Vaucluse 21/11/2024
Partage

Mobilisation

"Notre fin sera votre faim"

Lundi, au petit matin, une quarantaine de tracteurs investissait le Pont de l'Europe à Avignon. L'appel à la mobilisation lancé par la FDSEA et les Jeunes agriculteurs de Vaucluse a réuni 150 personnes. Ils ont ensuite rejoint l'île Piot pour une action symbolique.

Jordan Charransol, président des JA 84, et Sylvain Bernard, secrétaire général de la FDSEA de Vaucluse, se sont adressés aux agriculteurs présents.

© Crédit photo : CL

Les mots sont forts, tout comme la colère qui a poussé plus d'une centaine d'agriculteurs à se retrouver ce lundi matin, dès 6 heures, à Avignon. Forte, la symbolique l'est aussi tout autant : "Bloquer le Pont de l'Europe, car c'est cette Europe qui nous met toujours encore plus la corde autour du cou, qui tire dessus et nous étrangle", explique Sylvain Bernard, secrétaire général de la FDSEA 84.

Si l'arrêt des accords sur le Mercosur fait évidemment partie des revendications - "L'Europe doit s'y opposer, on peut faire du libre-échange, mais pas comme ça avec l'agriculture. On n'échange pas des voitures contre du blé", poursuit Jordan Charransol - ce n'est pas la seule raison de la gronde. "Dans le Vaucluse, ce qui nous concurrence le plus, ce sont les traités de libre-échange avec le Maghreb", confirme le président des JA 84. "On va faire rentrer des fruits et légumes qu'on produit chez nous, avec des normes qui ne sont pas les leurs. Et on va faire manger aux gens des produits qui ne correspondent pas du tout aux standards de l'agriculture ni française, ni même européenne", poursuit-il.

Après avoir bloqué le pont dans le sens Gard-Avignon, les agriculteurs ont rapidement libéré la route pour rejoindre l'Île Piot, au pied du Pont d'Avignon : "Notre but n'est pas d'embêter les gens : il faut qu'on garde leur sympathie, sinon, on ne sera plus audible", annonce aux troupes Sylvain Bernard, avant de laisser partir le cortège.

Un message à faire passer

C'est sur cette esplanade de 6 000 m², au pied du Pont d'Avignon, que les agriculteurs ont décidé de laisser leur trace. Un message creusé dans le sol, en très grosses lettres, "pour que les Avignonnais et les touristes le voient", explique le secrétaire général de la FDSEA 84 : "Notre fin sera votre faim". Un message puissant, symbolique, qui a ensuite été ensemencé de blé, vesce, plantes, ail et autres plants de vignes, pour lui permettre de rester durablement inscrit, "jusqu'à l'été au moins, parce que le combat, on l'a commencé il y a un an", rappelle Sylvain Bernard, "et que, malheureusement, on n'a pas fini de sortir", poursuit-il.

 "Dans le Vaucluse, ce qui nous concurrence le plus, ce sont les traités de libre-échange avec le Maghreb"

Mais ce message laissé dans la terre, visible depuis le pont, a également pour but "de montrer la richesse qu'on a dans nos cultures vauclusiennes, et qu'on n'aura plus si ça continue comme ça", dénonce Jordan Charransol.

Des promesses, mais peu d'actes

Car c'est bien ce que dénoncent les agriculteurs en priorité. Depuis les blocages du début de l'année, "rien n'a changé", résument-ils à l'unisson. Pour le président des Jeunes agriculteurs 84, ce qu'il faudrait modifier en priorité, c'est la simplification administrative. "Il faut vraiment arrêter. Ce n'est plus possible de faire deux heures d'ordinateur pour une heure de tracteur. On fait trois fois les mêmes papiers", s'insurge-t-il. "On est soumis aux aléas climatiques, aux maladies, au marché, et en plus de ça à l'administration. C'est du harcèlement."

Du côté des viticulteurs, c'est avec la loi Evin qu'il faut vite en finir. Désemparés, ils sont venus planter les vignes qu'ils venaient d'arracher, pour former les lettres CDR (Côtes-du-Rhône). En cœur, ils déclarent : "Il faut que le vin reprenne sa place dans le terroir français. On veut pouvoir promouvoir notre vin correctement. Dans beaucoup de pays en Europe, le vin est un produit alimentaire, en France non." Ils dénoncent aussi toujours plus de normes. "On a des réglementations, des cahiers des charges à respecter pour convenir aux politiques, à la grande distribution. Mais depuis qu'on a ces normes, on n'a aucune plus-value. Plus il y a de normes, plus ça coûte cher à produire, et ce qui vient de l'étranger n'a pas cette réciprocité. Avec juste quelques centimes de plus que ce qu'on nous paye aujourd'hui, on pourrait vivre et continuer à tourner", explique Benoît Blain, viticulteur à Sainte-Cécile.

