Vaucluse 29/02/2024
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FDSEA 84

"Sans détour comme un seul homme, nous avons dit stop"

Pas d'apitoiement, mais une grande lassitude au 80e congrès de la FDSEA de Vaucluse jeudi 22 février dernier. 2023 aura été l'année aux multiples alertes, 2024 sera celle où plus rien d'autre ne passera. Parole d'agriculteurs qui comptent bien continuer à se faire entendre.

Sylvain Bernard, Magali Malavard, Laurent Depieds, Jérôme Despey et Sophie Vache, réunis sur scène pour écouter l'intervention de l'autrice et géographe, Sylvie Brunel.

© Crédit photo : ML

La première partie des échanges de ce 80e congrès de la FDSEA de Vaucluse - qui se tenait à huis clos en début d'après-midi jeudi 22 février dernier - aura été agitée. Un peu de houle et des voix qui s'élèvent dans l'assemblée comme pour demander : "Êtes-vous sûrs qu'on a vraiment été entendus" ? Il faut dire que la présence de Jérôme Despey, premier vice-président de la FNSEA, permettait d'avoir une prise au national pour se faire entendre. "2023 restera dans les mémoires comme celle où on avait prévenu", note Sophie Vache, présidente de la FDSEA.

"Le 14 janvier 2023, les pommes étaient payées 0,20 € au producteur, 4,50 € par le consommateur et, comme par magie, les prix sont redescendus ce jour-là. Nous avons manifesté, rencontré Madame la préfète, les chefs de rayons, les consommateurs pour expliquer que le prix payé au producteur ne permettait pas de couvrir les charges... Une campagne nationale de communication a soutenu nos manifestations et revendications. Mais depuis ? Qu'est-ce qui a changé ? Pas grand-chose, nous n'avons pas modifié les questions que nous nous posions alors", déroule Sylvain Bernard, secrétaire général de la FDSEA 84, dans son rapport d'activité. Il égrène les actions, les rencontres, les communications, ponctuant son discours de "Mais depuis ?". Car depuis, il s'est passé beaucoup de choses, sans pour autant que le résultat soit visible.

Dans la salle, ils sont nombreux, impatients, "la corde au cou". Mieux : dans l'assemblée, il y a des agriculteurs que certains n'avaient pas vus depuis un moment. La crise est palpable, après toutes les mobilisations.

"À force de tirer sur l'élastique, il a claqué"

À 63 ans et avec près de 40 années de carrière dans le secteur de l'alimentation - elle a été directrice puis présidente d'Action contre la faim - Sylvie Brunel défend régulièrement les agriculteurs. Sur les plateaux de télévision, à la radio, dans ses livres, elle dévoile et rappelle les multiples raisons de la colère des agriculteurs. Géographe de formation, cette essayiste parfois décriée par les environnementalistes était l'invitée de la FDSEA de Vaucluse pour son congrès. "Pour avancer, il y a besoin de respect, de reconnaissance et de rémunération", clame-t-elle. Sylvie Brunel dénonce la nostalgie d'une agriculture telle qu'elle était "avant". Pourtant, chiffres à l'appui, elle tend à vouloir démontrer que les choses ont changé, et en bien, malgré une baisse des surfaces agricoles utilisables.

"Il y a une amnésie et une ingratitude collective, alors que l'agriculture française coche toutes les cases : elle est familiale, plurielle, durable et performante", ajoute l'autrice. Malgré cela, l'agriculture reste farouchement dénoncée de tous bords. "Il y a quand même un pas qui a été franchi avec la reconnaissance, par le Premier ministre hier [mercredi 21 février], de la position stratégique de l'agriculture, au même titre que la défense et la sécurité." Sylvie Brunel voit là une agriculture belle et forte, "parce que les agriculteurs ont su négocier, même s'il reste encore beaucoup à faire".

Il faut dire que la recherche d'amélioration a été constante. "Aujourd'hui, nous avons l'agriculture la plus vertueuse du monde, et c'est grâce aux efforts consentis par notre sueur", porte Jérôme Despey. Pour lui comme pour la géographe, ce qui caractérise la crise est bel est bien la non-reconnaissance du métier. Selon lui, les beaux discours des périodes de crise sont trop vite oubliés, et voilà : "Ça fait des mois, voire des années, qu'on tire sur l'élastique, il a claqué".

Alors qu'il constate un déclin récurrent du potentiel de production, en viticulture comme pour les autres filières, il se refuse toutefois au défaitisme, préférant voir le travail effectué par les syndicats et les propositions avancées en faveur d'un "changement de logiciel". Car la FNSEA et ses échelons régionaux et départementaux se sont effectivement placés en position de "syndicat de solutions". "C'est indéniable, malgré tout ce que l'on peut entendre. Depuis toujours, nos combats sont menés au nom de tous les agriculteurs, qui bénéficient tous de nos acquis, même si certains ont tendance à l'oublier aujourd'hui", note Sophie Vache. Pour la présidente, ça suffit les miettes : "Rendez-nous notre dignité. Donnez-nous des prix, on se chargera du reste !"

