Vaucluse 28/02/2022
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Saint-Trinit : la Cuma d’Albion, la force du collectif

Forte de ses 250 exploitations adhérentes, la Cuma d’Albion ne jure que par un seul principe : la force du groupe. Sur Saint Trinit et alentours, le modèle de Coopérative d’utilisation de matériel agricole (Cuma) trouve un certain succès. Rencontre avec Ludovic Masse, son président.

La Cuma d'Albion, présidée par Ludovic Masse, rassemble quelque 250 exploitations. (© ML)

En 1981 à Saint-Trinit, sur le plateau, la Coopérative d’utilisation de matériel agricole (Cuma) d’Albion voyait le jour. "Au début, c’était tout petit. Nous sommes dans un secteur où il y a beaucoup de cailloux, alors l’idée a été de s’associer pour acheter du matériel qui permettrait de les broyer", explique Ludovic Masse, président de la Cuma depuis trois ans. Quatre décennies plus tard, le petit groupement a pris bien de l’ampleur et regroupe près de 250 exploitations adhérentes, soit la quasi-totalité des agriculteurs présents dans un secteur de 40 kilomètres autour du petit village. La plupart sont lavandiculteurs, même si quelques autres secteurs de la profession agricole sont représentés.

"Toutes ces années, l’organisation a su rester assez souple, si bien qu’une exploitation n’a pas de raison de ne pas adhérer", affirme le président, pour qui la structure n’apporte "que du plus pour dépanner". Pour adhérer, il suffit de déposer une demande ensuite étudiée par les treize membres du conseil d’administration. Une fois la candidature approuvée, une cotisation d’entrée est demandée, puis les parts sociales voient leur taux ajusté selon le niveau d’utilisation du matériel et les variations des prestations de service au fil des années. "C’est comme si on créditait un compte. Il y a un apport qui reste acquis et est rendu au départ de l’agriculteur", résume Ludovic Masse. Le renouvellement ne se faisant pas par le versement d’une nouvelle cotisation, il suffit de faire preuve d’une présence minimale à la Cuma (au moins une fois tous les trois ans), afin que le conseil d’administration puisse s’assurer du nombre d’adhérents répertoriés, et donc d’atteindre le quorum lorsqu’il est nécessaire pour la prise de décisions en assemblée.

Une Cuma, mais pour quoi faire ?

Mais lorsqu’une exploitation adhère à une Cuma, à quoi adhère-t-elle exactement ? Sous la forme juridique d’une coopérative, qui fonctionne un peu comme une association, elle fournit du matériel agricole à ses adhérents. Le matériel en question, souvent onéreux et peu utilisé, est difficilement accessible à l’agriculteur seul. Le fait qu’il soit proposé par une Cuma rend le système "très intéressant pour les exploitations". Pas faite pour faire des bénéfices, la structure permet effectivement de réaliser, ou faire réaliser, des travaux à prix coûtant. "Je dirais même que le coût des travaux est lissé. Prenons l’exemple d’un retourneur d’andain qui coûte 76 000 € HT à l’achat, mais qui n’est utilisé que quatre fois une heure dans l’année. En passant par la Cuma, ça revient à environ 320 €", développe Ludovic Masse. Comme le retourneur d’andain, la majorité des outils attelés coûtent entre 30 000 et 70 000 € HT. À la Cuma d’Albion, l’outil le moins cher, la herse étrille, revient à environ 6 000 €. Pour les tracteurs, il faut souvent compter près de 200 000 €. Subventionné à près de 20 % par le département – avec quelques variations selon les années – et à l’aide de prêts, le matériel est ensuite rapidement rentabilisé grâce aux travaux sur les exploitations.

Plusieurs types de services sont proposés. "Il y a déjà tout une partie du matériel qui permet le travail du sol : broyage de pierres, labour, cover crop etc. Ensuite, nous avons un contrat avec la société Rousselot, à l’Isle-sur-la-Sorgue, qui vient épandre les amendements calciques", détaille le président. Deux possibilités s’offrent ensuite aux adhérents : la location de matériel pour les travaux qui le permettent, "nous fonctionnons comme une agence de location" ; ou la mise à disposition de chauffeurs, pour les outils et machines les plus complexes. Trois chauffeurs et quelques saisonniers à l’automne constituent effectivement l’équipe opérationnelle de la Cuma. "Les chauffeurs interviennent dans des prestations qui nécessitent du matériel généralement peu utilisé, mais qui réclament une certaine maîtrise. Comme les agriculteurs n’en ont besoin qu’une ou deux fois par an, forcément ils n’ont pas toujours les compétences nécessaires à leur utilisation", poursuit Ludovic Masse.

Pour lui, la présence de ces salariés à plein temps est un réel avantage pour le fonctionnement de la structure : "Je pense que si, par endroits, la Cuma ne prend pas, c’est parce qu’en plus de la compétition qu’il peut avoir entre des agriculteurs travaillant dans le même secteur, les petites coopératives n’ont pas l’envergure, ni les moyens, pour embaucher. Quand on grossit, c’est plus simple d’avoir du personnel, ça apporte de la neutralité et évite les tensions qu’il peut y avoir quant à l’entretien du matériel".

Des services aux communes peuvent être effectués, tant qu’elles sont adhérentes à la coopérative, et quelques services à des non-adhérents peuvent également être réalisés, tant que cela reste encadré par les statuts de la Cuma.

Renouveler le matériel

L’utilisation du matériel disponible peut parfois être intensive, surtout à l’automne lorsque la plupart des travaux ont lieu dans les exploitations. Un système de planning est donc mis en place, afin que chacun puisse prévoir à l’avance. Il suffit pour cela de contacter la Cuma et de s’inscrire sur la liste selon les disponibilités des chauffeurs. Si le délai est assez court en hiver, la saison automnale est beaucoup plus tendue et s’y prendre trois à quatre mois à l’avance est fortement recommandé.

Une utilisation importante se traduit rapidement en besoin de renouvellement des outils. "Le travail étant assez intensif, il y a un roulement pour remplacer régulièrement notre matériel, d’autant que les choses changent vite et que, dans une agriculture à la recherche de performance, il est nécessaire de prendre de l’avance et d’avoir ce qu’il y a de plus récent pour travailler", affirme Ludovic Masse. De plus, une certaine pression extérieure oblige à une adaptation constante : "La façon de travailler et le climat changent, la Pac nous pousse vers une agriculture plus verte… Nous devons suivre la demande de la société et des politiques". La gestion du matériel peut également permettre à certains agriculteurs de tester l’efficacité d’une machine avant de se la procurer eux-mêmes, pour un usage exclusif un peu plus régulier.

La Cuma d’Albion est actuellement dans une phase de remplacement importante. "Nous vendons du matériel qui est là depuis près de 15 ans. Il ne reste plus que quelques outils encore à la vente", indique le président. Des discussions sont maintenant entamées en conseil d’administration pour le choix des nouveaux outils. "Il n’est pas toujours évident qu’un outil, même performant, plaise. Les agriculteurs font des choix, ont une fidélité à certaines marques… Après, si le conseil d’administration les utilise, il y a une certaine curiosité qui se met en place et finalement tout le monde est généralement satisfait", poursuit-il.

De nombreux échanges sont donc en cours au conseil, et si les interrogations sont nombreuses sur beaucoup de sujets, notamment l’avenir des Cumas en tant que telles1, Ludovic Masse l’affirme : "Le collectif restera une vitrine de l’agriculture locale reconnue et résolument centrée sur le matériel agricole".

Manon Lallemand

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