CLIMAT
La vague de chaleur de la fin du mois de mai est venue mettre à mal les cultures et les élevages. Mais ses impacts, tant qualitatifs que quantitatifs, restent complexes à évaluer du fait de son inhabituelle précocité.
Pour accompagner les agriculteurs, le service AgroMetInfo fournit des indicateurs de suivi sur les conditions climatiques des cultures en France métropolitaine.
© Crédit photo : AgroMetInfo
"On est face à quelque chose d'inédit, à un moment où les plantes n'ont pas l'habitude d'être confrontées à des températures aussi élevées pour la saison", observe Iñaki García de Cortázar-Atauri, directeur de l'unité Agroclim (Inrae Paca), lors du point presse organisé par l'institut le 27 mai. D'autant qu'avec les températures enregistrées depuis le début de l'année, "la plupart des plantes étaient en avance, avec des floraisons précoces. Et, depuis le 1er avril, les cycles se sont encore accélérés", souligne l'agronome.
Pour l'heure, les conséquences d'une canicule aussi précoce que celle de ce mois de mai restent néanmoins difficiles à prévoir. "On manque de recul, on a peu de références sur les cultures d'hiver. Jusqu'à cette année, la fenêtre explorée allait de fin juin à début septembre. Là, elle est élargie d'un mois", tempère le représentant de l'Inrae.
Sur les cultures en phase de finalisation de la maturation, comme le blé ou l'orge, cette vague de chaud induit pourtant déjà, selon les régions, des pertes de rendements et pourrait avancer les calendriers de récolte. "Sur les cultures fruitières, à cette période critique, on peut par ailleurs craindre un impact sur la taille des fruits. À la vigne - en phase de floraison, voire de nouaison selon les vignobles -, on peut aussi s'attendre à des pertes de floribondité et de qualité", complète Iñaki García de Cortázar-Atauri. Avant de poursuivre : "Sur les cerises, il peut aussi y avoir un effet indirect sur la préparation des fruits de l'année prochaine, car on est en période d'induction."
Sans oublier que maladies et ravageurs sont aussi sensibles aux conditions climatiques, avec des effets qui peuvent être négatifs ou positifs.
L'élevage est également affecté, en particulier dans l'ouest du pays où les thermomètres se sont affolés et qui concentre "75% de la production de viande de porc, 80% des poulets de chair et 20% des vaches laitières", note David Renaudeau, zootechnicien et directeur de recherche au sein de l'unité 'Physiologie, environnement et génétique pour l'animal et les systèmes d'élevage', du centre Inrae Bretagne-Nor- mandie.
Outre les effets sur la qualité et la disponibilité de la ressource végétale nécessaire à l'alimentation des cheptels, le chercheur évoque "la baisse des niveaux de production de lait, de viande et d'œufs", dont une diminution "quasi immédiate de 5% de la production laitière, avec un effet rémanent qui perdure au-delà de la période de chaleur". Le coup de chaud peut aussi avoir divers impacts qualitatifs sur la concentration en protéines du lait, "dont la capacité à être transformées peut être perturbée", ou sur les œufs "plus fragiles et de moins gros calibre, car le métabolisme phosphocalcique est moins performant", impliquant des répercussions sur le revenu des agriculteurs.
La surmortalité des animaux, notamment lors des transports et des confinements, est une autre conséquence observée lors de précédentes vagues de chaleur. Des effets plus durables peuvent enfin potentiellement intervenir chez les animaux. "Sur un animal gestant, il peut y avoir un impact sur le fœtus qui va se matérialiser par un comportement et des performances différentes chez les descendants", illustre David Renaudeau. De même pour les plantes, qui sont à long terme susceptibles de s'affaiblir ou de se renforcer. "On explore encore, des travaux sont en cours", indique Iñaki García de Cortázar-Atauri.
David Renaudeau pointe d'autre part "une relative impréparation des éleveurs" qui, pris de court par cette canicule printanière, n'ont pas forcément eu le temps de vérifier et de bien régler leurs outils de distribution d'eau, ou d'accommoder leur mode de conduite alimentaire. L'inadaptation des bâtiments d'élevage est une autre problématique à prendre en compte lors de ces épisodes de forte chaleur. "Le parc de bâtiments de la Ferme France est relativement vieillissant. Beaucoup ont été conçus il y a une vingtaine ou une trentaine d'années, et ils n'ont pas été pensés en fonction d'une sensibilité augmentée à la chaleur, mais plutôt pour protéger les animaux des rigueurs de l'hiver", explique David Renaudeau. "C'est un enjeu d'avenir. Au-delà de l'ergonomie, il y a une réflexion importante sur le bien-être des animaux", insiste-t-il, même si aujourd'hui, "tout bâtiment construit au sud de la Loire intègre des matériels de cooling". La hauteur des bâtiments, tout comme leur orientation par rapport aux vents dominants - pour faciliter les pertes de chaleur -, la végétalisation de l'environnement - pour favoriser une fraîcheur naturelle - ou les systèmes de rafraîchissement des animaux et de l'air entrant dans les bâtiments sont autant de leviers techniques à mobiliser pour s'adapter.
Que ce soit en production végétale ou animale, l'anticipation apparaît comme un facteur clé. "Il n'y a pas de solution unique. Il faut réfléchir par production, par région, par type d'exploitation, pour voir comment les rendre plus résilientes et les préparer à ces épisodes de chaleur récurrents. Il faut trouver les bons équilibres", soutient Iñaki García de Cortázar-Atauri.
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06/06/2023
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