Vaucluse 09/10/2018
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Manifestation du 24 septembre : Une colère rouge dégouline dans les rues d’Avignon

« L’heure est grave ! », « C’est la mort de nos exploitations ! »… En colère, près de 400 agriculteurs du Vaucluse, des Bouches-du-Rhône et du Var sont venus manifester ce lundi 24 septembre, devant la préfecture d’Avignon.

Les agriculteurs en colère déversent un flot de tomates pourries. « Ne touchez pas aux exonérations de charges sur nos travailleurs occasionnels. Les conséquences seront dramatiques en Vaucluse », prévient la FDSEA 84.

La colère s’est déversée ce 24 septembre devant la préfecture, sous la forme d’un large épandage de tomates pourries. Arbres morts, cadavres en papier… les symboles de la fin de l’agriculture sont accrochés aux grilles de la préfecture. Pour maintenir les emplois saisonniers indispensables à leur fonctionnement, les agriculteurs sont venus en force malgré la pleine saison des récoltes. Car le projet de loi de finances pour la sécurité sociale est en passe d’être discuté au Parlement. Or, il menace de supprimer les exonérations de charges TO/DE (Travailleurs occasionnels / demandeurs d’emploi).

« Si cette loi passe, on arrête ! C’est aussi simple que ça ! », résume Cédric Alarcos, maraîcher et vice-président des Jeunes Agriculteurs de Vaucluse. « Après l’achat du matériel obligatoire, le paiement des charges, des impôts, il ne nous reste plus rien ! » Installé en EARL, il récolte sur l’exploitation familiale des carottes fanes, courgettes, melons et navets, à Loriol-du-Comtat. « Aujourd’hui, mon bilan est quasi à zéro. Je ne peux pas me permettre de dépenser 15 000 € de plus pour mes saisonniers. En maraîchage, on est obligé d’avoir du personnel, ce n’est pas mécanisable. Là, ce n’est pas un coup dur, c’est un coup de massue ! »

« Il fallait que je vienne. »

Un témoignage parmi d’autres glanés tout au long du cortège : « J’ai fait le compte, ça va me coûter 70 000 € ! J’embauche 80 personnes pour les cerises et 20 personnes pour le raisin de table », explique Romain Ruel, 30 ans, installé est à Ville-sur-Auzon. « On a commencé à récolter il y a une semaine. Si aujourd’hui j’ai pu venir, c’est que mon père se charge des livraisons. Et autour de nous, tous nos collègues sont dans la même situation, c’est la cata ! On a déjà des problèmes de compétitivité, avec toutes les importations à prix cassés… », se désole t’il. « La France importe des cerises vendues 2 € le kilo, alors que ça nous coûte au minimum 2,5 € à 2,8 € pour produire un kilo de cerises chez nous ! Et tout ça, alors qu’on a une année de m… ! On ne sait pas comment on va faire. Aujourd’hui, on est là pour voir. On verra. »

« En bio c’est juste impossible ! C’est une véritable catastrophe » commente de son côté un vigneron de Séguret. « Je ne suis pas un habitué des manifestations, mais là, il fallait que je vienne ! »

« On a un hectare en conversion bio », témoigne à son tour Patrick Brun, arboriculteur dans l’exploitation familiale de pêches, pommes et poires, à l’Isle-sur-la-Sorgue. « Il nous faut impérativement embaucher pour la taille des arbres, l’éclaircissage, la récolte. Ça représente 6 Équivalents temps plein sur une année, soit à minima 10 000€ de coût supplémentaire, sans compter les heures supplémentaires. Alors aujourd’hui on se bat, pour que la suppression ne passe pas. »

« La concurrence avec les autres pays et les charges sont déjà lourdes. Alors, à cause de la main d’œuvre, on sera obligé de supprimer les cerises rouges », estime pour sa part Patrick Guglielmino, dont les deux fils – qui produisent raisin de table, vigne et cerises – embauchent sept saisonniers à Bonnieux.

« Cette année, avec les grosses chaleurs et de petits rendements, ça a été compliqué pour les tomates anciennes » évalue Pascal Ginhoux de l’EARL ‘La Vinelle’, à Graveson. Pour récolter ses salades et tomates, en plus de ses deux permanents, il embauche 23 saisonniers durant deux mois. « À 240 € de plus par mois par saisonnier, faites le calcul ! Il faut nous donner les armes, pour lutter à armes égales avec les autres pays ! Déjà qu’on n’est pas concurrentiels… Mais là, notre propre camp coupe la branche qui nous empêchait de sombrer. On est piraté de l’intérieur ! Je compte bien suivre le mouvement jusqu’à ce qu’ils enlèvent cette suppression » conclut-il, décidé.

Cécile Poulain

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