LA COOPÉRATION AGRICOLE SUD
À l'heure où le monde agricole fait face à des défis toujours plus grands, le président de LCA Sud pose le modèle coopératif en acteur incontournable, incarnant des valeurs fortes, l'équilibre et l'innovation.
Nous venons de vivre une année ponctuée par la gronde agricole et une forte instabilité gouvernementale. Les marchés ne sont pas non plus favorables. Comment se portent les filières agricoles régionales ?
Stéphane Honorat : "La Coopération Agricole Sud regroupe les 240 coopératives agricoles de la région. Elle les accompagne au quotidien dans leurs développements et les soutient face aux différentes instabilités. Du fait de causes différentes, structurelles ou conjoncturelles, une grande partie des filières régionales est impactée, et l'on note des baisses de production et de chiffre d'affaires des coopératives. Pour les grandes cultures, on constate une baisse des surfaces en région, combinée à un contexte international compliqué, notamment une baisse des prix. Concernant les plantes à parfum, aromatiques et médicinales, il y a un recul des surfaces de production depuis 2023 sur la lavande et le lavandin. Les aléas climatiques impactent de plus en plus fréquemment le niveau de production et la qualité. Et le contexte économique est plutôt morose. Pour l'oléiculture, pas de crise : les ventes continuent à progresser en volume et, en prix, les coûts de l'énergie et des matières sèches ont été absorbés. Les plantations en masse en Occitanie et dans d'autres régions nous conduisent à rester cependant vigilants quant à l'équilibre des marchés. Pour les fruits et légumes, avec la baisse du pouvoir d'achat, la pression de la concurrence espagnole qui s'accentue, la distorsion de concurrence et la crise de la bio, les perspectives ne laissent pas présager d'amélioration pour l'instant. Le secteur viticole fait lui face à une succession de crises multifactorielles : les stocks s'accumulent, l'inflation pèse sur le pouvoir d'achat et la demande est en baisse. Dernier élément : la majeure partie des filières régionales est en difficulté, ce qui induit une baisse des achats de produits phytosanitaires de la part des agriculteurs, donc des baisses de chiffres d'affaires des coopératives d'approvisionnement."
Comment LCA Sud intervient et peut répondre aux attentes des agriculteurs ?
S.H. : "Afin de soutenir la filière grandes cultures par exemple, La Coopération Agricole Sud a mis en place, dès 2023, un Plan de résilience, afin d'assurer le développement et la pérennité des filières grandes cultures, de minimiser l'impact environnemental et de maximiser la rentabilité économique des exploitations. Sur la viticulture, nous travaillons actuellement pour proposer aux caves régionales des audits économiques, afin de les accompagner sur leur stratégie, notamment si elles souhaitent aller vers une démarche pour fusionner. Face aux difficultés évoquées, nous travaillons également sur l'ensemble des productions, et plus particulièrement sur la structuration de filières à forte valeur ajoutée jusqu'au consommateur, où chaque maillon de la chaîne retrouve de la rémunération. Par exemple les Siqo (Signes d'identification de la qualité et de l'origine), nous soutenons le projet 'Orge-malts-bière', l'appui au sourcing local pour mettre en avant la spécificité de nos produits coopératifs ou, dernièrement, en tant que partie prenante aux côtés du Conseil régional, dans le label '100 % Sud'. De plus, afin de soutenir les filières, La Coopération Agricole Sud développe et poursuit l'ensemble de ses missions et son rôle de facilitateur auprès des parties prenantes, dans le cadre de l'élaboration des politiques agricoles et agroalimentaires régionales."
Les ventes de matériels sont en forte baisse en 2024 d'après les concessionnaires. Qu'en est-il au sein des coopératives ?
