MULTIPLICATEURS DE SEMENCES
Les chiffres parlent d'eux-mêmes : en 2025, les surfaces de semences oléagineuses ont chuté de 14%, au plus bas depuis neuf ans, victimes du conflit russo-ukrainien et des canicules. Seul le soja résiste, quand tournesol et colza sont à la peine. Pour passer la vague, l'Anamso mise sur l'innovation et les organisations de producteurs pour structurer la filière.
Tournesol et colza, deux cultures historiquement dominantes, subissent des reculs drastiques de surfaces en 2025.
© Crédit photo : Bubu / FranceAgriTwittos
La filière française des semences oléagineuses traverse une période difficile, alors que l'année 2025 a été marquée par un recul historique des surfaces. Selon le bilan présenté par l'Association nationale des agriculteurs multiplicateurs de semences oléagineuses (Anamso) lors de son assemblée générale, le 2 juin dernier, les surfaces cultivées ont chuté de plus de 14% en 2025, atteignant leur niveau le plus bas depuis neuf ans (28 760 hectares).
Une baisse qui s'inscrit dans un contexte géopolitique, climatique et économique particulièrement tendu, alors que tournesol et colza, deux cultures historiquement dominantes, subissent des reculs drastiques.
Le tournesol accuse une baisse de 17% pour la 2e année consécutive (12 765 ha en 2025, 15 386 ha en 2024) "dans un marché toujours contraint, preuve des difficultés des opérateurs", souligne Laurent Bourdil, président de l'Anamso, dans son rapport moral.
Quant au colza, il perd 16% de ses surfaces après trois années de hausse : "La dynamique amorcée l'an passé, avec des surfaces globalement bien orientées, n'est plus d'actualité cette campagne et les incertitudes techniques et économiques persistent", poursuit le président.
Seule la culture du soja résiste relativement, avec un recul à 1,71%, restant au-dessus de la moyenne décennale, "mais avec des perspectives encore limitées en termes de développement".
Dans ce contexte contraint, le président appuie néanmoins sur les forces de la filière : "Malgré les incertitudes de marché et agronomiques, le choix des semenciers est de maintenir le réseau français, preuve de la qualité du réseau, de son savoir-faire, de sa régularité, de la sécurité de la production et, surtout, d'une abondance de variétés multipliées sur le territoire. (...) Cette décision illustre la résilience de la filière, capable de proposer une diversité de variétés adaptées aux besoins."
Le conflit russo-ukrainien, toujours en cours, pèse lourdement sur les marchés des semences oléagineuses. L'Ukraine et la Russie, historiquement zones d'exportation majeures, restent difficiles d'accès, perturbant les échanges et fragilisant les prix. Cette situation a un impact direct sur le tournesol, dont les surfaces en semences sont en décroissance continue.
À cela s'ajoutent les aléas climatiques : en 2025, les canicules ont affecté les poids de mille grains (PMG) du tournesol, entraînant des pertes au calibrage. Pour le colza, des semis tardifs (automne humide) et une pression accrue des ravageurs (limaces, altises) ont réduit les surfaces, malgré des rendements globalement bons.
Pour l'avenir, les professionnels oscillent entre rebond et prudence : les incertitudes économiques et les tensions réglementaires - notamment le retrait progressif de substances phytosanitaires dans le cadre du 'Parsada' - poussent à envisager des ajustements de production à moyen terme, notamment pour "accompagner les évolutions réglementaires et identifier des solutions pérennes face au retrait progressif de certaines substances actives, en particulier sur colza", et pour mener "un travail accru pour anticiper les retraits de substances actives et développer des alternatives durables". L'association reste mobilisée sur des dossiers techniques majeurs, comme les dégâts causés par les oiseaux, un sujet récurrent pour les agriculteurs "nécessitant une mobilisation continue malgré des moyens toujours contraints".
Pour 2026, les prévisions de l'Anamso annoncent une légère amélioration pour le tournesol (+4,5%, 13 300 ha), portée par une augmentation de la sole en France et l'ouverture de nouveaux marchés en Eurasie (notamment au Kazakhstan). En revanche, le colza devrait reculer de 7,2% (10 150 ha), malgré une récolte 2025 exceptionnelle en quantité et qualité. Le soja, lui, affiche une baisse de 19% (4 100 ha), dans la continuité des variations habituelles d'une campagne à l'autre. Au total, les surfaces oléagineuses devraient atteindre 27 550 ha, soit un recul de 4,1% par rapport à 2025.
Face à ces défis, l'Anamso mise sur l'innovation et la structuration de la filière. Plusieurs avancées ont été réalisées en 2025. Tout d'abord, le conseil d'administration a voté à l'unanimité la mise en place d'Organisations de producteurs (OP), afin de mieux structurer la filière et répondre aux enjeux économiques. Ensuite, l'association accélère sur l'intégration du numérique et des nouvelles technologies, notamment l'intelligence artificielle, pour moderniser les pratiques agricoles. Enfin, l'assemblée générale a été l'occasion de renouveler la gouvernance de l'Anamso. Laurent Bourdil a été réélu président et les membres du conseil d'administration ont été reconduits. Par ailleurs, 53 nouveaux référents ont été élus pour représenter les agriculteurs multiplicateurs sur le terrain.
Si le contexte reste fragile, l'Anamso affiche une volonté collective de s'adapter. Les opportunités émergentes, comme les débouchés en Eurasie, pourraient offrir de nouveaux relais de croissance, à condition d'investir dans la recherche et l'innovation. "Notre capacité à nous adapter, à innover et à travailler ensemble sera déterminante pour construire l'avenir de la filière", conclut Laurent Bourdil.
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