retenues collinaires
Dans un contexte de sécheresse à répétition, sécuriser la ressource en eau par de nouvelles solutions devient indispensable. D'autant que les marges de manœuvre sur les économies sont de plus en plus restreintes pour l'agriculture.
La création de réserves collinaires, l'augmentation des capacités des retenues existantes, ainsi que la réalisation de forages plus profonds sont des solutions techniques qui permettront, dans certains secteurs, de sauver l'activité agricole.
© Crédit photo : ED
Dans les régions méditerranéennes fortement con- traintes par les conditions climatiques, l'accès à la ressource en eau est inégal. Aux caractéristiques climatiques s'ajoutent aussi les contraintes spécifiques du relief, qui ont conduit à d'importants efforts d'aménagements pour couvrir les besoins de l'agriculture. Dans le territoire du Luberon par exemple, contrasté tant par sa topographie, son climat et son agriculture, l'aménagement hydraulique fait partie intégrante du paysage.
Entre la Durance et la montagne du Luberon et dans la plaine du Calavon, des aménagements hydrauliques très anciens et d'autres, plus récents, ont été réalisés. Ces infrastructures de transport et de distribution sécurisent aujourd'hui les besoins en eau, tous usages confondus, de 75 % du territoire.
Dans le grand territoire du Luberon, trois des quatre bassins hydrographiques identifiés sont pourtant considérés comme déficitaires en eau. En certaines périodes de l'année par endroits, les prélèvements sont supérieurs à ce que peut fournir la ressource locale. Ces tensions sur les usages ne sont pas nouvelles, mais certains secteurs sont toujours mal desservis, "à l'image du haut bassin du Calavon et du Largue, où les tensions sur la ressource freinent le développement agricole et économique", explique Cédric Proust, chef de mission "Eau et environnement" du Parc naturel régional (PNR) du Luberon.
Le PNR travaille depuis de nombreuses années sur la gestion de l'eau avec les différents usagers, les collectivités et partenaires techniques et financiers. Le but ? Essayer de concilier au mieux préservation de la ressource et satisfaction des usages. Sur ces bassins déficitaires, un projet de Schéma d'aménagement et de gestion de l'eau (SAGE) a été mis en place, sur le Calavon, ainsi qu'un contrat de rivière, sur la partie du Largue. Ces outils permettent de fixer un cadre et de créer un dialogue entre les différentes parties prenantes, de façon à partager des connaissances sur la ressource, les usages et anticiper sur le long terme.
"Au niveau agricole, on travaille depuis 20 ans à optimiser tous les systèmes d'irrigation avec les filières agricoles et les exploitants. On s'efforce aussi de redévelopper des cultures de blé plus rustiques, moins consommatrices d'eau. On travaille sur les économies d'eau, la sécurisation d'accès à la ressource, sur les évolutions et les changements de pratiques. Mais on se rend aussi compte que l'on arrive au bout en matière de marge de manœuvre sur les économies d'eau", constate le chef de mission 'Eau et environnement' du PNR du Luberon.
À force de continuer à prélever toujours moins dans la ressource, des exploitations agricoles sont aujourd'hui en péril. "C'est la raison pour laquelle le PNR s'est penché sur des solutions de retenue collinaire notamment, avec une étude réalisée par la Société du canal de Provence et en lien avec les Chambres d'agriculture et les Départements, entre 2015 et 2017. Des chiffrages sur des extensions de réseaux, la création de retenues collinaires, de forages profonds ou encore la réutilisation des eaux usées traitées ont été réalisés pour trouver différentes complémentarités de solutions pour avancer", indique Cédric Proust.
À Aubenas-les-Alpes (04), la retenue installée chez Florian Pascal illustre ce qui a pu être réalisé à la suite de ces travaux. Dans le département des Alpes-de-Haute-Provence, le Gaec 'Lure Luberon' est situé entre Banon, Reillanne et Forcalquier. Dans le fond de la vallée du Largue, la ferme familiale traditionnelle en bio a conservé un système de poly-activités. On y retrouve des activités agricoles et touristiques. Florian produit du fourrage et des céréales sur une vingtaine d'hectares, des plantes aromatiques sur une vingtaine d'hectares également, ainsi que des cultures légumières. Pour irriguer ses cultures, l'agriculteur utilise l'eau de la nappe phréatique. "Située trop loin des réseaux existants, la ferme est quasiment la seule structure dans ce système de production. Les exploitations agricoles du secteur se sont soit spécialisées ou ont disparu. Mais il y a aujourd'hui un réel conflit d'usage, puisque les communes pompent dans la même nappe phréatique pour alimenter leurs réseaux d'eau potable", rapporte Florian Pascal.
Les efforts de diminution des volumes d'eau consommés ont été réalisés depuis une bonne dizaine d'années sur l'exploitation. Respectueux du milieu naturel dans lequel il vit, l'exploitant agricole a réfléchi à d'autres moyens pour sécuriser son approvisionnement, et s'est inscrit dans un projet de retenue collinaire. "L'idée était de continuer l'irrigation et d'utiliser les enrouleurs pour les céréales et engrais verts ; l'aspersion sur une partie des cultures maraîchères ; mais aussi de plus en plus de dispositifs de goutte-à-goutte. Mais nous arrivions à un moment ou la sécurisation de la ressource était indispensable pour maintenir les cultures. En effet, depuis cinq ou six ans, le réapprovisionnement de la nappe est très insuffisant par rapport aux besoins en été", indique Florian Pascal.
L'agriculteur bénéficie d'une autorisation de prélèvement sur deux puits d'environ 70 000 m3 pour approvisionner les cultures.
"L'ambition du projet de retenue était de pouvoir substituer les volumes que l'on prélève au moins de fin juillet à fin août, quand la période est la plus critique. Il ne s'agissait pas d'augmenter nos volumes, mais bien de les substituer", insiste Florian Pascal.
Bien situé dans le fond de la vallée avec des terres d'un seul tenant, et disposant de versants pour capter les eaux de ruissellement, le projet a rapidement rencontré un écho favorable.
La Chambre d'agriculture des Alpes-de-Haute-Provence et ses partenaires ont piloté l'étude et étudié toutes les contraintes. Une retenue non bâchée d'une capacité de 23 000 m3 a finalement été réalisée, un volume qui correspond aux besoins de l'exploitation pour les périodes d'étiage. Les travaux ont été terminés le 15 janvier 2022. Le projet capte les eaux de ruissellement à partir du Riou, et permet d'alimenter aujourd'hui cette exploitation en polycultures.
Dans les Alpes-de-Haute-Provence et le Vaucluse, de nouveaux projets destinés à sécuriser la ressource pourraient aboutir dans les années à venir. Afin d'éviter la mort d'exploitations en place ainsi que le recul de l'agriculture, la profession et ses partenaires se tournent aujourd'hui vers toutes les alternatives. La création de réserves collinaires, l'augmentation des capacités des retenues existantes, ainsi que la réalisation de forages plus profonds, sont des solutions techniques qui permettront dans certains secteurs de sauver l'activité agricole, essentielle pour l'économie locale.
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