S.H. : "Pour les Cuma, les demandes de soutien déposées auprès du Conseil régional en 2024 sont équivalentes à celles déposées en 2023. 57 Cuma sur 300 ont déposé une demande de financement, pour un montant d'investissements prévisionnel de 3,8 millions d'euros. Les responsables et animateurs du réseau Cuma ont été surpris de ce niveau d'investissements. Fin 2023, les Cuma étaient prudentes quant à leurs prévisions d'investissements. On peut en conclure que les agriculteurs se sont tournés vers le collectif, pour se sécuriser et partager les risques. Cela a permis d'envisager des investissements qui auraient été repoussés individuellement. Dans le domaine de la mécanisation des exploitations agricoles, la force du collectif permet de continuer à assurer le service indispensable au fonctionnement des exploitations agricoles."
Comment la coopération peut-elle participer à construire un avenir plus solide pour l'agriculture de notre région ?
S.H. : "Notre ambition est que la production s'organise pour conserver une part de la valeur créée, juste et durable. Mais l'objectif coopératif dépasse cet aspect économique. Il s'agit d'un projet sociétal d'accompagnement et d'adaptation du monde agricole. Face aux défis économiques, climatiques, géopolitiques et sociaux actuels, les coopératives représentent des solutions pour une agriculture plus durable. Se regrouper pour se donner des moyens humains et matériels ; pour obtenir de meilleurs prix sur les fournitures, sur les produits ; pour accéder à des marchés et à tous types de débouchés. C'est là tout le projet coopératif. Pour répondre aux urgences et soutenir la résilience des filières animales et végétales, La Coopération Agricole est également présente. Nous portons d'ailleurs plusieurs propositions d'accompagnement de la restructuration des caves coopératives, ou encore sur la prévention et la gestion des crises sanitaires en élevage. Mais, plus généralement, nous voulons par exemple le dispositif TO-DE aux coopératives agricoles et aux Cuma, ou encore simplifier les démarches pour faciliter l'export. à chaque fois dans le but de faire gagner en compétitivit les opérateurs sur la filière alimentaire étendre."
Un mot sur le changement climatique. Le modèle coopératif est-il mieux armé pour s'adapter ?
S.H. : "Oui, pour au moins trois raisons : le collectif permet de partager le risque, les connaissances et bonnes pratiques et les investissements. Il est du rôle des coopératives agricoles d'accompagner leurs associés coopérateurs dans ces changements. S'adapter au changement climatique peut nécessiter de mobiliser des moyens financiers, comme l'achat de nouveau matériel végétal, d'investir dans des équipements plus économes en eau, etc. Ici encore, la force du collectif permet de mutualiser ces investissements, d'en répartir la charge pour la rendre plus soutenable par chacun, tout en permettant à tous d'être mieux équipés. Plusieurs propositions sont faites dans ce sens par La Coopération Agricole, afin de renforcer l'accompagnement des agriculteurs en faveur des transitions agroécologiques. Je pense à la réforme de la séparation de la vente et du conseil et au fait de repenser le conseil aux agriculteurs, mais aussi à la mise en place d'un fonds en faveur de la transition agroécologique, la prorogation du crédit d'impôt Haute valeur environnementale, au maintien du statut fiscal des installations de méthanisation agricole ou encore à la poursuite du développement de l'agrivoltaïsme."
La Coopération Agricole a tenu son congrès national fin décembre. Quels chantiers vous paraissent prioritaires aujourd'hui ?
S.H. :"2025 est proclamée année internationale des coopératives par les Nations Unies, sous le slogan'Les coopératives construisent un monde meilleur'. Les États membres sont encouragés à promouvoir la contribution des coopératives au développement social et économique. La Coopération Agricole a pour objectif de bâtir une stratégie alimentaire conquérante. Par ailleurs, simplifier la vie de nos entreprises et activer les leviers de compétitivité adéquats sont deux chantiers prioritaires. Avant tout, nous voulons répondre aux urgences propres aux productions présentes sur notre territoire. Cela passe par la mise en place d'un plan d'accompagnement de la restructuration des caves coopératives et la prévention et la gestion des crises sanitaires en élevage. À côté de cela, nous travaillons au quotidien sur de nombreuses thématiques pour produire plus et mieux, pour assurer un revenu agricole juste et stable, pour replacer l'origine France dans les caddies de tous les Français et dans toutes les cantines, et pour accélérer l'accompagnement dans la mise en œuvre des transitions."
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06/06/2023
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