Canal de Carpentras
Depuis juin, une nouvelle équipe d'élus se trouve aux manettes du Canal de Carpentras. Ce patrimoine agricole utile à l'ensemble du département poursuit l'optimisation de l'apport en eau. Mais, cette année, il faut en plus gérer la question du coût de cette dernière, qui flambe avec la hausse des prix de l'énergie.
Une partie des élus du nouveau conseil d'administration du Canal de Carpentras, largement renouvelé. Seuls huit des membres faisaient déjà partie du précédent.
© Crédit photo : ML
2023 était annoncée comme une année charnière, avec au programme des élections au Canal de Carpentras à la suite de sa fusion avec celui de Grange-Neuve. Les neuf premiers mois de l'année n'ont pas fait mentir les prévisions ! Il a fallu s'organiser, mobiliser les troupes pour renouveler les élus. Pas une mince affaire, puisque le Canal de Carpentras rassemble 17 000 adhérents.
Parmi les 100 représentants des propriétaires élus, 34 constituent le conseil syndical et seuls 8 d'entre eux étaient déjà dans le précédent conseil. Un nouveau mode d'élection qui permet plus de représentativité des différents secteurs, d'après le président nouvellement élu, André Bernard. À ses côtés, Frédéric Maillet, président du Canal de Grange-Neuve avant la fusion, devient vice-président.
Sur leurs épaules et celles de tout le conseil, l'avenir de cette structure vieille de 170 ans, héritage agricole essentiel à l'ensemble du territoire, sur lequel elle étend sa gestion, à savoir 13 000 hectares sur 42 communes. "C'est un grand patrimoine qui s'inscrit sans cesse dans l'innovation, en se modernisant pour s'adapter au changement climatique, tout en conservant l'aspect paysager et le milieu naturel des canaux gravitaires", rappelle André Bernard.
Selon les deux hommes, la possibilité de prélever dans deux ressources sécurisées - la Durance et le Rhône - est une particularité essentielle au fonctionnement. Toutes les évolutions, notamment avec le passage à l'irrigation sous pression, ont permis au canal de "s'inscrire dans une démarche de sécurisation de la ressource, pour l'agriculture comme pour les habitants adhérents, ainsi que la DFCI [Défense de la forêt française contre les incendies, ndlr]". Un multi-usage en constante optimisation donc.
Alors que les techniques de gestion des réseaux ont permis de faire des économies, l'Association syndicale autorisée (ASA) du Canal de Carpentras poursuit les travaux de ces dernières années. "Aujourd'hui, nous devons sécuriser le territoire existant et étendre notre périmètre, notamment grâce au projet HPR [Hauts de Provence rhodanienne, ndlr], en prélevant sur le Rhône pour décharger la Durance", explique André Bernard. Et l'agriculteur l'assure, il y a de la marge : "Sur les 112 millions de mètres cubes accordés à l'agriculture à l'origine, nous n'en consommons que 27 millions".
Pour aller à l'économie d'usage, l'agriculteur insiste : la société doit s'emparer de l'opportunité, s'interroger sur la gestion de l'eau et voir comment elle s'infiltre dans les nappes. Il est toutefois formel : pas question que l'agriculture supporte seule leur rechargement ! "On peut se servir de nos infrastructures. Mais il ne faut pas que l'eau utilisée à la recharge des nappes soit décomptée de l'utilisation des agriculteurs", soutient le président. Du côté de Grange-Neuve, le secteur de Châteauneuf-du-Pape est inspecté à la loupe, pour aller vers la mise sous pression. "Châteauneuf est historiquement en gravitaire. Mais aujourd'hui, ça ne suffit plus. Là où on vise le qualitatif, avoir un pilotage de l'irrigation devient vital pour préserver tant la plante que la qualité des raisins, et donc du vin", développe Frédéric Maillet. Lui-même viticulteur, il apporte une certaine complémentarité dans son binôme avec son président. "En viticulture aussi il y a des enjeux. 20 ans auparavant, l'irrigation des vignes ne paraissait pas nécessaire. Mais c'est désormais plus que vital", ajoute-t-il.
Sauf que... le pompage devient de plus en plus coûteux depuis ces deux dernières années. Au Canal et à la nouvelle équipe donc de trouver des solutions, pour éviter la hausse des montants des factures d'eau.
Déjà, en février, Sandrine Pignard, directrice du Canal de Carpentras, avait profité d'une visite de la préfète à Sarrians pour évoquer la difficulté à supporter les coûts de l'électricité. Le sujet est toujours autant une urgence à maîtriser pour l'ASA. "La hausse du coût de l'eau lié à celui de l'énergie est bien évidemment un des sujets que nous allons aborder ce soir avec le conseil. Mais, cette année, il va encore y avoir des augmentations. Toutefois, nous allons nous lancer dans un gros chantier de production d'énergie solaire, afin d'apporter l'eau à nos adhérents à un prix raisonnable", annonce André Bernard.
Le problème est posé sur la table, ne reste plus qu'à étudier sa mise en place. Au Canal de Carpentras, Michel Brès - élu au conseil et à la Chambre d'agriculture de Vaucluse en charge des questions hydrauliques - se chargera de ce dossier. Pour réfléchir à l'efficience énergétique des réseaux, l'ASA est en lien avec la Société du canal de Provence (SCP), afin de développer un projet pilote sur 300 mètres linéaires. L'idée est de réfléchir à la couverture des canaux par des panneaux photovoltaïques, afin d'étudier la possibilité offerte par une telle solution.
"Une chose est sûre : nos infrastructures d'hier ne sont pas réfléchies pour nos consommations actuelles. Nous devons avancer vers des solutions d'avenir", note Sandrine Pignard. La directrice évoque, entre autres, le stockage de l'eau dans des bassines, parfois trop petites. Les creuser plus profondément - pour mieux stocker et pouvoir pomper plusieurs fois - est une possibilité. Des bassins qui ne prélèvent en aucun cas dans les nappes, clame-t-on autour de la table.
Frédéric Maillet rappelle que le Canal de Carpentras reste une structure associative : "Nous sommes les garants de ce mode de fonctionnement, pour que les adhérents paient le moins possible". Aucune recherche de bénéfice, juste la volonté de maintenir un service au territoire au-delà de la profession agricole, pour que jamais il ne vienne à passer aux mains d'entreprises privées, ce qui démultiplierait les coûts. Pour cela, il faudra continuer de travailler de concert avec les partenaires de tout un réseau d'acteurs professionnels autour de l'eau - ASA de France, Association des irrigants des régions méditerranéennes françaises (AIRMF), Commission exécutive de la Durance (CED), SCP, Bas Rhône Languedoc ingénierie (BRL) -, et en sensibilisant les usagers.
Le vice-président regrette toutefois les dépôts sauvages qui ralentissent l'exécution des travaux d'entretien. "Ce patrimoine mérite d'être respecté par tout un chacun. Il bénéficie à tous, et si nous voulons encore avoir de l'eau demain, il faudra le préserver", conclut André Bernard.
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06/06/2023
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