Couverts végétaux
Laisser pousser un couvert dans les lavandes, une sage décision ? Compte tenu de la réputation dont souffre cette solution, à savoir, celle de contribuer au déficit hydrique des sols en période de sécheresse, la recherche et les Chambres d'agricultures s'évertuent à expérimenter pour déconstruire les a priori.
Alors que l'enherbement des cultures gagne du terrain, les producteurs de PPAM se posent également la question. Des expérimentations et des projets sont menés un peu partout pour en apprendre davantage.
© Crédit photo : ML
L'année 2022 n'aura pas été des plus favorables pour les expérimentations de couverts végétaux. Déjà, en avril, Frédéric Chanu, agriculteur à Sault, s'en désolait : "J'ai planté les lavandins en mars 2020 et semé l'orge en octobre 2021. Mais là, vous ne verrez pas grand-chose, car il ne pleut pas et que tout est très sec". Semé au printemps sur la culture de l'année, l'orge d'hiver avait toutefois fait son travail. Un résultat intéressant, mais à surveiller : "En étant en bio, il faut absolument que ça reste maîtrisable, d'où le choix de l'orge".
Pour le producteur, ce type d'expérimentation demande de l'attention et l'adaptation des techniques. "J'ai fait le test, mais après il faut savoir à quoi ça sert. En l'occurrence, ce n'est pas mal pour garder la terre et amener de la biodiversité", affirme le lavandiculteur. Les couverts réclament en revanche de l'investissement et du travail. Alors, évidemment, les multiples rencontres organisées par les Chambres d'agriculture, Agribio, le Crieppam, Inrae et d'autres partenaires, sont particulièrement suivies par les agriculteurs, afin de savoir si, oui ou non, planter des couverts végétaux dans des parcelles de plantes à parfum, aromatiques et médicinales (PPAM) a réellement un intérêt.
Dans le cadre du projet 'Récital' (Réponses aux évolutions climatiques par l'innovation et les techniques alternatives dans les lavanderaies) mené par l'Iteipmai - l'organisme français qualifié de recherche pour le développement des plantes à parfum, médicinales et aromatiques -, l'expérimentation s'est concentrée sur la limitation du stress hydrique dans les lavanderaies.
"Depuis les années 2010, de nombreux projets ont permis de tester et valider l'intérêt de recourir à des couverts végétaux inter-rangs en lavanderaie pour les producteurs", atteste l'organisme. Des visites techniques présentaient ainsi au printemps l'impact des couverts en PPAM.
"Les couverts végétaux ont principalement été mis en place, au début, pour lutter contre le dépérissement au Stolbur", explique Éva Fontanel, responsable agronomie et agrologie au Crieppam. Ce phytoplasme, transmis par une cicadelle au cours de l'été, semble effectivement moins faire de ravages lorsqu'un couvert est présent sur une parcelle. "Il permet également de réduire le nombre de plants symptomatiques par deux", ajoute-t-elle. Un phénomène similaire a été observé contre les cécidomyies en hiver. Les essais sont à poursuivre, mais montrent des résultats intéressants pour le moment.
"On observe également une amélioration de la résilience climatique. Des couverts pérennes participent à une meilleure tolérance à la sécheresse", poursuite Éva Fontenel. Mais la question qui persiste chez les producteurs est l'impact sur le rendement des parcelles.
"Quand on entre dans les 0 à 10 % de dépérissement dans les parcelles, on conserve une grande amplitude. En moyenne, on observe 5 % de pertes de rendement, surtout sur la première année", explique Pauline Garin, conseillère en viticulture et PPAM à la Chambre d'agriculture du Vaucluse. À l'inverse, si le dépérissement est véritablement important, le couvert vient apporter un gain de rendement.
"Bien sûr, l'impact dépend également du choix de l'enherbement, de s'il est très concurrentiel ou non, mais aussi de la largeur qu'il occupe et de sa proximité avec la lavande", ajoute la conseillère. À cela s'ajoute la date de destruction du couvert, ou encore la conduite de la fertilisation. Elle estime tout de même qu'il serait intéressant de poursuivre l'expérimentation au-delà de quatre années, afin de suivre l'évolution sur toute la durée de la plantation.