Paris ne suit pas

En début d'après-midi, les élus JA 84 et FDSEA 84 ont pu s'entretenir avec le préfet de Vaucluse, Thierry Suquet, et le DDT, Édouard Brodhag. S'ils en ressortent avec la certitude d'avoir été compris et entendus, ils attendent maintenant de pied ferme des actions de Paris. "Localement, on sent qu'il y a une envie de trouver des réponses. Mais c'est au niveau de l'État, à Paris que ça ne suit pas", constate Sylvain Bernard. "Il faut qu'ils nous rassurent, nous montrent qu'ils veulent nous défendre." Ils ont demandé des actions immédiates et fortes, qui amènent du revenu immédiat aux exploitations. Car depuis le début de l'année, hormis le GNR "où on a ressenti une vraie simplification et un avantage en trésorerie", soulève le secrétaire général FDSEA 84, il y a, selon lui, uniquement des engagements oraux ou encore des mesures qui ne touchent que peu, ou pas, le Vaucluse (les prairies permanentes, la MHE).

Parmi les points positifs de ce rendez-vous, l'exonération de TO-DE. "On sait que le Projet de loi sur la finance sur la sécurité sociale va mettre en péril cette exonération pour nous et, dans le Vaucluse, c'est indispensable, sinon on est tous morts." Un amendement a été redéposé et les élus assurent que c'est en bonne voie. Quant aux déclarations de récoltes en viticulture, dès qu'elles auront été données, "il y aura très probablement une exonération de la TFNB", confirme Sylvain Bernard. Pour les autres filières, ce sera du cas par cas. Enfin, d'ici une quinzaine de jours, les prêts de trésorerie vont être vus avec les banques, et des dossiers pourront commencer à être montés sur les exploitations. Même si tout cela "est très bien", cela n'est pas suffisant pour le secrétaire général. "Un prêt de trésorerie, ça permet de donner un peu d'air. Mais si on n'améliore pas les revenus, on ne pourra pas régler. Il faut donc des solutions immédiates", répète-t-il.

Concernant de prochaines sorties, rien n'est encore fixé. "On ne mourra pas en silence. Donc à un moment donné, ça pétera. Mais quand, on ne sait pas le dire", conclut l'élu qui espère avoir rapidement des réponses et des solutions de Paris. 

Capucine Lorain •

ICI
Votre encart
publicitaire !

Sur le même thème

Vaucluse 21/08/2025

LAVANDES EN FÊTE

Grand succès malgré la cani...

À Sault, l'hippodrome du Deffends a accueilli la 38e édition de 'Lavandes en fête'. Le public est venu en nombre malgré les hautes températures, qui ont lourdemen...
PACA 21/10/2022

Med'Agri 2022

"Faire avancer l'agricultur...

Adaptation au changement climatique, objectif de souveraineté alimentaire, transition énergétique... Les exploitations agricoles méditerranéennes sont à pied d'œu...
Vaucluse 15/05/2024

canal de carpentras

Un 2e contrat de canal signé

Le Canal de Carpentras vient de signer son 2e contrat, actant de son développement et des investissements à réaliser d'ici 2027 autour de cinq axes, dont la péren...

Annonces légales

Publiez facilement vos annonces légales dans toute la France.

Grâce à notre réseau de journaux partenaires.

Attestation immédiate, service 24h/24, 7 jours/7

Derniers tweets

08/06/2023
https://t.co/It7mj1astX
https://t.co/It7mj1astX
07/06/2023
https://t.co/q3a0xh9oZW
https://t.co/q3a0xh9oZW
06/06/2023
[A LA #UNE 📰] - Les @Amandesprovence misent sur le collectif - 10 idées phares pour l'#installation - Nouveau guide pour les restrictions d'#eau - Passage de flambeau au syndicat porcin - Dossier #aléas climatiques - Ras-le-bordel des dépôts sauvages... #agriculture #vaucluse https://t.co/TbHL1T7CoX
https://t.co/TbHL1T7CoX

Abonnez-vous à nos hebdos

Chaque semaine, retrouvez toute l'actualité de votre département, des infos techniques et pratiques pour vous accompagner au quotidien...

Découvrez toutes nos formules

Dernières actualités

Newsletters

Inscrivez-vous GRATUITEMENT à nos newsletters pour ne rien rater de notre actualité !

S'abonner

Gardons le contact

Twitter : suivez toute l'actualité agricole utile du moment, réagissez
Facebook : partagez encore plus de posts sur l'actualité agricole de votre territoire
Instagram : suivez nos bons plans et partagez nos galeries de photos
Linkedin : élargissez votre réseau professionnel
Youtube : vidéos, interviews, DIY...