Vaucluse 17/10/2024
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Parc naturel régional du Mont Ventoux

Une charte forestière en bonne voie

Depuis le début de l'année, le Parc naturel régional du Mont Ventoux travaille sur un projet de charte forestière. Objectif ? Définir un programme d'actions pour valoriser la forêt de façon durable. 

Face au changement climatique, le Parc naturel régional du Mont Ventoux cherche des solutions pour sauvegarder les forêts.

© Crédit photo : Communes forestières 84

Le projet a commencé en février et devrait sortir de terre dans un peu plus d'un an. Le 1er oc- tobre, les différents acteurs - de la recherche, des activités de pleine nature, de la filière bois, du pastoralisme - et des usagers des espaces forestiers se sont réunis pour faire un point d'étape et réfléchir collectivement aux actions à mettre en place pour rendre les forêts plus durables.

Le Parc naturel régional du Mont Ventoux (PNRMV) se compose à 60 % de forêts et milieux semi-naturels, soit 52 100 hectares de sa superficie totale. Dans son projet de charte forestière, le PNRMV a souhaité intégrer les Dentelles de Montmirail, un massif avec un nombre également important de forêts. Le projet a pour but d'établir un plan d'actions pour répondre aux attentes locales et concourir au développement durable des forêts, à partir d'un état des lieux des espaces forestiers et des enjeux du territoire. Avec le réchauffement climatique, cela vise également à préserver cet espace de faune et flore sauvage.

Afin d'élaborer cette charte, le Parc organise régulièrement des comités techniques et de pilotage, ainsi que des ateliers. Le dernier en date avait lieu à Mazan et a réuni près d'une centaine de participants, élus, usagers, professionnels... Ensemble, ils ont participé à diverses tables rondes, afin de réfléchir à des solutions à apporter sur des thématiques bien précises.

Le sylvopastoralisme, une solution qui existe déjà

Au niveau du Parc, une trentaine d'éleveurs est recensée avec leurs troupeaux. Sur les quartiers d'estives et sur les espaces méditerranéens, le sylvopastoralisme est présent quasiment systématiquement. La présence de bêtes pour pâturer a plusieurs vertus pour les sous-bois et leur préservation, notamment dans la gestion des bois et la biodiversité. Une première option à pérenniser, voire à renforcer selon les différents intervenants présents lors des tables rondes organisées.

Autre solution mise en avant : le retour du pastoralisme lors de coupes d'exploitations des bois, avec un financement mis à disposition notamment pour le broyage des rémanents au sol.

"Sans pastoralisme, il y aurait une fermeture totale des espaces forestiers"

Car ces derniers empêchent la circulation du troupeau. "Il y a un côté bénéfique avec l'éclaircissement, donc la ressource enherbée va augmenter. En revanche, ces rémanents posent de grosses difficultés de circulation. On essaye donc de faire comprendre à l'exploitant qu'il doit aussi penser à la gestion de ces derniers", explique Victor Douchamps, ingénieur pastoraliste au Centre d'études et de réalisations pastorales du Vaucluse (Cerpam 84). En échange, l'éleveur doit s'engager à ne pas sur-pâturer les blocs, car cela pourrait en effet mettre en péril les jeunes pousses de pins et de chênes. Un équilibre de prélèvement de la ressource enherbée à trouver, peut-être via le calendrier de pâturage.

Mieux utiliser la Pac

Dans le cadre des Mesures agro-environnementales et climatiques de la Pac (MAEC), certains éleveurs utilisent la possibilité qui leur est offerte de s'engager dans le maintien des milieux ouverts. "Cette solution est favorable pour la biodiversité et sans pastoralisme, il y aurait une fermeture totale", confirme Victor Douchamps. Cependant, à cause du réchauffement climatique, de la prédation, cette fermeture des espaces est malheureusement constatée.

Enfin, dans la lutte contre les incendies, le pâturage reste une solution qui peut se révéler efficace, notamment pour l'entretien des sous-bois afin de diminuer la masse combustible.

Moins fréquenter pour mieux préserver

Au-delà du pastoralisme, la forêt accueille aujourd'hui des publics différents, et surtout, en toujours plus grand nombre. Randonneurs, cyclistes, VTT, simples promeneurs, chasseurs, forestiers, éleveurs. Sur le Ventoux et dans les gorges de la Nesque, comme partout ailleurs, il y a, ces dernières années, une hausse de fréquentation, particulièrement en saison, avec de nombreux événements, surtout sportifs. Cela entraîne des impacts sur la biodiversité et la vie des habitants des villages concernés. Enfin, autre constat : de nombreuses forêts appartiennent à des privés, ce qui peut compliquer la mise en musique d'opération d'envergure.

En partant de ce constat, de nombreuses propositions ont été faites, à commencer par une plus grande sensibilisation du grand public et des prestataires à la réglementation, au fonctionnement et aux enjeux de la forêt. Dans un second temps, il est proposé de réguler la fréquentation de certains sites, ou d'en limiter la promotion, afin d'éviter un seuil de saturation et de préserver la faune et la flore sauvage. "On le voit bien au Toulourenc où la sur fréquentation menace le site", commente Lise Collin, du Parc du Mont Ventoux, en charge de l'atelier 'Activités de pleine nature et multi-usage' durant le forum.

Dans une idée de conciliation des usages, il a également été évoqué l'idée de mettre en place des temps d'échanges entre toutes les communautés. Par exemple, permettre à des chasseurs de rencontrer des randonneurs et des éleveurs, afin de croiser les informations et trouver ensemble des pistes d'actions. "On pose aussi l'idée d'un calendrier des usages, afin de connaître les jours et lieux de chasses, de pâturages. Des territoires tentent déjà de la faire. Mais ce n'est pas simple, car il faut que tout le monde joue le jeu", avoue Lise Collin. Une piste de réflexion à envisager. "Un jour sans chasse a également été évoqué par certains participants." Toutes les idées vont être étudiées par le Parc, qui se chargera de regarder la faisabilité en fonction des acteurs concernés et des financements à engager.

Comment avancer ?

Cette rencontre aura eu un mérite majeur : face à la question du réchauffement climatique, le public a semblé réactif et pro-actif. Néanmoins, la question de la place de l'homme dans cet environnement forestier s'est très vite posée. Doit-il intervenir ou laisser faire ? Tous en revanche s'accordent sur le fait qu'il va désormais falloir apprendre à gérer l'incertitude et s'adapter au changement climatique, plus rapide que la recherche et le temps de l'arbre ; et que le peuplement forestier risquait de fortement évoluer dans les années à venir.

Plusieurs idées de recherches à mener ont été soulevées : identifier les peuplements les plus adaptés et résistants au réchauffement climatique, avec des parcelles tests (notamment de mélange de résineux et de feuillus) et sites de démonstration en lien avec les pépiniéristes, pour que ces derniers puissent anticiper la fourniture de plants de ces essences ; une étude sur les écosystèmes fongiques, avec un focus sur le rôle des champignons du sol, qui pourraient être importants en termes de protection des arbres face au changement climatique ; ou bien encore le décloisonnement des différents acteurs, afin de faciliter le travail entre eux et les citoyens.

Maintenant que tous ces constats ont été établis, le Parc doit se réunir pour établir une liste d'actions réalisables et les adapter si besoin, afin de les inclure dans la Charte. 

Capucine Lorain •

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