Présent sur place, le producteur Clément Aude, Gaec Aude Malbec à Bonnieux, laisse chez lui un enherbement spontané depuis quatre ans. "Aujourd'hui, j'ai comme une prairie spontanée avec des plantes qui reviennent, alors que je ne les ai jamais plantées", témoigne-t-il. Si son couvert reste gérable avec une tondeuse à lame, il met toutefois en garde : "La première chose à laquelle il faut penser avant de faire de l'enherbement, c'est le matériel qu'il faut pour le gérer".
À la suite de la présentation des résultats des diverses études, étaient également présentés en démonstration des outils pour l'entretien des sols et le désherbage. Rey Concept présente ainsi sa bineuse pour les PPAM, un outil entièrement piloté au joystick. Les rotors travaillent la terre verticalement, avec une rotation dans un sens et une vitesse fixée. "L'idée est d'avoir un travail sur les cinq premiers centimètres, pas plus, juste pour enlever l'herbe. Ça ne bute pas trop la terre non plus", détaille Christian Rey. L'écartement des rotors, pour les rapprocher le plus possible de la plante, et une correction du dévers sont également possibles. L'outil s'attelle sur tous types de tracteurs deux ou quatre roues motrices, de 40 à 100 cv, et peut être soit autonome, soit connecté sur l'hydraulique du tracteur.
Chez Ecoceps, l'Ecocep® S3 - un concept d'intercep non-conventionnel breveté et donc unique - était présenté. Le commercial et démonstrateur explique les réglages de la pression selon l'enherbement, mais met en garde : "Ce type de désherbage vient créer une aération de la terre par foisonnement, sans scalper. Ce n'est pas idéal pour les deux premières années de plantation, car on risque d'abîmer la plante". Sur sol caillouteux et/ou gras, l'outil fonctionne également. "Ça fait des mottes, de l'air, mais il faut retenir qu'un bon désherbage n'est pas un beau désherbage". Le résultat est normalement visible deux à trois jours plus tard, si le temps a été sec.
Enfin, Elatec présentait sa sarcleuse Sarphy 3, "la machine la plus simple du marché", selon la commerciale présente dans la parcelle. Le travail se fait effectivement manuellement de bout en bout. Les deux rotors ont deux sens de rotation, pour chausser ou déchausser, sont déplaçables par un opérateur et s'enfoncent sur quatre à six centimètres, grâce à un réglage par manivelle.
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Ecocep® S3 de Ecoceps
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Stéphane Herbette revient sur l'utilisation du PépiPIAF en PPAM. Ecocep® S3 de Ecoceps. Bineuse de lavandes et plantes aromatiques de Rey. Sarcleuse rotative Sarphy 3 de Elatec.
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Lorsqu'une plante consomme de l'eau, elle se dégonfle. De manière générale, elle se recharge la nuit. Voilà le constat simple que pose Stéphane Herbette, maître de conférence à l'Université Clermont Auvergne et responsable de l'équipe de recherche 'SurEAU' (sureté hydraulique) de l'Unité mixte de recherche 'Physique et physiologie intégratives de l'arbre en environnement fluctuant'. Grâce à l'utilisation de 'PépiPIAF' - des capteurs de variations de diamètre ou micro-dendromètres -, les variations de diamètre de la tige ont pu être mesurées sur lavande, alors que l'instrument est généralement plutôt utilisé en arboriculture.
Mesures de la croissance de la plante, mais aussi de la déshydratation estivale et de la reprise post-récolte donc. "La lavande se déshydrate tout l'été et perd en diamètre. On sait que si on va au-delà de 21 % de pertes, la plante ne repartira pas", explique le chercheur. L'installation des 'PépiPIAF' dans les parcelles aura permis de mesurer l'effet du couvert sur la croissance des plants. "Avec des couverts sur 30 % de l'inter-rang, il n'y a d'effet ni sur la croissance, ni sur la concurrence hydrique. En somme, il n'aide pas, mais n'aggrave pas non plus. Il faudrait cependant réitérer ces essais sur des parcelles enherbées depuis plus longtemps", plaide Stéphane Herbette.
Le problème de l'étude ? Le manque de mesures sur le long terme, pour confirmer que l'amélioration de la qualité des sols par l'apport des matières organiques du couvert permet, à terme, de retenir plus d'eau. "C'est un atout important dans un contexte climatique avec une aggravation des sécheresses estivales", exprime le chercheur. Ne reste plus qu'à convaincre plus de producteurs à installer des 'PépiPIAF' dans leurs parcelles.
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