Toujours des interrogations

Bien que le soutien soit indéfectible de la part de ceux à la tribune, les interrogations et la détresse subsistent. L'intervention de Régis Bernard, producteur de cerises, en est une preuve : "On entend beaucoup 'Pas d'interdiction sans solution'. Mais en cerise, on n'a pas de solution, et on a eu les interdictions, et aujourd'hui on ne s'en remet pas". Il souligne le décalage entre le nombre de producteurs en France et le nombre de dossiers d'aides qui sont passés - environ 150 dossiers pour quelque 3 200 producteurs. Profitant de la présence du DDT, François Gorieu, présent dans la salle, il l'interpelle. "Je sais que ce n'est pas vous et vos services qui faites les règles. Mais aujourd'hui on a un dossier viticulture, avant la cerise, encore avant la lavande... Ma carrière est finie, mais sur l'exploitation il y a un jeune de 26 ans qui s'interroge encore sur son installation. Il faut être cinglé pour vouloir être agriculteur", se désole-t-il.

Bernard Mille, du fond de la salle, interroge quant à lui Sylvie Brunel : "Comment reprendre la main sur les médias et arrêter cette diabolisation de notre agriculture" ? Notamment en profitant du fort soutien de la population pour se faire entendre lui répond-elle très simplement. "À force d'être des agriculteurs taiseux qui n'écrivent pas aux rédactions pour expliquer comment ça se passe chez vous, et en maltraitant ceux qui vous représentent, forcément, d'autres s'en chargent. Si les agriculteurs ne s'expriment pas, d'autres prendront leur place", rappelle l'autrice. Largement saluée lorsqu'elle s'éclipse, elle laisse les interpellations se poursuivre avec Jérôme Despey, pour le plan viticulture, puis Christian Bordes, référent PPAM pour la FDSEA 84, et Laurent Depieds, président de la FRSEA Paca, pour la lavande... Une après-midi et un début de soirée riche donc.

Certains l'ont estimé courageux, lui n'a vu que "des temps d'échanges nécessaires". François Gorieu, en représentation de la préfète, montait sur scène en fin de congrès pour revenir sur ce dernier mois. "Le travail accompli est énorme, je m'adresse toutefois aux parlementaires : légiférer, c'est bien, mais il faut s'assurer de la capacité à mettre en œuvre ce dont on décide", tacle-t-il gentiment. Il a néanmoins souligné la maîtrise des manifestations dans le département, et surtout, dans les relations entretenues : "Le travail qu'on fait ensemble, ce n'est pas des tapes dans le dos. Le niveau d'exigence est important, il y a parfois de la tension, mais nos relations sont empreintes d'un profond respect".

"Le mot d'ordre pour nous sera l'unité, entre les agriculteurs et nos syndicats", souligne Jordan Charransol, président des JA 84. Des propos confirmés à la fois par Sophie Vache et Georgia Lambertin, présidente de la Chambre d'agriculture. Cette soirée aura notamment été l'occasion d'annoncer qu'elle serait à nouveau celle qui porterait la liste conjointe FDSEA-JA aux élections Chambre de 2025. Alors que l'entrée en campagne se fera prochainement, elle a assuré sa motivation à poursuivre la représentation des agriculteurs vauclusiens : "FDSEA et Jeunes agriculteurs doivent plus que jamais rester soudés pour travailler, là où les autres ne font que de la pub, de la communication"

Manon Lallemand •

Jean-Louis Canto élevé au rang de commandeur de l'ordre du Mérite agricole

Jean-Louis Canto s'est vu remettre la médaille de commandeur de l'ordre du Mérite agricole des mains de Jérôme Despey.

© Crédit photo : ML

C'est un modèle d'engagement largement salué par ses pairs qui était honoré jeudi 22 février, à l'issue du 80e congrès de la FDSEA de Vaucluse. Né en Espagne, Jean-Louis Canto débute son parcours syndical à Sorgues, d'abord au Centre départemental des jeunes agriculteurs. Puis il poursuit : il monte à la région, à la FDSEA, FRSEA, à la Chambre d'agriculture, la Safer... "Toi, l'infatigable défenseur du foncier", souligne Jérôme Despey, vice-président de la FNSEA. Ce dernier était déjà présent lors de l'élévation de Jean-Louis Canto au rang d'officier, il y a dix ans. Cette fois-ci, c'est lui qui lui remet la cravate, honorant la profession à travers lui. Et de Jean-Pierre Boisson, ancien président de la Chambre d'agriculture de Vaucluse, d'ajouter : "Aujourd'hui, ce n'est pas simplement par amitié que je prends la parole, mais pour témoigner de ta fidélité à la doctrine syndicale". Jean-Louis reçoit ainsi avec noblesse et émotion le plus haut grade du 'poireau'. "Cette décoration, c'est à vous que je la dois, car ce travail je ne l'ai pas fait pour moi, mais pour nous", rappelle-t-il.

Manon Lallemand •

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