde Boulachin, fondatrice et dirigeante de la maison de négoce Pierre Chavin, à Béziers (34), spécialisée dans le vin sans alcool, il ne s'agit plus d'un simple défi individuel, mais bien d'un "mouvement collectif".

Ces données sont issues de la 2e édition de l'Observatoire Chavin, réalisé avec l'institut d'études marketing et d'opinion CSA. "En tant qu'experts, nous sommes souvent interrogés sur la modération. Nous avons donc besoin de mieux comprendre ce qui se joue", explique la Champenoise, Biterroise d'adoption. L'observatoire ne se limite toutefois pas au seul mois de janvier : il s'intéresse plus largement à la consommation de vins sans alcool.

Un profil de consommateurs désormais bien identifié

Selon l'étude, 19% des Français déclarent consommer du vin sans alcool de manière régulière ou occasionnelle, un chiffre en légère progression (+1 point). Le profil se précise : 52% sont des femmes, 78% ont moins de 49 ans. Si 27% résident en Île-de-France, 28% vivent dans le Sud-Est, un indicateur qui montre que le phénomène ne se cantonne plus à une tendance urbaine ou parisienne.

Pour autant, le produit reste encore mal compris. "Le sans alcool représente encore quelque chose de complexe qui entraîne une forme de méconnaissance", reconnaît Mathilde Boulachin. Après à peine deux décennies d'existence et avec l'entrée en vigueur de nouvelles réglementations depuis 2023, la fondatrice de Chavin estime néanmoins qu'il est désormais essentiel de répondre à cette demande croissante.

Un travail à mener conjointement

Cette dynamique s'inscrit dans un mouvement mondial qui se confirme d'année en année. En France, elle appelle à un travail collectif réunissant vignerons, négociants, consommateurs et restaurateurs. Invité à s'exprimer sur le sujet, le sommelier - Meilleur ouvrier de France - Fabrice Sommier appelle d'abord à clarifier les abus de langage entre vin sans alcool et vin désalcoolisé. Mais une chose est certaine pour lui : "Quand on entend de tels chiffres, on ne peut nier l'existence de cette tendance."

"Je préfère voir un vin désalcoolisé sur une table plutôt qu'un soda" 

La surprise n'est plus de mise, selon le sommelier, qui pointe plusieurs facteurs structurels : "Il y a une déconsommation mécanique, notamment avec le développement de la culture du bien-être au travail et les interdictions en entreprises, qui impactent la vente d'alcool au restaurant le midi, et globalement un aspect santé avec davantage de modération."

Face à ces évolutions, Fabrice Sommier plaide pour l'anticipation plutôt que la résistance. "Il faut se réinventer. Déjà aujourd'hui, nous ne servons plus uniquement du vin. Il y a une vraie cassure avec des personnes qui consomment moins d'alcool, le restaurateur se doit de s'adapter et de proposer des alternatives." Une réflexion qui vaut aussi pour son propre métier de sommelier.

Ne pas opposer vin avec ou sans alcool

Pour Mathilde Boulachin, l'enjeu est désormais clair : "Nous devons accompagner le changement de consommation. Personnellement, je préfère voir un vin désalcoolisé sur une table plutôt qu'un soda." Elle réfute l'idée d'un marché de niche, et rappelle que 7% des consommateurs de vin sans alcool en consomment de façon hebdomadaire. Principalement à domicile, mais aussi, progressivement, en restauration. Sur ce point, Fabrice Sommier reconnaît un certain retard de la profession : "On a pris du retard, et je le reconnais moi-même : j'y croyais sans y croire. Il faut remercier la jeune génération de sommeliers qui ne s'est pas mis d'œillères et qui vient bousculer nos codes." Pour lui, il est désormais acquis que les formations doivent évoluer, au même titre que les accords mets-vins désalcoolisés ont vocation à se développer.

"Il faut arrêter d'opposer vignerons et ceux qui font le sans alcool. On fait tous partie d'une grande famille, d'autant que pour faire du sans alcool, il faut acheter... du vin ! Il y a un effet clocher en France, il est donc important de montrer ce qu'est la viticulture et soutenir les bonnes idées des viticulteurs (...). Mais face à la demande, il faut offrir quelque chose. Il existe des vins, avec ou sans alcool, qui sont intéressants. On peut tout dire, mais la vérité est dans le verre", conclut le sommelier.

Et si le véritable mot d'ordre résidait dans l'innovation et l'écoute des marchés finaux ? "L'essentiel est de s'interroger sur ce que veulent les consommateurs et il y a plein de manières d'innover. Nous, nous avons choisi de créer un nouvel instant de consommation", explique Mathilde Boulachin. Avant de conclure : "À la fin, ce qui importe, c'est de savoir s'adapter au changement, sinon, tel le roseau, on finit par casser."

Manon Lallemand •

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